CORRUPTION ET DÉTOURNEMENTS
Adopté à l’unanimité par le Sénat de la transition, le Projet de loi de finances (PLF) 2026, arrêté à 6 658,2 milliards de francs CFA, se veut le moteur de la transformation économique du Gabon. Mais derrière cet affichage institutionnel, une question essentielle demeure : dans un pays classé 135e sur 180 par Transparency International en matière de corruption, le budget peut-il réellement produire les effets attendus ?
Le Gabon, avec un score de 27/100 dans l’Indice de perception de la corruption 2024, reste catégorisé parmi les pays « fortement corrompus ». Une situation qui, selon de nombreux observateurs, fragilise l’efficacité même des politiques publiques. Car si le PLF 2026 repose sur des principes louables — discipline, méthode, transparence et financement prudent — la réalité du terrain montre que corruption et détournements grignotent chaque année une partie significative des ressources publiques.
L’impact est multiple. D’abord financier : les détournements, la surfacturation et la mauvaise allocation des fonds réduisent la capacité de l’État à exécuter ses projets structurants, pourtant au cœur de ce budget qui consacre plus de 2 119 milliards de francs CFA aux investissements. Ensuite économique : les retards d’exécution, les chantiers inachevés et la perte de confiance des partenaires extérieurs freinent la croissance, pourtant estimée à 6,5 % pour 2026. Enfin social : les secteurs prioritaires comme l’eau, l’énergie, la santé ou l’éducation — piliers de la loi de finances — voient leurs performances compromises malgré les enveloppes annoncées.
Dans ce contexte, même les débats parlementaires, pourtant consensuels, témoignent d'une inquiétude latente. Les sénateurs ont demandé la baisse des taxes sur les produits forestiers afin de ne pas « étouffer » une filière déjà souffrante. Mais cette lucidité fiscale est difficilement dissociable d’un environnement où la corruption affaiblit la compétitivité des entreprises, la qualité de la dépense publique et la confiance des investisseurs.
Alors que le gouvernement promet un budget « responsable et ambitieux », l’enjeu majeur reste l’intégrité de la gestion publique. Sans un véritable recul de la corruption, la loi de finances 2026 risque, comme tant d’autres avant elle, de voir ses ambitions compromises par des pratiques qui siphonnent les ressources et minent la transformation nationale annoncée.