LE GÉNÉRAL N’TAM INVESTI
Le général Horta N’Tam, jusqu’ici chef d’état-major de l’armée de terre, a été investi ce jeudi président de la transition et du Haut commandement militaire de Guinée-Bissau, annonçant qu’il dirigera le pays pendant un an. La cérémonie s’est déroulée au siège de l’état-major à Bissau, théâtre d’un véritable tour de force militaire, après que les forces armées ont pris le contrôle total du pays la veille.
« Je viens d'être investi pour assurer la direction du Haut commandement », a déclaré le général Horta N’Tam après avoir prêté serment devant les cadres de l’armée. La cérémonie, sobre et dépourvue d’hymne national, s’est tenue dans une salle de conférence sécurisée, reflétant la prudence extrême des militaires dans un contexte déjà épineux.
Un proche du président sortant
Le général Horta N’Tam, formé à l’époque où Umaro Cissoko Embalo a intégré l’armée, est considéré comme un proche du président sortant. Sous le mandat d’Embaló, il avait été promu major général, renforçant ainsi son influence au sein des forces armées. Son ascension fulgurante éclabousse les observateurs politiques, qui voient en lui le nouvel homme fort capable d’imposer une autorité militaire consolidée dans un pays marqué par l’instabilité chronique.
Les trois corps de l’armée – terre, air et marine – ont proclamé l’installation officielle du général à la tête de la transition, prévue pour durer douze mois. Cette période est présentée comme une étape nécessaire pour « rétablir l’ordre » et « garantir la sécurité face aux menaces de déstabilisation », évoquées par le militaire dans son allocution d’une dizaine de minutes. Selon lui, des narcotrafiquants seraient à l’origine de troubles visant à affaiblir la stabilité du pays.
Arrestations massives et climat de peur
La prise de pouvoir s’est accompagnée d’une série d’arrestations ciblées. Le président sortant, Umaro Cissoko Embalo, est toujours détenu au siège de l’état-major, tandis que l’opposant historique, Domingos Simoes Pereira, leader du PAIGC, a été arrêté mercredi 26 novembre et placé dans un commissariat du centre-ville. Huit autres figures de l’opposition et cinq magistrats ont également été arrêtés, empêchés de surveiller le décompte des bulletins de vote.
Fernando Diaz de Costa, principal challenger à la présidentielle, a échappé à l’arrestation et se dit en sécurité, mais contraint de se cacher. Cette répression éclaire un tableau inquiétant : l’armée semble déterminée à neutraliser toute voix politique critique. Certains analystes craignent une chasse aux sorcières et redoutent que cette stratégie militaire ne fasse tâche d’huile et ne déstabilise davantage le fragile équilibre institutionnel du pays.
La capitale à l’arrêt
Bissau, la capitale, est à l’arrêt total. Les commerces restent fermés, les rues désertes et la circulation automobile interdite malgré la levée officielle du couvre-feu à 6 heures ce jeudi. Une forte présence militaire s’observe dans toute la ville : des 4x4 aux vitres teintées patrouillent lentement, un cordon de sécurité est maintenu autour des principaux axes et les abords du palais présidentiel sont particulièrement surveillés.
Les habitants rencontrent des difficultés pour accéder à Internet ou passer des appels, limitant la circulation de l’information. Les médias privés sont quasi-inactifs, tandis que la télévision et la radio nationales relaient les communiqués de l’armée, accentuant l’impression que le pays vit sous un régime militaire de facto.
Dans ce contexte, le PAIGC a appelé à un rassemblement devant le ministère de l’Intérieur pour exiger la libération de Domingos Simoes Pereira. Mais compte tenu du climat de tension, le rassemblement pourrait ne pas avoir lieu, laissant planer une inquiétude palpable sur la sécurité en ville.
Réouverture des frontières et message au pays
Parallèlement, les militaires ont annoncé la réouverture des frontières, geste stratégique destiné à rassurer les acteurs économiques et à éviter l’isolement international. Cette décision illustre le calcul politique du général Horta N’Tam, qui cherche à légitimer son autorité tout en montrant que le pays reste ouvert aux flux commerciaux et diplomatiques.
Dans son discours, le général a insisté sur la nécessité d’un « effort commun » pour garantir la sécurité et la stabilité. Cependant, ses paroles passent en travers de la gorge de nombreux Bissau-Guinéens, déjà habitués à une histoire politique ponctuée de coups d’État et d’instabilité chronique.
Réactions internationales
L’international n’a pas tardé à réagir. La Cédéao a condamné « sans équivoque » ce coup d’État, le qualifiant d’interruption illégale du processus électoral et de menace pour la stabilité régionale. L’organisation régionale a averti qu’elle se tient prête à prendre toutes les mesures nécessaires pour rétablir la bonne gouvernance et protéger les institutions démocratiques.
D’autres pays, comme le Ghana, ont exprimé leur profond mécontentement, dénonçant le renversement de la volonté populaire. Hors du continent africain, la Russie et l’ONU ont fait part de leur inquiétude, appelant à la retenue et au respect des droits des personnes arrêtées. Notons cependant l’absence de réaction du Sénégal, voisin et puissance régionale, ce silence éclabousse le débat diplomatique et intrigue les observateurs.
Un pays en suspens
La situation en Guinée-Bissau demeure fragile. Avec Bissau paralysée, une opposition neutralisée et un contrôle militaire renforcé, le pays se trouve suspendu dans une phase de transition incertaine. Le général Horta N’Tam incarne désormais le pouvoir et le nouvel homme fort du pays, mais sa légitimité reste contestée à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des frontières.
Pour les Bissau-Guinéens, la question demeure : cette transition militaire saura-t-elle instaurer une stabilité durable ou se contentera-t-elle de consolider un pouvoir éphémère ? Le tour de force accompli par Horta N’Tam survient à un moment historique, mais il pourrait faire tâche d’huile si la communauté internationale décide d’intervenir.
La Guinée-Bissau se retrouve ainsi à un carrefour critique de son histoire, entre aspirations démocratiques et logique de force militaire, entre confinement de la population et calculs géopolitiques. Chaque décision prise dans les prochains jours aura un impact majeur sur l’avenir du pays et sur l’équilibre fragile de la région ouest-africaine.