ENSEIGNANTS, SALAIRES ET RECRUTEMENTS
Une nouvelle rencontre entre le gouvernement et les syndicats de l’éducation nationale s’est tenue jeudi après-midi à Libreville. Les syndicats de l’Éducation Nationale au Gabon ont été reçus par le ministre par intérim de l’Éducation nationale, Simplice Désiré Mamboula, aussi ministre de l’Enseignement supérieur. L’objectif affiché était de renforcer le dialogue social. Mais, derrière la forme, les attentes réelles des enseignants restent vives, et les blocages, nombreux.
Régularisation et paiement des vacations
« Le véritable problème que nous, les syndicats, avons aujourd’hui, c’est la régularisation des situations administratives. », a déclaré un responsable syndical, ajoutant que le paiement des vacations restait un point central de revendication.
Le paiement des vacations, c’est‑à‑dire les indemnités versées aux enseignants vacataires pour les examens, a longtemps été l’un des principaux foyers de tension. Plusieurs enseignants vacataires ont dénoncé des mois, parfois des années, de vacations et de salaires impayés.
Une mise en solde partielle, des lacunes persistantes
En septembre 2023, le gouvernement a annoncé la mise en solde de 1 000 postes budgétaires au profit d’enseignants précédemment en présalaire, une décision saluée comme un geste concret. Toutefois, selon les syndicats de l’Education nationale, cet apport — bien qu’important — ne suffit pas à combler les énormes besoins du secteur.
Quelques sources évoquent même qu’en 2024‑2025, le nombre total de « nouveaux enseignants mis à disposition » pourrait s’élever à 1 800, mais le déficit reste manifeste.
Un déficit d’enseignants et classes surchargées
Selon les chiffres les plus récents, le pays accuse un déficit d’environ 1 347 enseignants, dont 900 postes manquent dans les matières scientifiques, mathématiques, physique, SVT notamment.
Ce manque se traduit par des classes surchargées, jusqu’à 130 élèves dans certains lycées, et une qualité d’encadrement très affaiblie, ce que déplore les syndicats de l’Education nationale.
Des attentes fortes et un climat social fragile
Outre la titularisation et le paiement des vacations, les enseignants demandent un plan de recrutement massif : les syndicats parlent de l’urgence de recruter 3 000 enseignants supplémentaires, notamment dans les disciplines scientifiques, pour réduire la surcharge et améliorer l’accès à l’éducation.
Le syndicat appelle aussi à une régularisation administrative généralisée, affectation, matricule, titularisation, pour des enseignants travaillant depuis parfois plusieurs années dans l’incertitude.
Une volonté d'avancer
Face à ces revendications, le ministre par intérim a affiché une volonté d’avancer : promesse de poursuite des recrutements, relance des concours, suivi des dossiers de mise en solde. Mais il a également rappelé les contraintes budgétaires, notamment l’impact de ces mesures sur la masse salariale de l’État, déjà sous tension.
Pourquoi les blocages perdurent ?
Malgré les annonces, plusieurs obstacles persistent : l’insuffisance des ressources publiques, des procédures administratives lourdes, un nombre de postes budgétaires encore insuffisant, et surtout un déficit global de personnel difficile à combler du jour au lendemain.
À cela s’ajoute le fait que l’État n’a pas réussi à documenter précisément le nombre total d’enseignants publics en exercice. Ce qui complique la planification des recrutements et des affectations.
Défis structurels
La rencontre de jeudi marque un pas vers un dialogue plus ouvert entre le gouvernement et les syndicats. Mais pour que les engagements aboutissent, il faudra plus que des promesses : un plan d’investissement concret, des recrutements massifs, la régularisation administrative de tous les enseignants, et une réelle volonté politique de s’attaquer aux causes structurelles de la crise.
Car tant que le déficit d’enseignants atteint encore près de 1 350 postes, et que des milliers d’éducateurs attendent d’être titularisés ou payés, le système éducatif gabonais restera toujours en tension — et l’école, loin d’être apaisée.