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Culture

RECONNAISSANCE INTERNATIONALE

RECONNAISSANCE INTERNATIONALE
Cinéma gabonais : malgré le manque de salles et de soutien public, il brille à l’international, remporte des prix et s’impose comme un outil majeur de promotion culturelle.








Le cinéma gabonais est un sujet qui semble passer sous silence auprès des autorités du pays. Pendant plusieurs années, des productions se sont succédées, parfois à l’affiche, souvent dans des conditions précaires. Aujourd’hui, une question centrale se pose : quelle place occupe réellement le cinéma gabonais à la vue de l’extérieur ? Miroir de la société, vecteur d’expression et de mémoire collective, le septième art gabonais aspire pourtant à jouer pleinement son rôle culturel et économique. À l’heure où la culture semble trouver sa place dans la Nouvelle République, le cinéma gabonais peut-il enfin rayonner au-delà des frontières nationales et s’imposer sur la scène africaine et internationale ?


Une passion intacte malgré un chemin semé d’embûches


Pour les cinéastes et acteurs du milieu, le potentiel du cinéma gabonais ne fait aucun doute. La créativité est bien là, la passion aussi. Mais sur le terrain, le chemin reste long et semé d’obstacles. Faiblesse des financements, absence de politique d’accompagnement, manque de structures adaptées : autant de freins qui empêchent un secteur pourtant porteur d’occuper le haut du pavé culturel.


Mbina Mbina, acteur de cinéma, insiste sur l’importance stratégique du septième art pour l’image du pays :


“Je pense que c'est un outil de promotion culturelle qu'il va falloir, de mon point de vue, valoriser. Il suffit simplement de voir les prix que nous obtenons. Melchy Obiang, à travers le sud de Montparnasse, rentre de France avec un prix. Et là encore, il y a les acteurs du sud de Montparnasse qui ont été récompensés en Côte d'Ivoire. Je ne vais pas citer les autres labels, mais je pense que le cinéma a des atouts. Donc il va simplement falloir valoriser”.


Des propos qui traduisent une réalité : malgré des moyens limités, le cinéma gabonais fait rêver et continue d’enchanter les festivals.


Un regard extérieur encore sévère


Si les talents existent, la perception du cinéma gabonais à l’étranger reste toutefois contrastée. Fernand Lepoko, réalisateur, producteur et scénariste, dresse un constat sans détour :


“ Lorsqu'on regarde le cinéma gabonais à l'extérieur, on voit un cinéma qui ne produit pas. On voit un cinéma qui ne diffuse pas non plus. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de salles de cinéma. On voit un cinéma qui n'offre pas d'espace de production. Il n'y a pas de studio de production. Or, notre pays en lui tout seul, c'est un grand studio de tournage. Mais il n'est pas exploité. On voit un cinéma qui n'a pas vraiment de réelle politique, en termes de politique culturelle. Si vous allez par exemple en Afrique du Sud, qui est le pays en Afrique qui a le plus grand nombre de salles de cinéma, il y en a 700 au total. Au Nigéria, par exemple, c'est un pays qui a à peu près 300 salles de cinéma. Le Gabon, c'est combien de salles ? Peut-être une salle. L'Institut français du Gabon, il y en a encore. Vous voyez, il y en a encore. Voilà comment on est un peu perçu à l'extérieur. C'est-à-dire qu'on n'existe pas en tant que tel sur ce marché”.


Ce constat fait tâche d’huile dans le milieu culturel. L’absence d’infrastructures et de politiques publiques solides prive le cinéma gabonais d’une visibilité durable, malgré un décor naturel qui fait saliver de nombreux réalisateurs étrangers.


Des succès qui font rêver sur la scène internationale


Pourtant, loin des salles quasi inexistantes, le cinéma gabonais brille à l’international. Festivals après festivals, les œuvres gabonaises remportent des distinctions qui forcent le respect. Melchy Obiang, réalisateur, producteur et scénariste, souligne cette reconnaissance croissante :


“ La perception du cinéma gabonais à l'étranger est une perception globalement positive. Positive parce que de plus en plus, nous remportons des prix importants sur la scène internationale. Tout le monde le sait, le principe d'un festival, c'est de candidater. Vous voyez votre film affronter des films venus d'autres pays. C'est un jury toujours constitué de professionnels du cinéma qui jugent quels sont les films qui sont plus aptes à être récompensés. Il y a deux jours, à Abidjan, nous avons encore remporté deux prix. Parmi ces deux prix, le prix du meilleur film africain. C'est quand même dire que oui. A part les studios Montparnasse, vous avez une œuvre comme Afritopia de Mbutshu qui est en train de faire une marche extraordinaire à travers le monde. Je pense qu'au moment où je m'exprime, il est du côté des États-Unis. C'est une œuvre de grande qualité et qui parle beaucoup au Gabon. Vous avez d'autres comme Jérémie Tchoua qui du côté du Cameroun nous a ramené, ça ne fait pas très longtemps, un trophée aux Ecrans Noirs. De mon point de vue, il y a une appréciation positive de façon générale. Même s'il y a encore des choses à revoir. Comme nous le disons toujours, nous avons besoin que l'État mette la main à la pâte”.


Ces réussites, obtenues souvent au prix de sacrifices personnels, prouvent que le cinéma gabonais a des arguments solides pour s’imposer.


Entre espoir et attente d’actions concrètes


Pour les acteurs du milieu, le cinéma ne se résume pas à une simple production d’images. C’est un art, une prise de parole, un engagement citoyen. Pourtant, beaucoup dénoncent un silence institutionnel qui dure depuis belle lurette et confine leurs œuvres à l’ombre. Si certains talents gabonais parviennent à s’exporter, la majorité des professionnels locaux réclament une meilleure considération et des mesures concrètes pour améliorer leurs conditions de travail.


Entre espoir et désillusion, une interrogation persiste : à quand des actions fortes pour accompagner un secteur culturel qui ne demande qu’à émerger, à faire rêver et à faire rayonner le Gabon par l’image ? Le cinéma gabonais, malgré les obstacles, continue d’avancer, porté par des passionnés convaincus qu’il peut encore, un jour, occuper durablement le devant de la scène africaine.


 


 


 






 



Par Pamphil

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