UN PARI SUICIDAIRE ?
Un pari à haut risque
Est-ce suicidaire ? Est-ce périlleux ? Est-ce tout simplement très dangereux de confier, une fois encore, à l’actuelle équipe dirigeante de la FEGAFOOT la responsabilité de recruter le prochain sélectionneur national du Gabon ? La question se pose avec acuité au regard du naufrage collectif observé ces derniers mois autour de la gestion des Panthères, et surtout après la déconfiture incarnée par le passage de Thierry Mouyouma à la tête de la sélection nationale.
Un processus déjà contesté
La FEGAFOOT a annoncé qu'elle va lancer très prochainement un appel à candidatures pour le recrutement d’un nouveau sélectionneur national. À l’issue de cette procédure, la Fédération prévoit de soumettre au ministre des Sports une short-list de trois entraîneurs présélectionnés pour la phase finale. Sur le papier, la démarche semble conforme aux standards administratifs. Mais dans les faits, rien ne garantit que cette méthode, déjà utilisée par le passé, ne conduira pas au même échec.
La question épineuse demeure : comment faire confiance à un système qui a récemment produit un choix aussi décrié que celui de Thierry Mouyouma ? Pour de nombreux observateurs, ce recrutement relève d’un pari perdu d’avance, tant les critères ayant guidé la décision précédente restent flous, voire incompréhensibles.
Onze ans de pouvoir, peu de résultats
Pierre Alain Mounguengui est à la tête de la Fédération Gabonaise de Football depuis le 30 mars 2014. Cela fait plus de onze ans que le même bureau exécutif tient les rênes du football gabonais, connaît parfaitement les rouages institutionnels et maîtrise les équilibres internes. Pourtant, les résultats sportifs des Panthères restent en ligne de mire des critiques.
Éliminations précoces, non-qualifications répétées à la Coupe d’Afrique des Nations, prestations ternes et manque de projet sportif lisible : le bilan est jugé médiocre, voire lamentable, par une large frange de l’opinion publique sportive. Les supporters, de plus en plus exaspérés, n’ont jamais caché leur colère face à ce qu’ils perçoivent comme une gestion à bout de souffle.
Thierry Mouyouma, symbole d’un échec
Le choix de Thierry Mouyouma, effectué par l’actuel bureau exécutif, est aujourd’hui au cœur de toutes les controverses. Présenté à l’époque comme une solution crédible, ce sélectionneur s’est rapidement retrouvé sous le collimateur des critiques. Coaching hasardeux, sélections de joueurs expérimentés écartés sans explication, choix tactiques incohérents : la liste des griefs est longue.
L'aventure des Panthères à la CAN 2025 au Maroc s’est soldée par une véritable déconfiture sportive, culminant avec des résultats jugés indignes du potentiel du football gabonais avec des joueurs comme Pierre Emerick Aubameyang, Mario Lemina, Guélor Kanga ou Denis Bouanga. Pour beaucoup, ce fiasco n’est pas uniquement celui d’un homme, mais celui d’un système qui a fini par saborder lui-même ses propres ambitions.
La suspension des Panthères, un signal fort
Face à la grogne populaire et à l’impasse sportive, le gouvernement a fini par prendre des décisions fortes. La suspension de l’équipe nationale du Gabon, les Panthères, ainsi que celle du staff technique chapeauté par Thierry Mouyouma, a agi comme un électrochoc. Cette mesure exceptionnelle témoigne de la gravité de la situation et de la perte de confiance envers la gestion fédérale actuelle.
Cependant, cette intervention de l’État ne règle pas la question centrale : peut-on raisonnablement confier une nouvelle fois à la même équipe dirigeante le soin de rebâtir ce qu’elle a contribué à fragiliser ?
Vers un “Thierry Mouyouma bis” ?
La crainte d’un « Thierry Mouyouma bis » hante les esprits. Un nouveau sélectionneur, recruté selon les mêmes mécanismes, risquerait de conduire à un nouvel échec, prolongeant ainsi la spirale négative. Beaucoup redoutent que l’appel à candidatures annoncé ne soit qu’un exercice de façade, sans remise en question profonde des pratiques internes.
À l’heure où le football gabonais cherche désespérément un second souffle, la FEGAFOOT joue gros. Très gros. Car un nouveau faux pas pourrait définitivement briser le lien déjà fragile entre la Fédération, les joueurs et les supporters.
Une responsabilité historique
Le recrutement du prochain sélectionneur national ne devrait pas être un simple acte administratif, mais une décision stratégique majeure. Après plus de onze ans de gestion, l’actuel bureau exécutif se trouve à un pied du mur. Soit il engage une réforme réelle, transparente et crédible, soit il prend le risque de précipiter un peu plus le football gabonais dans l’impasse. La moidre erreur pourrait être fatale.