tvplusafrique

Education

EST-IL UN PAUVRE ?

EST-IL UN PAUVRE ?
 Au Gabon, les enseignants subissent précarité, salaires faibles et manque de soutien. Revalorisation salariale et régularisation administrative sont urgentes pour garantir qualité de l’éducation et vie digne.

Au Gabon, enseigner reste un métier respecté, mais pour beaucoup, il est aussi synonyme de grande précarité financière. Selon plusieurs sources, les enseignants du pré-primaire, du primaire et du secondaire touchent des salaires mensuels souvent insuffisants pour subvenir à leurs besoins de base. Entre le coût du logement, de la nourriture, des transports et des fournitures scolaires, beaucoup se retrouvent à jongler avec un budget très limité.


Marie, enseignante à Libreville depuis dix ans, confie la mort dans l'âme : « On nous demande de former l’avenir du pays, mais nous-mêmes, nous avons parfois du mal à boucler nos fins de mois. » Cette situation fait remonter à la surface un paradoxe cruel : les enseignants portent la responsabilité d’éduquer les générations futures, mais eux-mêmes tirent le diable par la queue.


Le manque d’infrastructures et de soutien


La faiblesse des salaires n’est pas la seule difficulté. Les enseignants gabonais doivent souvent travailler dans des conditions matérielles très difficiles. Beaucoup d’écoles manquent de manuels, de matériel informatique et même d’éléments de base comme des tables, la craie et des chaises en bon état. Dans certaines zones rurales, les enseignants doivent habiter dans des huttes, où il n’ya  pas d’électricité, pas d'eau courante, pas de toilettes, parcourir des distances assez longues pour se rendre à l’école, parfois sans transport adéquat. Ce qui accroît encore leurs dépenses personnelles.


L’absence de soutien administratif et de formation continue ajoute une pression supplémentaire. Plusieurs enseignants racontent que les promotions sont extrêmement rares et que le mérite n’est pas toujours récompensé. Cette situation contribue à un sentiment d’épuisement et à une démotivation progressive.


Des emplois précaires malgré des diplômes élevés


Ce qui frappe, c’est que la précarité touche tous les niveaux d’enseignement, même ceux qui ont suivi de longues études. Un enseignant titulaire d’un baccalauréat ou d’un master peut percevoir un salaire à peine suffisant pour vivre dignement. Selon certaines estimations du ministère de l’Éducation nationale, un enseignant débutant perçoit environ 350 000 francs CFA par mois, soit moins de 500 euros, un montant jugé insuffisant pour une famille de 2 personnes. Mais il peut gagner moins que ce montant une dizaine d’années s’il reste stagiaire pendant cette période. 


Cette réalité pousse certains enseignants à chercher des sources de revenus supplémentaires, généralement aussi très précaires. Beaucoup donnent des cours particuliers, parfois en dehors de leur emploi officiel, ou se tournent vers de petits métiers parallèles pour joindre les deux bouts. D’autres quittent le corps enseignant. « On ne peut pas vivre uniquement avec notre salaire d’enseignant », explique Alain, professeur de mathématiques à Franceville. « Beaucoup de collègues sont obligés de faire des extras pour survivre. »


Les conséquences sur le système éducatif


La précarité des enseignants a des conséquences directes sur la qualité de l’éducation. La démotivation, l’absence de matériel et le besoin de multiplier les activités rémunératrices détournent l’attention des enseignants de leur mission première : former les élèves. Certaines écoles enregistrent un taux d’absentéisme des enseignants préoccupant, surtout dans les zones rurales isolées, où les conditions de vie sont encore plus difficiles. A Libreville, où le coût de la vie est élevé, l'absentéisme des enseignants atteint des proportions très alarmantes avec des enseignants qui restent à la maison 3 à 4 jours par semaine, faute d'argent de taxi. 


Le phénomène contribue également à une fuite des talents. De jeunes diplômés qualifiés préfèrent se tourner vers des secteurs mieux rémunérés, laissant le système éducatif avec un personnel souvent insuffisant ou moins expérimenté. Dans certaines villes, cela se traduit par des classes surchargées et une baisse générale du niveau scolaire.


Initiatives et promesses gouvernementales


Face à cette situation, le gouvernement gabonais a annoncé plusieurs initiatives pour améliorer la condition des enseignants. Parmi elles, l’augmentation progressive des salaires et la distribution de primes pour les enseignants. Mais cela représente une goutte d’eau dans la mer. Des programmes de formation continue et des concours internes sont également en cours pour permettre aux enseignants d’actualiser leurs compétences et de progresser dans leur carrière.


Cependant, ces mesures sont encore insuffisantes. Les syndicats d’enseignants dénoncent des retards dans le paiement des vacations et un blocage des régularisations administratives. « Il y a des annonces tous les ans, mais aucune amélioration concrète pour ceux qui sont sur le terrain », déplore Rose, enseignante à Port-Gentil.


Une profession à révaloriser


Malgré ces difficultés, beaucoup d’enseignants continuent de se consacrer à leur vocation. Leur engagement envers les élèves reste palpable pour certains d’entre eux, même face à la précarité. Le ministère de l’Education nationale, les parents et la société commencent progressivement à prendre conscience de ce déséquilibre : un enseignant motivé et bien soutenu est indispensable à la réussite scolaire des enfants.


Pour que l’éducation gabonaise progresse, il semble donc essentiel de revaloriser ce métier, non seulement par les régularisations administratives plus rapides, par une hausse des salaires, mais aussi par des conditions de travail dignes, un accompagnement professionnel et des perspectives de carrière claires. Comme le souligne un observateur du secteur : « Un enseignant qui vit dans la précarité ne peut pas donner le meilleur de lui-même. Pour améliorer l’école, il faut d’abord améliorer la vie de ceux qui la font vivre »


Des enseignants sous-payés


La précarité des enseignants au Gabon n’est pas seulement un problème économique : c’est une question sociale et éducative majeure. Tant que les enseignants resteront sous-payés et insuffisamment soutenus, le système éducatif risque de stagner, voire de régresser. Le défi est donc double : améliorer les conditions de vie des enseignants et garantir aux enfants une éducation de qualité. Pour le Gabon, le véritable investissement dans l’avenir passe par ceux qui forment cet avenir, souvent au prix de leur propre confort et de leur sécurité financière.


La régularisation administrative, une urgence sociale


À Libreville, de nombreux enseignants fonctionnaires revendiquent avec force leur régularisation administrative, un combat qui reflète la précarité de leur quotidien. Contrairement aux fonctionnaires des régies financières, qui bénéficient de primes diverses, les enseignants ne comptent que sur leur salaire, souvent insuffisant et bloqué pendant plusieurs années. Ceux qui réussissent des concours internes pour passer de la catégorie B1 à A2 ou d’A2 à A1 attendent parfois si longtemps qu’ils n’ont même pas le temps de jouir de leur promotion avant de décéder.


Beaucoup restent au « pré-salaire » pendant des années, ou travaillent sans poste budgétaire, malgré leur réussite aux concours et la formation accomplie à l’ENI, à l’ENSET ou à l’ENS etc. Le coût de la vie à Libreville accentue leurs difficultés : le transport, le loyer, et même l’alimentation sont des charges très lourdes. Les enseignants mangent rarement trois fois par jour, et leurs repas sont souvent déséquilibrés. Logés dans des quartiers défavorisés, dans des chambres modestes, parfois à peine meublées, ils doivent se déplacer quotidiennement en taxi-bus pour rejoindre leurs établissements.


Cette situation souligne l’urgence d’une régularisation administrative et d’une revalorisation salariale, non seulement pour reconnaître leur rôle dans l’éducation nationale, mais aussi pour garantir une vie digne à ceux qui forment l’avenir du pays.


 


 

Par Pamphil

Top Articles