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CLOCHARDISÉS ET ABANDONNÉS

CLOCHARDISÉS ET ABANDONNÉS
Au Gabon, les entraîneurs des petites catégories U14-U21 sont négligés, précarisés et invisibles. Sans reconnaissance ni salaire, ils forment les jeunes talents mais restent oubliés du football national.

Dans l’imaginaire collectif, le football gabonais se résume aux exploits de l’équipe nationale, aux stars expatriées en Europe et aux projecteurs braqués sur les compétitions internationales. Pourtant, loin des stades illuminés et des discours officiels, une autre réalité existe. Elle est silencieuse, invisible, douloureuse. Celle des entraîneurs gabonais des petites catégories, U14/U15, U16/U17, U18/U19 et U21, ces hommes qui forment les joueurs dès l’enfance et les préparent au football à onze et à la compétition seniors. Aujourd’hui, ces formateurs sont parmi les plus négligés et les plus méprisés du sport national.
Les fondations oubliées du football national
Sans entraîneurs de base, aucun football ne peut exister. Ce sont eux qui détectent les talents, qui enseignent les premiers gestes, qui inculquent la discipline, l’amour du maillot et le respect du jeu. Au Gabon, ces éducateurs travaillent souvent dans des conditions indignes. Ils encadrent des enfants et des adolescents avec passion, mais sans moyens, sans reconnaissance et sans sécurité sociale.
Ces catégories dites « intermédiaires » sont pourtant essentielles. Elles constituent le dernier palier avant le haut niveau, le passage délicat entre le football de formation et le football professionnel. C’est là que se construisent les carrières. Mais paradoxalement, c’est aussi là que l’abandon est le plus criant.


Clochardisés et humiliés


Le mot choque, mais il reflète la réalité : ces entraîneurs sont clochardisés. Ils sont traités comme des moins que rien. Dans de nombreux clubs et structures, ils ne perçoivent aucun salaire régulier. Certains travaillent des mois, voire des années, sans être payés. D’autres reçoivent des primes occasionnelles, insuffisantes pour vivre dignement.
Ils sont chosifiés, réduits à de simples outils jetables. On les utilise tant qu’ils sont utiles, puis on les efface sans ménagement. Aucun contrat clair, aucune protection, aucune reconnaissance officielle. Ils subissent des humiliations quotidiennes, parfois même de la part de dirigeants qui n’ont jamais mis un pied sur un terrain pour former un enfant.


Une précarité extrême au quotidien


La misère est visible jusque dans leur apparence. Beaucoup de ces entraîneurs sont mal chaussés, mal habillés. Ils n’ont pas de survêtements dignes de ce nom, pas de chaussures de sport adaptées. Certains entraînent en sandales usées ou avec des baskets trouées. Ils « tirent le diable par la queue », survivant grâce à des petits boulots parallèles.
Cette précarité n’est pas seulement matérielle. Elle est aussi morale. En cas de deuil ou de maladie, aucun accompagnement n’est prévu. Pas de solidarité institutionnelle, pas d’aide financière, pas même un message de soutien officiel. Ils sont seuls face à la vie, seuls face aux épreuves.


Aucune perspective d’avenir


Le plus grave, c’est l’absence totale de perspectives. Ces entraîneurs n’ont aucun plan de carrière. Pas de formations continues, pas de passerelles vers les équipes seniors, pas de promotion. Tout est fait pour qu’ils restent dans l’ombre, pour qu’on ne les voie jamais.
Le système semble organisé pour les maintenir dans l’invisibilité. Ils travaillent, ils forment, ils produisent des talents, mais ils ne récoltent rien. Leur expérience n’est pas valorisée, leur savoir-faire est ignoré, leur parole n’est jamais écoutée.
Effacés de l’histoire quand vient le succès
Le comble de l’injustice survient lorsqu’un joueur qu’ils ont formé atteint l’équipe nationale ou signe dans un grand club. À ce moment-là, on efface leur trace. On réécrit l’histoire. On parle des centres de formation prestigieux, des entraîneurs célèbres, mais jamais de celui qui a été le premier éducateur.
Le premier entraîneur, celui qui a appris à contrôler le ballon, à faire une passe, à croire en son talent, disparaît du récit. Il n’est ni cité, ni remercié, ni associé à la réussite. Comme s’il n’avait jamais existé.


Un mal profond du football gabonais


Cette situation n’est pas un simple oubli. Elle révèle un mal profond dans la gouvernance du football gabonais. Un système qui glorifie le sommet tout en méprisant la base. Un système qui consomme des hommes et les jette ensuite.
Tant que les entraîneurs des petites catégories continueront à être traités ainsi, le football gabonais restera fragile. Car on ne construit pas une maison solide sur des fondations brisées. Redonner dignité, moyens et reconnaissance à ces formateurs n’est pas un luxe. C’est une urgence. C’est une question de justice, mais aussi d’avenir pour le football national.


Centres de formation de référence: traitement de qualité


Dans plusieurs centres de formation africains de référence, les entraîneurs des petites catégories bénéficient d’un traitement qui favorise leur engagement et la qualité du travail de formation. À Génération Foot au Sénégal, les éducateurs des jeunes catégories évoluent dans un cadre structuré et professionnel. Ils disposent de méthodes de travail claires, d’un suivi administratif rigoureux et d’un environnement stable. Leur rôle est valorisé, car le club considère la formation de base comme le socle de sa réussite nationale et internationale. 8 internationaux ont été formés récemment par Génération Foot et ont réussi.  France (Sadio Mané – FC Metz, Ismaïla Sarr – FC Metz, Habib Diallo – FC Metz, Pape Matar Sarr – FC Metz, Lamine Camara – FC Metz, Cheikh Sabaly – FC Metz), Angleterre (Sadio Mané – Southampton, Liverpool, puis Arabie Saoudite, Ismaïla Sarr – Watford, Pape Matar Sarr – Tottenham Hotspur), Espagne (Pathé Ciss – Rayo Vallecano) , Italie (Krépin Diatta – (formé à Génération Foot puis passé par Bruges avant l’Italie via Monaco, souvent cité dans le parcours GF). 


Les Brasseries: attention particulière aux entraîneurs des petites catégories


Au Cameroun, les Brasseries accordent également une attention particulière aux entraîneurs des petites catégories. Ceux-ci bénéficient d’un accompagnement matériel correct, d’une reconnaissance institutionnelle et, dans certains cas, de formations continues. Le projet met l’accent sur la discipline, l’éducation et la progression à long terme des jeunes joueurs, ce qui renforce le respect et la considération accordés aux encadreurs.


Quelques-uns des joueurs formés à l’Ecole de football des Brasseries du Cameroun. France (Aboubakar Nagida – Défenseur/latéral gauche au Stade Rennais (Ligue 1, France). Il est un produit de l’EFBC avant de rejoindre Rennes en 2023, Ignatius Ganago – Attaquant du FC Nantes (Ligue 1, France), formé à l’EFBC avant de poursuivre sa carrière en France, Bernard Nguene – Avant‑centre formé aux Brasseries du Cameroun, évolue à OGC Nice (Ligue 1, France) depuis 2024.  Clinton Njie (Olympique Lyonnais, puis Tottenham), Marc-Vivien Foé (formé aux Brasseries du Cameroun avant de rejoindre les clubs européens, Lens (France), Manchester City (Angleterre), Olympique Lyonnais (France), Rigobert Song (Également un produit des Brasseries du Cameroun,  (Metz, Lens, Liverpool), Jean II Makoun (Formé aux Brasseries, a  joué à Lille, Lyon (France) et Aston Villa (Angleterre), Alexandre Song (Passé par EFBC dans sa jeunesse, FC Metz, FC Arsenal (Angleterre), FC Barcelone (Espagne), Gérémy Pierre Njitap (Formé aux Brasseries, Real Madrid, Chelsea), Landry Nguemo (Formé par EFBC, Bordeaux), Mbami Modeste (formé par EFBC, Toulouse, PSG, Olympique de Marseille). Plusieurs autres  joueurs ont été formés aux Brasseries, mais tous ne jouent plus actuellement dans les 5 grands championnats européens. 


Une philosophie exigeante et respectueuse des éducateurs


En Côte d’Ivoire, l’Académie Jean-Marc Guillou s’est distinguée par une philosophie exigeante et respectueuse du travail des éducateurs. Les entraîneurs y sont intégrés dans un projet pédagogique précis, avec une grande autonomie technique. Leur compétence est reconnue et leur rôle est central dans le développement humain et footballistique des enfants, ce qui crée un climat de confiance et de professionnalisme durable. 


Les principaux footballeurs ivoiriens formés à l’Académie Jean‑Marc Guillou (souvent via l’Académie MimoSifcom/ASEC Mimosas) qui ont évolué ou évoluent dans les grands championnats européens: Yaya Touré, Milieu de terrain ivoirien, a joué en Ligue 1 (France) avec Metz et AS Monaco, puis en Premier League (Angleterre) avec Manchester City (où il a remporté plusieurs titres dont le Championnat), Kolo Touré (Défenseur polyvalent, International ivoirien ayant évolué en Premier League anglaise (notamment Arsenal, Manchester City, Liverpool) et en Championship anglaise,  Didier Zokora (Défenseur / milieu défensif, Formé à l’académie, puis carrière en France (FC Saint‑Étienne), Espagne (La Liga) avec Espanyol Barcelone, et Angleterre (Tottenham Hotspur), Emmanuel Eboué (Arrière droit, Formé à ASEC Mimosas/JMG et a brillé en Premier League anglaise avec Arsenal (plusieurs saisons, matchs en Ligue des champions),  Aruna Dindane (Attaquant / ailier, Formé à l’académie et a joué principalement en France (RC Lens, OGC Nice) et en Angleterre (Portsmouth), Arthur Boka (Défenseur gauche, Formé via l’académie puis carrière en Belgique et en France (RC Strasbourg) puis en Espagne (Malaga CF) et également en Allemagne (VfB Stuttgart), Gilles Yapi‑Yapo (Milieu de terrain, Formé à ASEC Mimosas/JMG, a joué en Belgique (Beveren), France (FC Nantes), puis en Suisse (BSC Young Boys, FC Bâle, FC Zurich). Igor Lolo (Défenseur formé à JMG, a joué en Europe notamment en Belgique (Genk) et Ukraine,  Mamadou Dansoko (A commencé à ASEC/JMG puis évolué en France (FC Lorient),  Armand Mahan (Formé à ASEC, a joué en Belgique (Beveren et Cercle Brugge).


 

Par Pamphil

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