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UN MAL QUI GANGRÈNE LES SALLES DE CLASSE

UN MAL QUI GANGRÈNE LES SALLES DE CLASSE
Harcèlement sexuel scolaire au Gabon : des lycées aux universités, abus d’autorité, MST, silence judiciaire et chiffres alarmants révèlent une violence systémique touchant surtout les filles à l’échelle nationale encore persistante.

De Libreville à Port-Gentil, de Franceville à Oyem, le phénomène traverse les établissements scolaires et universitaires, souvent couvert par le silence et les rapports de pouvoir. À Libreville, capitale politique et universitaire du Gabon, le harcèlement sexuel en milieu scolaire est connu sous un terme tristement banal : les « moyennes sexuellement transmissibles » (MST). Mais le phénomène ne se limite pas à la capitale. À Port-Gentil, Koulamoutou, Lambaréné, Makokou, Mouila, Tchibanga, Oyem ou Franceville, élèves et étudiants évoquent les mêmes pratiques, les mêmes peurs, et le même sentiment d’injustice.
Dans les lycées, collèges et universités, des enseignants useraient de leur position d’autorité pour exercer des pressions sexuelles sur des élèves, majoritairement des filles. Les notes, l’orientation scolaire, l’accès à une filière ou la validation d’une année deviennent alors des moyens de chantage.


Des chiffres alarmants sur les violences basées sur le genre


Afin de mesurer l’ampleur des violences basées sur le genre (VBG) au Gabon, le ministère de la Santé et de la Prévoyance sociale, à travers la Direction générale de la promotion de la femme, avec l’appui de l’UNFPA, a mené une enquête nationale de grande ampleur.
Réalisée auprès de 2 500 personnes âgées de plus de 15 ans, réparties sur l’ensemble du territoire national, cette enquête révèle qu’au cours des 12 derniers mois, 68,5 % des personnes interrogées — soit 1 711 sur 2 500 — ont été victimes d’au moins une forme de violence basée sur le genre.
Si les violences psychologiques et verbales touchent à la fois les hommes et les femmes, l’essentiel des violences physiques, économiques et sexuelles concerne les femmes. Près de 66,2 % des victimes de violences physiques sont de sexe féminin, une proportion encore plus élevée pour les violences sexuelles. Ces chiffres confirment que les filles et les femmes restent les principales victimes, y compris en milieu scolaire.


Le milieu scolaire, un espace à risque pour les filles


Dans les établissements scolaires, les violences sexuelles prennent souvent la forme de harcèlement. À Libreville comme à Franceville, des étudiantes racontent des avances répétées, des messages insistants, ou des menaces à peine voilées. Refuser un enseignant peut se traduire par un zéro, un redoublement ou un changement forcé de filière.
À Port-Gentil, une ancienne élève de lycée confie sous anonymat : « Quand j’ai refusé, il m’a fait comprendre que je ne passerais jamais son cours. J’ai fini par abandonner. » À Oyem ou Makokou, où les établissements sont moins nombreux, la peur est encore plus forte : dénoncer un enseignant peut signifier être cataloguée, voire exclue.


Des enseignants protégés, des élèves lésées


Un constat revient régulièrement : les enseignants sont souvent privilégiés face aux responsables des établissements scolaires. Les plaintes, quand elles existent, peinent à aboutir. Les directions invoquent le manque de preuves, la réputation des professeurs ou la crainte de scandales.
Dans plusieurs villes, des élèves affirment que les administrations scolaires ont tendance à minimiser les faits, voire à décourager les victimes de porter plainte. Les professeurs accusés continuent d’enseigner, pendant que les élèves filles, elles, subissent les conséquences : baisse de notes, humiliation, abandon scolaire.


La loi face au silence et à la peur


Officiellement, le harcèlement sexuel est condamné. Mais dans la pratique, peu d’affaires arrivent devant la justice. La peur des représailles, la dépendance académique et le manque de structures d’écoute freinent les dénonciations.
À Lambaréné et Mouila, des associations locales tentent de sensibiliser les élèves, mais leurs moyens restent limités. À Tchibanga, certains parents préfèrent retirer leurs filles de l’école plutôt que d’affronter un système perçu comme verrouillé.


Des conséquences lourdes sur les parcours scolaires


Les conséquences du harcèlement sexuel sont multiples : échec scolaire, décrochage, troubles psychologiques, perte de confiance en soi. Pour certaines jeunes filles, la scolarité devient un parcours d’obstacles, où la réussite dépend moins du travail que de la capacité à résister ou à céder.
Selon l’enquête nationale sur les VBG, ces violences participent à la reproduction des inégalités de genre. Elles renforcent l’idée que la réussite féminine est suspecte, alimentant la stigmatisation des élèves qui obtiennent de bonnes notes.


Briser le tabou pour protéger les élèves


À Libreville comme à Port-Gentil, des voix étudiantes commencent à se faire entendre. Des leaders associatifs appellent à la création de structures indépendantes de signalement, capables de protéger les victimes et d’enquêter sans complaisance.
Le défi reste immense. Tant que les enseignants fautifs bénéficieront de protections implicites, et que les élèves filles resteront isolées, le harcèlement sexuel continuera de prospérer dans l’ombre.


Un enjeu de société


Le harcèlement sexuel en milieu scolaire n’est pas un fait divers, mais un problème de société. Les chiffres des violences basées sur le genre montrent qu’il s’inscrit dans un contexte plus large de domination et d’inégalités.
À Libreville, Port-Gentil, Koulamoutou, Lambaréné, Makokou, Mouila, Tchibanga, Oyem et Franceville, l’urgence est la même : protéger les élèves, écouter les victimes et mettre fin à l’impunité. Sans cela, l’école, censée être un lieu d’émancipation, restera pour beaucoup de jeunes filles un espace de peur et de silence.

Par Pamphil

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