QUI PEUT DIRE “MAÎTRE” ?
La polémique opposant l’Ordre des avocats au conseil juridique Marlène Fabienne Essola Efountame remet en surface un vieux débat : celui de la lisibilité du cadre légal qui encadre les professions juridiques au Gabon. Au-delà de la querelle autour de l’usage du titre de « Maître », cette situation épineuse révèle surtout un manque de clarté qui continue d’alimenter tensions et interprétations divergentes.
Tout est parti de la conférence de presse tenue le 27 novembre par Essola Efountame, au cours de laquelle elle s’est présentée comme « Maître » en sa qualité de conseil juridique représentant les sociétés Satram et EGCA. Une initiative qui a immédiatement suscité la réaction de l’Ordre des avocats, lequel lui a adressé, par voie d’huissier, une demande d’explications. L’institution rappelle en effet que l’appellation « Maître » est réglementée et réservée à des professionnels dûment identifiés.
La réponse de l’intéressée a été cinglante. S’appuyant sur la loi de 1988 qui encadre la profession de conseil juridique, elle affirme sans langue de bois exercer « une profession parfaitement légale », ouverte aux titulaires d’un diplôme en droit et placée sous la « compétence exclusive » du ministère de la Justice. Pour elle, l’Ordre des avocats commet un « excès de pouvoir manifeste » en prétendant lui demander des comptes. Quant au titre de « Maître », elle estime qu’il relève davantage de l’usage que d’un monopole juridique : « Nul n’a le droit d’établir un monopole sur la courtoisie professionnelle », tranche-t-elle.
Ce différend met en évidence un vide ou, à tout le moins, une zone grise dans l’articulation entre les professions juridiques réglementées. Qui est habilité à porter le titre ? Qui a autorité pour contrôler les pratiques professionnelles ? L’Ordre revendique sa volonté de protéger le public contre d’éventuelles confusions, tandis que les conseils juridiques rappellent qu’ils ne sont pas soumis à sa tutelle.
En appelant le ministère de la Justice à « remettre de l’ordre dans ce désordre », Essola Efountame met la pression sur l’autorité tutélaire. Une clarification officielle pourrait s’avérer nécessaire pour éviter que ce type de tensions ne se reproduise et pour redéfinir, de manière incontestable, les frontières entre droit, usage et tradition dans les professions juridiques.