LA SUSPENSION DES COURS
L’Université des sciences et techniques de Masuku (USTM) est de nouveau paralysée. Depuis hier, toutes les activités pédagogiques ont été suspendues par le Syndicat national des enseignants-chercheurs (Snec-USTM), déclenchant un nouveau bras de fer avec les autorités universitaires et politiques. En cause : des promesses non tenues, des salaires impayés pour les nouveaux enseignants et des conditions de travail jugées indignes, qui obligent certains étudiants à suivre les cours à même le sol. Selon le président du Snec-USTM, Dr Ferdinand Evoung Evoung, cette décision concerne les 340 enseignants-chercheurs de l’université et affecte plus de 12 000 étudiants inscrits dans les différentes facultés.
Le mouvement fait suite à la dernière grève de l’année académique, qui avait eu lieu du 10 au 25 septembre 2025. Le syndicat, souvent considéré comme le plus puissant de l’enseignement supérieur gabonais, ne l’entend pas de cette oreille et affirme être dupé par les autorités qui, selon lui, n’ont jamais respecté leurs engagements.
Les revendications du Snec-USTM
Selon Dr Evoung Evoung, les enseignants-chercheurs en ont marre de constater l’absence de suivi des engagements pris par le gouvernement. Les arriérés de paiement pour l’année académique 2024-2025 restent partiellement réglés, avec seulement 31 % du premier semestre versé à ce jour. Les enseignants dénoncent également la non-régularisation administrative de ceux recrutés depuis plus d’un an, ainsi que le déficit criant en infrastructures pédagogiques. À la Faculté de CBG, par exemple, les amphithéâtres ne disposent que de 500 places, alors que les effectifs dépassent largement ce chiffre, obligeant certains étudiants à s’asseoir sur le sol.
Le Snec-USTM réclame aussi le décaissement immédiat de 700 millions de francs CFA afin de résorber une partie des arriérés de vacations.
“Après avoir constaté l’absence de suivi des promesses ayant conduit à la suspension de notre mouvement de grève en début d’année académique, nous avons décidé de bloquer catégoriquement toutes les activités pédagogiques”
a insisté le président du syndicat.
Un cadre académique inexistant
Au-delà des aspects financiers, le torchon brûle sur le plan institutionnel. Les enseignants pointent du doigt l’absence de cadre académique normalisé : examens, épreuves officielles, règlements et organisation générale restent flous, ce qui crée un climat d’incertitude pour les étudiants et les enseignants. Cette situation complique la planification des semestres et compromet la qualité de l’enseignement. Le Snec-USTM regrette que des correspondances adressées aux autorités depuis début décembre soient restées lettre morte, renforçant le sentiment d’avoir été dupé et ignoré.
Conséquences pour la gouvernance universitaire
Le bras de fer entre Snec-USTM et les pouvoirs publics soulève des questions sur la gouvernance et la gestion budgétaire de l’université. L’absence de réaction efficace des autorités risque d’entacher durablement l’image de l’USTM, tant au niveau national qu’international. Les étudiants, pris en otage, subissent un allongement du temps d’études et une baisse de motivation. Sur le plan institutionnel, le manque de cadre clair fragilise la crédibilité de la direction universitaire et laisse planer le thermomètre de la contestation sociale à son maximum.
Perspectives de négociation
Si aucune solution rapide n’est trouvée, la suspension des cours pourrait se prolonger, renforçant le bras de fer politique. Les observateurs estiment qu’une négociation transparente et un suivi réel des engagements financiers et académiques restent la seule voie pour sortir de l’impasse. Le Snec-USTM, qui a jusqu’ici montré sa capacité à mobiliser massivement ses membres, pourrait brûler les étapes et durcir sa position si les autorités continuent à ignorer les alertes.