DÉMENT L’ENLÈVEMENT DE BOBI WINE
L’armée ougandaise a fermement démenti, samedi 17 janvier, les accusations selon lesquelles le chef de l’opposition et candidat à l’élection présidentielle, Bobi Wine, aurait été emmené de force à bord d’un hélicoptère militaire. Ces rumeurs ont circulé alors que le pays attendait les résultats définitifs d’un scrutin déjà marqué par de fortes tensions, des violences meurtrières et des accusations de fraude.
Vendredi soir, la Plateforme d’unité nationale (NUP), le parti de Bobi Wine, avait affirmé sur le réseau social X qu’un « hélicoptère de l’armée avait atterri » dans la résidence de l’opposant à Kampala et qu’il avait été « emmené de force vers une destination inconnue ». Le parti avait également dénoncé une attaque violente contre les gardes du corps du candidat.
L’armée rejette des accusations « infondées »
Ces affirmations ont été rapidement rejetées par les autorités militaires. « Les rumeurs de sa soi-disant arrestation sont infondées », a déclaré samedi le porte-parole de l’armée ougandaise, Chris Magezi, dans un entretien accordé à l’AFP. Il a qualifié ces accusations « d’absurdes » et estimé qu’elles visaient à provoquer des troubles. « Ces messages sont destinés à inciter ses partisans à des actes de violence », a-t-il ajouté.
Selon des journalistes présents sur place, la situation était relativement calme aux abords du domicile de Bobi Wine tôt samedi matin. Toutefois, les membres de son parti restaient injoignables en raison de coupures persistantes des communications, dans un contexte de restrictions imposées par les autorités.
Une résidence sous haute surveillance
La police ougandaise a confirmé qu’un important dispositif de sécurité avait été déployé autour de la résidence de l’opposant. « Nous avons déployé des forces de sécurité supplémentaires autour de la résidence de Bobi Wine et dans les environs, car il s’agit d’une zone d’intérêt sécuritaire, comme partout en Ouganda », a déclaré à l’AFP un porte-parole de la police.
Selon ce dernier, « des groupes de jeunes se sont mobilisés pour semer le chaos aux alentours de la résidence », justifiant ainsi la présence renforcée des forces de l’ordre. La chaîne locale NBS a également rapporté que les autorités affirmaient que Bobi Wine se trouvait bien chez lui.
Dans le quartier, la peur était palpable. Prince Jerard, un commerçant de 29 ans, a déclaré avoir entendu « un drone et un hélicoptère » survoler la zone dans la nuit de jeudi à vendredi. « Il y avait beaucoup de policiers. Beaucoup de gens ont quitté le quartier », a-t-il témoigné. « On a très peur »
Des violences meurtrières signalées
Les tensions ne se sont pas limitées à la capitale. Un député de la NUP, Muwanga Kivumbi, a affirmé à l’AFP que dix partisans du parti avaient été tués dans la nuit de jeudi à vendredi à l’intérieur de son domicile, situé dans le district de Butambala, un bastion de Bobi Wine dans le centre du pays. Selon lui, l’armée serait responsable de ces morts.
De son côté, le secrétaire général de la NUP, Lewis Rubongoya, a avancé un bilan encore plus lourd, évoquant plus de 20 morts et une cinquantaine de blessés lors des affrontements. Les forces de sécurité ougandaises contestent ces chiffres et affirment que sept personnes ont été tuées dans la zone après avoir attaqué un centre local de dépouillement des votes.
Museveni largement en tête selon les résultats provisoires
Sur le plan politique, peu d’observateurs s’attendaient à une surprise. Le président sortant, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quarante ans, apparaît largement favori. Après le dépouillement des bulletins dans près de 81 % des bureaux de vote, la commission électorale le crédite de 73,7 % des suffrages, contre 22,7 % pour Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi.
Les résultats définitifs étaient attendus samedi à 16 heures locales (13 heures GMT). À 81 ans officiellement, l’ancien chef rebelle brigue un septième mandat consécutif, s’appuyant sur un contrôle étroit de l’appareil sécuritaire et électoral.
Bobi Wine, le « président du ghetto »
Bobi Wine s’est imposé ces dernières années comme le principal opposant au régime de Museveni. Ancien chanteur de raggamuffin devenu figure politique, il se présente comme la voix des jeunes et des classes populaires. Il se surnomme lui-même le « président du ghetto », en référence aux quartiers défavorisés de Kampala où il a grandi.
Âgé de 43 ans, l’opposant n’en est pas à sa première confrontation avec le pouvoir. Lors de l’élection présidentielle de 2021, il avait déjà dénoncé des fraudes massives et avait été arrêté, détenu et, selon ses déclarations, torturé. Cette fois encore, son parti affirme qu’il était assigné à résidence depuis jeudi soir.
Une campagne marquée par la répression
Le scrutin s’est déroulé dans un climat qualifié de « répressif » par de nombreuses organisations internationales. Avant même le vote, les autorités avaient ordonné une coupure totale d’internet, toujours en vigueur samedi, compliquant la circulation de l’information et la communication des partis d’opposition.
Les Nations unies ont dénoncé une élection « marquée par une répression et une intimidation généralisées ». Selon Amnesty International, au moins 400 partisans de Bobi Wine ont été arrêtés au cours de la campagne. Craignant pour sa sécurité, l’opposant est apparu à plusieurs reprises en public portant un gilet pare-balles.
Sur le réseau X, Bobi Wine a accusé le gouvernement de « bourrage massif des urnes » et a appelé la population à manifester en cas de fraude avérée, un appel qui inquiète les autorités dans un pays déjà ébranlé par des violences politiques récurrentes.
Une opposition sous pression
La situation de l’opposition ougandaise reste extrêmement fragile. L’autre grande figure anti-Museveni, Kizza Besigye, candidat malheureux à quatre reprises contre le président sortant, a été enlevé en 2024 au Kenya avant d’être ramené de force en Ouganda. Il est depuis détenu et poursuivi pour des accusations de trahison.
Dans ce contexte, les démentis de l’armée concernant l’enlèvement présumé de Bobi Wine n’ont pas suffi à apaiser les inquiétudes. Entre rumeurs, coupures de communication et violences meurtrières, l’attente des résultats définitifs se déroule dans une atmosphère lourde, symbole des profondes fractures politiques qui traversent l’Ouganda.