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LA FORMATION À L’INTÉRIEUR DU PAYS

LA FORMATION À L’INTÉRIEUR DU PAYS
Le Sénégal sacré champion d’Afrique grâce à une formation locale solide, un fort attachement au maillot et un collectif combatif, face à un Maroc majoritairement composé de joueurs binationaux.

Le Sénégal a été sacré champion d’Afrique hier au terme d’une compétition maîtrisée de bout en bout. Une victoire qui dépasse le simple cadre sportif. Elle raconte une histoire de caractère, de combativité et surtout de formation locale patiemment construite. Face à une adversité relevée, les Lions de la Teranga ont imposé leur mental, leur discipline et leur attachement profond au maillot national. Un contraste saisissant avec leur adversaire direct, les Lions de l’Atlas, dont l’effectif repose très majoritairement sur des joueurs binationaux formés à l’étranger.


Une victoire forgée dans la gnaque et le mental


Sur le terrain, le Sénégal n’a jamais triché. Chaque match a été abordé avec la même intensité, la même rigueur tactique et surtout la même envie de se battre pour le pays. Cette “gnaque”, souvent évoquée mais rarement définie, s’est matérialisée par des duels gagnés, des replis défensifs constants et une solidarité de tous les instants.


Les joueurs sénégalais, pour la plupart nés et formés au pays, ont affiché un mental d’acier. Ils ont résisté aux moments difficiles, su revenir dans les matchs serrés et imposer leur rythme quand il le fallait. Cet état d’esprit n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’un long processus de formation où l’on apprend très tôt ce que représente le maillot national.


L’attachement au pays et au maillot, un facteur clé


Chez les Lions du Sénégal, le maillot n’est pas un simple symbole. Il est une responsabilité. Beaucoup de joueurs ont grandi dans des académies locales, ont connu les terrains difficiles, les longs déplacements et les sacrifices nécessaires pour atteindre le haut niveau. Cette trajectoire forge un lien particulier avec la nation.


Cet attachement se ressent dans les moments décisifs. Quand les jambes sont lourdes et que la pression monte, ce sont souvent les valeurs inculquées dès le plus jeune âge qui font la différence. Jouer pour le Sénégal n’est pas un choix par défaut ou une opportunité tardive, mais l’aboutissement logique d’un parcours construit au pays.


Génération Foot, un modèle de formation structuré


Impossible de parler du succès sénégalais sans évoquer Génération Foot. L’académie basée à Dakar est devenue une référence sur le continent africain. Elle incarne une vision claire : investir dans la formation de base pour bâtir une réussite durable.


À Génération Foot, les éducateurs des jeunes catégories travaillent dans un cadre structuré et professionnel. Les méthodes sont connues, les objectifs définis et le suivi administratif rigoureux. L’environnement est stable, ce qui permet aux formateurs de se concentrer sur l’essentiel : le développement technique, tactique et mental des jeunes joueurs.


Le rôle des éducateurs y est valorisé. Le club considère la formation comme le socle de sa réussite, aussi bien nationale qu’internationale. Ce choix stratégique porte aujourd’hui ses fruits.


Des internationaux formés localement et exportés avec succès


Ces dernières années, Génération Foot a formé plusieurs internationaux sénégalais qui ont réussi au plus haut niveau. Huit joueurs issus de cette académie se sont imposés dans des championnats majeurs et en sélection.


On retrouve Sadio Mané, Ismaïla Sarr, Habib Diallo, Pape Matar Sarr, Lamine Camara et Cheikh Sabaly, tous passés par le FC Metz après leur formation au Sénégal. Ismaïla Sarr s’est illustré à Watford, tandis que Pape Matar Sarr évolue aujourd’hui à Tottenham.


En Espagne, Pathé Ciss s’est imposé au Rayo Vallecano. En Italie, Krépin Diatta, formé à Génération Foot avant un passage remarqué par Bruges, a poursuit son parcours au plus haut niveau européen à l'AS Monaco. Ces trajectoires illustrent la qualité du travail effectué au Sénégal.


Le contraste avec la sélection marocaine


En face, le constat est plus sévère pour le Maroc. Sur l’ensemble des titulaires et remplaçants utilisés par Walid Regragui, seuls trois joueurs ont véritablement suivi une formation dans les clubs marocains.


L’avant-centre de Fenerbahçe, Youssef En-Nesyri, est issu de l’Académie Mohammed VI avant de passer par le MAS Fès. Âgé d’environ 28 ou 29 ans, il reste l’un des rares joueurs à avoir été formé localement avant de partir en Europe. Malgré son statut, son rendement sur le terrain reste irrégulier et loin d’être déterminant.


Le second joueur formé au pays est Mohamed Chibi, aujourd’hui à Pyramids FC. Passé par la Renaissance de Berkane, âgé d’environ 30 ans, il est utilisé comme milieu ou défenseur selon les besoins. Là encore, son rôle dans le dispositif reste secondaire.


Une sélection marocaine largement composée de binationaux


Le reste de l’effectif marocain est composé presque exclusivement de joueurs binationaux formés à l’étranger. Yassine Bounou a été formé au Canada et a débuté sa carrière senior en Espagne. Achraf Hakimi a rejoint le centre de formation du Real Madrid dès l’âge de sept ans. Nayef Aguerd a commencé au FUS de Rabat, mais a très vite poursuivi son développement ailleurs.


Adam Masina a été formé en Italie, principalement à Bologne. Noussair Mazraoui est issu de l’académie de l’Ajax Amsterdam. Bilal El Khannouss a été formé en Belgique à Genk, Oussama El Aynaoui en France à Lens, Ismaël Saibari aux Pays-Bas au PSV Eindhoven.


Brahim Diaz a grandi footballistiquement à Malaga, puis à Manchester City et au Real Madrid. Abde Ezzalzouli a été formé en Espagne, notamment au FC Barcelone. Parmi les joueurs cités, seul Ayoub El Kaabi peut réellement se prévaloir d’une formation marocaine complète, au Racing Casablanca puis à la RS Berkane.


Deux modèles, deux résultats


La finale et le sacre sénégalais illustrent l’opposition entre deux modèles. D’un côté, une nation qui investit dans la formation locale, valorise ses éducateurs et construit un projet cohérent sur le long terme. De l’autre, une sélection largement dépendante de talents formés à l’étranger, souvent très performants individuellement, mais parfois moins connectés émotionnellement au projet national.


Le Sénégal a prouvé qu’une politique de formation solide, combinée à un fort sentiment d’appartenance, peut mener au sommet du football africain. Ce titre est autant une victoire sportive qu’un message adressé à tout le continent : le développement du football commence à la base, sur les terrains locaux, avec une vision claire et assumée.




Par Pamphil

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