LA VIANDE DE BROUSSE, UN LEVIER
Au Gabon, la viande de brousse n’est plus seulement un produit de consommation locale : elle devient un levier économique. Le ministère des Eaux et Forêts a présenté, le 27 décembre 2025, un bilan de ses actions, révélant une stratégie économique résolument orientée vers la durabilité, la création d’emplois et la valorisation des ressources naturelles. L’objectif : transformer une pratique traditionnelle en une filière structurée, traçable et rentable, tout en préservant la biodiversité.
Cette mutation ne sera pas une sinécure. La filière doit concilier les attentes économiques des communautés locales, la protection des espèces animales et le contrôle sanitaire. « Il s’agit de prendre le taureau par les cornes », souligne un responsable du ministère, qui insiste sur l’importance de créer un cadre légal et sécurisé pour tous les acteurs.
Commercialisation contrôlée et revenus stables
L’un des principaux axes de cette stratégie est la commercialisation contrôlée de la viande de brousse. En encadrant la vente et la distribution, l’État vise à offrir aux chasseurs, transformateurs et commerçants un revenu stable, évitant ainsi les fluctuations qui affectaient autrefois ce marché informel.
Les communautés locales, qui travaillent souvent en petite structure ou en coopérative, peuvent ainsi développer leurs activités avec une certaine sécurité financière. Les autorités estiment qu’une commercialisation structurée permettra aux acteurs de mettre les bouchées doubles, d’investir dans le transport et la conservation, et de proposer un produit plus attractif pour les marchés urbains et régionaux. Les papilles des consommateurs pourraient bientôt savourer une viande issue d’une filière traçable et responsable.
Traçabilité et innovation
Pour garantir cette sécurité et renforcer la confiance des acheteurs, le ministère a introduit des outils de traçabilité innovants. Chaque gibier sera identifié grâce à des QR codes et des bracelets spécifiques, permettant de suivre son origine, les conditions de chasse et de transformation.
Cette mesure répond à plusieurs objectifs : elle limite le braconnage illégal, facilite les contrôles sanitaires et ouvre la voie à une valorisation commerciale plus forte. Les consommateurs, de plus en plus sensibles à la provenance et à la durabilité des produits, peuvent ainsi se fier à un système transparent. Sur le marché, cette innovation pourrait devenir un véritable argument économique, transformant la viande de brousse en produit haut de gamme et respectueux de l’environnement.
Création de filières et emplois
La structuration de la filière ouvre également des perspectives en termes d’emplois. Selon le ministère, l’intégration de 230 écogardes de l’ANPN et de 305 auditeurs libres de l’ENEF illustre la volonté de renforcer le capital humain et de stabiliser les effectifs. Ces mesures permettent d’assurer le suivi de la chaîne, de la chasse à la mise en marché, et de développer des métiers liés à la transformation et à la commercialisation.
L’équation est difficile, mais la mise en place de filières structurées pourrait créer un cercle vertueux : emplois locaux, revenus stables, protection de la biodiversité et meilleure traçabilité sanitaire. À terme, la viande de brousse pourrait devenir un véritable moteur de développement local, en transformant une activité traditionnelle en une ressource économique maîtrisée.
Un pari pour l’avenir
Pour le Gabon, il s’agit de conjuguer croissance économique et durabilité. Les politiques publiques doivent être adaptées aux réalités du terrain, conciliant protection de l’environnement et bien-être des populations. La structuration de la filière viande de brousse illustre cette ambition.
Si les efforts se poursuivent, la viande de brousse pourrait offrir une solution exemplaire : générer des revenus pour les communautés, préserver les écosystèmes et séduire les consommateurs grâce à une traçabilité transparente. Dans ce contexte, les autorités prennent les mesures nécessaires pour que l’économie locale, tout en respectant la nature, prenne véritablement son envol.