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“QUI ONT FAIM”

“QUI ONT FAIM”
Macron veut relancer les entreprises françaises en Afrique, en privilégiant celles qui ont faim, pour renforcer la présence économique, tout en imposant des conditions durables et responsables.

Lors de son discours annuel aux ambassadeurs de France, prononcé ce jeudi à l’Élysée, Emmanuel Macron a appelé à une relance de l’engagement économique français en Afrique. Le président de la République souhaite reconnecter les entreprises françaises avec le continent africain, tout en posant des conditions claires : seules les entreprises prêtes à s’investir durablement et à respecter des règles de comportement strictes seront encouragées à y aller.


Publié aujourd’hui à 14h24 par BFM Business, ce discours marque une nouvelle étape dans la redéfinition de la relation entre la France et l’Afrique, après plusieurs années de recul économique et politique sur le continent.


Un partenariat africain jugé “clé”


Emmanuel Macron a rappelé l’importance stratégique de l’Afrique pour la France. « Le partenariat africain est clé. Il faut en 2026 qu’on aille au bout de ce travail », a-t-il déclaré, faisant référence à son discours de Ouagadougou de 2017. Ce dernier avait acté la fin progressive de la présence militaire française sur le continent et posé les bases d’une relation renouvelée, fondée sur des partenariats économiques et politiques “d’égal à égal”.


Pour le chef de l’État, cette nouvelle relation doit désormais se traduire plus concrètement sur le plan économique. « Il faut mettre au cœur nos partenariats économiques qu’il faut consolider », a-t-il insisté, tout en appelant à une politique plus ambitieuse en direction des diasporas africaines en France.


Le désengagement des entreprises françaises pointé du doigt


Le président n’a pas mâché ses mots sur le rôle des entreprises françaises. Selon lui, la France fait aujourd’hui « l’exact contraire » de ce qu’elle affiche comme objectif politique. « Trop de nos groupes se sont désinvestis du continent africain », a-t-il regretté, dénonçant une perte d’influence économique progressive depuis une dizaine d’années.


Emmanuel Macron a notamment cité le secteur financier. « Il y a quinze ans, on était une puissance bancaire et financière en Afrique. Tout le monde a vendu », a-t-il déploré. Face à ce constat, il affirme avoir demandé aux ministres concernés de revoir la stratégie française « en profondeur ».


“Amener des groupes qui ont faim”


L’objectif affiché par l’exécutif est désormais clair : encourager le retour d’entreprises françaises en Afrique, mais sous conditions. « Amenons des groupes français de plus en plus nombreux en Afrique, mais amenons des groupes qui ont faim », a lancé Emmanuel Macron. À l’inverse, « ceux qui ne se comportent pas bien ou ceux qui n’ont pas faim, il ne faut plus les emmener ».


Cette déclaration marque une volonté de rompre avec certaines pratiques passées, souvent critiquées pour leur manque de transparence ou leur impact social et environnemental limité. Le président semble vouloir privilégier des entreprises capables de s’inscrire dans la durée, en cohérence avec les attentes locales.


Des investissements français en net recul


Les chiffres confirment le diagnostic présidentiel. Selon les données de la Direction générale du Trésor, les flux d’investissements directs étrangers (IDE) français vers l’Afrique sont en baisse depuis le milieu des années 2010. Ils représentent aujourd’hui environ 2,5 % du stock total des investissements directs français à l’étranger, une part relativement marginale.


Toutefois, ce recul ne concerne pas uniquement la France. Les flux mondiaux d’IDE vers l’Afrique ont fortement diminué ces dernières années. Au premier semestre 2025, ils ont chuté de 42 % par rapport à 2024, affectant l’ensemble des investisseurs internationaux, y compris les groupes français.


La Chine dans le viseur de l’Élysée


Dans son discours, Emmanuel Macron a également évoqué la concurrence internationale, en particulier celle de la Chine. « La Chine va beaucoup plus vite, elle nous taille des croupières sur la machine, l’industrie », a-t-il affirmé, soulignant l’ampleur du déploiement économique chinois en Afrique et dans le reste du monde.


Le président a aussi mentionné les tensions commerciales avec les États-Unis, évoquant les barrières tarifaires imposées par Washington. Face à ces pressions, il appelle l’Europe à changer de posture. « Nous ne sommes pas simplement un marché qui doit s’intégrer », a-t-il déclaré, plaidant pour une meilleure protection contre les pratiques jugées déloyales.


Vers une nouvelle doctrine économique ?


En filigrane, ce discours esquisse une nouvelle doctrine économique française : plus sélective, plus protectrice et plus offensive à l’international. En Afrique, Emmanuel Macron entend tourner la page d’un désengagement progressif et relancer une présence économique française fondée sur des entreprises “responsables” et motivées.


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

Par Pamphil

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