DÉJÀ VENDUS À PLUSIEURS ACHETEURS
Dans plusieurs grandes villes gabonaises, des litiges fonciers se multiplient et révèlent l’ampleur d’une crise profonde du secteur foncier. Des terrains déjà vendus et revendus à plusieurs individus font l’objet de constructions et de revendications judiciaires, mettant en lumière des défaillances administratives, des tensions sociales et des dossiers qui s’accumulent au Palais de justice.
Un marché foncier sous pression
À Libreville, la capitale gabonaise, ainsi que dans d’autres villes comme Port-Gentil ou Franceville, la demande de parcelles constructibles explose. Face à une urbanisation rapide et à la rareté des terrains aménagés, certains vendeurs — parfois non autorisés — proposent des parcelles qui se révèlent être déjà attribuées ou litigieuses. Selon des analyses du secteur foncier, « certaines parcelles sont vendues par des personnes qui ne les ont pas obtenues légalement », ce qui entraîne des litiges lorsque plusieurs acquéreurs revendiquent le même terrain.
Selon les spécialistes gabonais, l’Agence nationale de l’urbanisme, des travaux topographiques et du cadastre (ANUTTC) est censée vérifier la situation juridique des terrains et authentifier les documents de cession. Toutefois, de nombreux acheteurs ignorent ce passage clé avant d’acquérir une parcelle, découvrant tardivement que leur achat ne leur confère aucun droit réel.
Ventes multiples et dossiers judiciaires en hausse
Dans les tribunaux gabonais, des dossiers de conflits fonciers s’accumulent. Il n’est plus rare que plusieurs individus se présentent comme propriétaires légitimes d’un même terrain — notamment à Libreville, Port-Gentil et Franceville. Ces situations donnent lieu à des procédures longues, parfois interminables, devant les juridictions de droit commun.
À Libreville, des familles expulsées de leurs terres ont vu leurs biens mis en cause dans des affaires où l’authenticité des titres fonciers est contestée. Selon des témoignages, certains terrains ont été vendus plusieurs fois par des vendeurs sans légitimité, parfois avec des documents frauduleux, forçant les premiers acquéreurs à porter l’affaire devant la justice pour espérer récupérer leur droit.
Un exemple parlant est l’affaire du litige foncier au Cap-Estérias, qui a mis en lumière des documents douteux et des conflits violents entre parties adverses, révélant des pratiques opaques potentiellement liées à l’administration de l’Urbanisme et du cadastre.
Acteurs impliqués : chefs de quartiers, agents municipaux, anciens maires
Les protagonistes de ces conflits sont variés. Dans plusieurs cas, des chefs de quartiers ou des agents municipaux, parfois en service ou retraités, sont pointés du doigt pour avoir participé à des transactions irrégulières ou dont la légalité est contestée. À l’origine, certains de ces acteurs locaux détiennent des informations ou des relations qui leur permettent de vendre des terrains sans qu’un titre foncier définitif ne soit délivré.
Des anciens maires ou responsables locaux sont aussi parfois impliqués dans des affaires où l’attribution ou la régularisation de parcelles a été faite sans respect strict des procédures légales, suscitant la colère des populations concernées.
Conséquences sociales pour les populations
Les litiges fonciers n’affectent pas seulement les protagonistes directs ; ils ont des répercussions sociales importantes. À Libreville, plusieurs familles ont été contraintes de quitter leurs parcelles, parfois sans compensation satisfaisante, et se retrouvent sans logement ou dans une situation de grande précarité.
Ces conflits génèrent de la frustration, des tensions entre voisins, et un sentiment d’injustice face à l’apparente lenteur ou inefficacité de l’appareil judiciaire. Sans une réforme profonde, beaucoup craignent que de telles situations continuent de polariser les communautés, en particulier dans les quartiers périphériques où la pression foncière est la plus forte.
Des appels à une réforme du foncier
Face à cette crise, des voix s’élèvent pour appeler à une réforme du secteur foncier. Lors des États généraux de l’habitat au Gabon, des experts ont plaidé pour la pénalisation de la vente de terrains sans titre de propriété officiel, afin de réduire les escroqueries et de renforcer la sécurité juridique des transactions.
Selon ces recommandations, il serait essentiel d’harmoniser les textes régissant le foncier, d’améliorer la transparence des procédures d’attribution et de garantir l’implication rigoureuse des services compétents avant toute transaction.
Les litiges fonciers continuent de se multiplier
Le gouvernement gabonais est conscient des enjeux. Des initiatives, comme la réforme prévue du Code de l’urbanisme et de nouvelles mesures de régulation, sont évoquées pour venir à bout de ces dérives. Toutefois, pour l’heure, les litiges fonciers continuent de se multiplier devant les tribunaux, et les Gabonais concernés attendent des décisions judiciaires qui fassent enfin respecter leurs droits.
Dans un contexte où l’urbanisation et la demande de parcelles constructibles restent fortes, la sécurité foncière apparaît comme l’un des défis majeurs pour l’avenir de l’habitat et de l’équité sociale au Gabon.