RECRUDESCENCE DES REVENDICATIONS
Face à la montée en puissance des mouvements revendicatifs observée ces derniers temps au sein de certaines administrations publiques, notre rédaction s’est rendue, ce vendredi 09 janvier 2026, à l’Université Omar Bongo. À cette occasion, nous nous sommes entretenus avec le président du Syndicat national des enseignants-chercheurs (SNEC), Mathurin Ovono Ébè. Il a expliqué les principales raisons à l’origine de ces mouvements de grève.
La fin de l’État de grâce
Pour Mathurin Ovono Ébè, au regard du contexte social actuel, « nous pouvons dire que ces mouvements ont deux origines immédiates ».
La première est, selon lui, « la fin de l’État de grâce ».
Il explique que « tout président, lorsqu’il arrive au pouvoir, bénéficie d’un État de grâce. Cela peut durer un an, deux ans, voire trois ans ». Dans le cas précis du président de la République, cette période a été marquée par la transition politique. Le contentement général de la population, à la suite du coup de libération, a fait que personne n’osait véritablement contester son action.
« C’était l’euphorie. Il venait de libérer le Gabon de la “Young”, d’un système sectaire qui tirait le pays vers le bas. Tout le peuple était derrière lui pendant deux ans », souligne le président du SNEC.
Mathurin Ovono Ébè reconnaît que le chef de l’État a tenu certaines de ses promesses, notamment la restauration des institutions et le retour du pouvoir aux civils, alors qu’il était lui-même issu du milieu militaire. « Il y a eu cet État de grâce, et tout État de grâce à une fin », insiste-t-il.
Selon lui, cette fin traduit désormais l’impatience du peuple, désireux de voir le président agir de manière concrète.
Le président du SNEC justifie ainsi la fin de cet État de grâce par la volonté populaire de voir le chef de l’État véritablement à l’œuvre :
« On peut considérer que le peuple voudrait maintenant voir le président travailler, parce qu’il a été plébiscité à 94,85 %. Il faudrait donc que le président soit au rendez-vous des aspirations du peuple».
Le procès Bongo-Valentin
La seconde origine immédiate évoquée par le président du SNEC est « le procès Bongo-Valentin ». Ce procès a mis en lumière, aux yeux de l’opinion nationale et internationale, d’importantes dérives financières au plus haut sommet de l’État.
Les chiffres qualifiés de pharaoniques révélés lors de cette affaire ont conduit de nombreux Gabonais à se dire qu’« il y a de l’argent dans ce pays ». Dès lors, l’État ne peut plus, selon eux, soutenir qu’« il n’y a rien ».
« Les Bongo-Valentin nous ont prouvé que pendant qu’ils disaient que le pays allait mal, ils se partageaient des bonus d’un milliard, deux milliards, trois milliards », dénonce Mathurin Ovono Ébè.
Ainsi, les revendications observées aujourd’hui traduisent le désir du peuple de voir le pouvoir public répondre concrètement à ses besoins sociaux et économiques.