L’ENTREPRENEURIAT GABONAIS SE HEURTE AU MANQUE D'ACCOMPAGNEMENT POUR ACCÉDER AUX MARCHÉS PUBLICS
Depuis le 30 août 2023 et l’avènement du coup de la libération, le Gabon multiplie les initiatives pour promouvoir l’entrepreneuriat. Entre discours politiques ambitieux et réalités concrètes sur le terrain, la jeunesse gabonaise se retrouve face à des défis majeurs. Témoignages et analyses de jeunes entrepreneurs illustrent cette situation contrastée.
Freins à l’entrepreneuriat, décalage entre discours politiques et réalité
Dans le contexte où nous entrons en plein dans la 5ᵉ République, l’entrepreneuriat occupe pourtant une place centrale dans les discours officiels. Cependant, sur le terrain, de nombreux jeunes entrepreneurs peinent encore à bénéficier d’un soutien concret.
À la question de savoir si l’entrepreneuriat pour la jeunesse gabonaise est une utopie ou non, l’entrepreneur, architecte d’intérieur et designer dans le bâtiment, Youfred Onko Genze, estime que l’accompagnement peu visible des nouveaux entrepreneurs par les organes compétents constitue un obstacle majeur.
« Je dirais que c’est actuellement une utopie. Pourquoi ? Parce que nous, les entrepreneurs et entreprises naissantes, n’avons pas d’accompagnement pour accéder aux marchés publics »
Il observe qu’une part belle est faite à certaines entreprises lors de l’attribution des marchés publics.
« C’est une utopie car, lorsque le gouvernement propose des marchés publics, il ne regarde que les entreprises déjà bien équipées en machines et en renforcement de capacités. »
En procédant de la sorte, l’État agit comme certains employeurs qui conditionnent les recrutements à des années d’expérience.
Du côté des jeunes, le fossé entre les discours officiels et la réalité quotidienne est de plus en plus perceptible. Cédric Ndema, étudiant, s’interroge :
« On a l’impression que les discours des gouvernants ne s’appliquent pas concrètement. Beaucoup de jeunes dans les quartiers et les universités sont limités dans leurs orientations. Ils rêvent d’un accompagnement de l’État qui, dans la réalité, fait défaut »
Il se demande alors si l’entrepreneuriat n’est pas devenu un simple outil de communication politique.
Pour Youfred Onko Genze, la jeunesse gabonaise veut pourtant répondre à l’appel des autorités : être des bâtisseurs d’aujourd’hui, participer activement au développement du pays et provoquer un changement de mentalités.
Une culture entrepreneuriale encore fragile face aux défis de la jeunesse
Selon Cédric Ndema, le Gabon ne dispose pas d’une culture entrepreneuriale historiquement ancrée. Les générations des années 1980 et 1990 ont été éduquées avec l’idée que la réussite passait exclusivement par l’école puis par un emploi salarié. L’entrepreneuriat, souligne-t-il, n’a réellement commencé à émerger qu’entre 2015 et 2018.
Parallèlement, l’un des principaux défis de l’entrepreneuriat chez les jeunes Gabonais réside, selon Abessolo Nguema Christian, dans le manque d’inclination pour cette voie. Beaucoup préfèrent encore la sécurité d’un emploi de bureau à la prise de risque entrepreneuriale. À cela s’ajoute le manque de soutien et de sponsoring pour les initiatives portées par la jeunesse.
« Jusqu’alors, malheureusement, je vous dirais que je n’ai pas reçu de l’aide ou des gens qui ont essayé de sponsoriser l’affaire »,
confie-t-il. Il déplore le fait que, malgré une structure composée de quatre jeunes Gabonais, étudiants et de sexes confondus, son équipe n’ait pas bénéficié de l’aide multiforme espérée pour les encourager dans leur démarche.
L’étudiant-entrepreneur , réalité et actions attendues de l’État.
Abessolo Nguema Christian incarne la figure de l’étudiant-entrepreneur, une notion qu’il défend avec conviction. Il s’appuie sur l’un des discours Président de la République Brise Clotaire Oligui Nguema, rappelant qu’un étudiant peut être simultanément entrepreneur.
« Lors d’un discours du Président, il disait que lorsqu’il était étudiant, il s’est rendu compte que, généralement, un étudiant pouvait être en même temps entrepreneur. Du coup, nous aussi, on s’est lancé dans cet élan. Nous essayons de relever le défi où un étudiant peut devenir entrepreneur, malgré le simple fait qu’il soit étudiant. Et j’en suis un bel exemple. Je suis étudiant gabonais entrepreneur »
affirme-t-il.
Pour lui, l’entrepreneuriat n’est pas une utopie, mais une réalité accessible.
« Je suis jeune Gabonais, étudiant, entrepreneur. Le simple fait que j’ouvre un petit business montre que l’entrepreneuriat est possible. C’est possible, et j’en suis un bel exemple »
insiste-t-il.
Pour que les jeunes s’engagent réellement dans la voie de l’entrepreneuriat, Cédric Ndema estime que l’État doit poser des actes forts. Il préconise notamment l’allocation d’un budget conséquent, ainsi qu’une facilitation de l’accès aux financements. Ces financements devraient être accordés sans conditions excessivement contraignantes, avec pour principales exigences l’enregistrement légal des structures et un suivi rigoureux de leurs activités. C’est à ces conditions, conclut-il, que le Gabon pourra véritablement parler d’un entrepreneuriat national dynamique et inclusif.