AUCUN POUVOIR DE DÉCISION
Depuis plusieurs semaines, la Fédération gabonaise de football (Fégafoot) est dans une cocotte minute. Sur les réseaux sociaux, dans les débats radiophoniques et télévisés ou encore à travers des prises de position publiques, dans les marchés et les dans les taxis, et dans les bureaux, de nombreux supporters des Panthères du Gabon réclament le départ de Pierre Alain Mounguengui, président de l’instance dirigeante du football national. Cris de colère, manifestations d’humeur et discours amers se multiplient. Mais une question essentielle mérite d’être posée : les supporters ont-ils réellement le pouvoir de changer le président de la Fégafoot ?
Une colère populaire bien réelle
Il serait malhonnête de nier le malaise qui traverse une partie de l’opinion sportive gabonaise. Les résultats irréguliers des sélections nationales, les polémiques liées à la gestion du football national et un sentiment de stagnation alimentent la frustration des fans. Pour beaucoup de supporters, Pierre Alain Mounguengui incarne un système qu’ils jugent à bout de souffle.
Dans ce contexte, les appels à la démission se font de plus en plus bruyants. Certains estiment que la pression populaire pourrait forcer un changement à la tête de la fédération. Pourtant, cette vision se heurte à la réalité du fonctionnement institutionnel du football gabonais.
Qui élit le président de la Fégafoot ?
Contrairement à ce que certains pourraient croire, le président de la Fédération gabonaise de football n’est pas élu par les supporters, ni par la population en général. Les fans des Panthères, aussi passionnés et nombreux soient-ils, ne participent pas directement au processus électoral.
L’élection du président de la Fégafoot repose sur un collège électoral bien défini par les statuts de l’institution. Ce collège est composé essentiellement des présidents des neuf ligues provinciales, des présidents de clubs affiliés à la fédération ainsi que de certaines entités reconnues, comme l’Association des journalistes sportifs.
Le poids décisif des ligues et des clubs
Les présidents des neuf ligues provinciales jouent un rôle central dans ce dispositif. Ils représentent leurs provinces respectives et disposent d’un droit de vote lors des assemblées électives. À leurs côtés, les présidents de clubs, acteurs clés du football local, participent également aux décisions majeures de la fédération.
Ce sont donc ces dirigeants, et non les supporters, qui détiennent le pouvoir de reconduire ou de sanctionner un président en place. Tant que Pierre Alain Mounguengui conserve le soutien d’une majorité de ces électeurs, sa position reste institutionnellement solide.
Des revendications qui peinent à se concrétiser
Ainsi, malgré l’ampleur de la contestation populaire, les revendications des supporters risquent de « tomber dans l’eau » si elles ne trouvent pas d’écho au sein du collège électoral. Les cris, les manifestations et les prises de position émotionnelles, aussi légitimes soient-elles sur le plan du ressenti, ne suffisent pas à provoquer un changement à la tête de la Fégafoot.
Pour peser réellement, la pression devrait s’exercer sur les acteurs qui votent : ligues provinciales, clubs et associations membres. Sans un basculement de ces forces internes, la rue reste spectatrice d’un jeu qui se joue ailleurs.
Entre démocratie sportive et frustration populaire
Cette situation met en exergue un décalage entre la passion populaire pour le football et les mécanismes de gouvernance sportive. Le supporter, pilier émotionnel du football, se retrouve exclu des décisions stratégiques. Une réalité qui nourrit incompréhension et frustration.
Si les supporters des Panthères peuvent vociférer, crier, manifester et exprimer leur ras-le-bol, ils ne sont pas ceux qui élisent le président de la Fédération gabonaise de football. Le pouvoir reste entre les mains des dirigeants des ligues, des clubs et des membres du collège électoral. Une donnée fondamentale que beaucoup ignorent encore, mais qui explique pourquoi, malgré plusieurs années de tempête médiatique, rien ne bouge réellement au sommet de la Fegafoot.