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TUÉ PAR "UN COMMANDO"

TUÉ PAR "UN COMMANDO"
L'assassinat de Seif al-Islam Kadhafi bouleverse l’équilibre politique fragile de la Libye

La Libye a été une nouvelle fois secouée par un assassinat à forte portée politique. Seif al-Islam Kadhafi, l’un des fils de l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi, a été tué mardi 4 février dans l’ouest du pays, à Zenten, par un commando armé non identifié. Recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, l’homme de 53 ans restait une figure centrale et clivante de la scène libyenne, plus de dix ans après la chute du régime de son père.
Selon son avocat français, Marcel Ceccaldi, Seif al-Islam Kadhafi a été abattu à son domicile aux alentours de 14 heures. « Il a été tué dans sa maison par un commando de quatre personnes », a déclaré Me Ceccaldi à l’AFP, confirmant une information qui a rapidement circulé sur les chaînes locales et les réseaux sociaux.


Une attaque méthodique et encore mystérieuse


D’après le conseiller de Seif al-Islam Kadhafi, Abdullah Othman Abdurrahim, cité par la chaîne Libya al-Ahrar, les assaillants auraient mené une opération préparée. Quatre hommes armés auraient pris d’assaut la résidence après avoir neutralisé les caméras de surveillance, avant d’exécuter leur cible.
À ce stade, l’identité des auteurs et leurs motivations demeurent inconnues. « Pour l’instant, on ne sait pas qui sont ces hommes armés », a indiqué Me Ceccaldi, précisant qu’aucune revendication n’avait été formulée dans l’immédiat. L’avocat a également affirmé s’être entretenu avec son client environ trois semaines auparavant, sans percevoir de menace imminente.
Toutefois, des signaux d’alerte avaient émergé. « Il y a une dizaine de jours, j’ai appris par un proche que des problèmes se posaient au niveau de sa sécurité », a confié l’avocat. Selon lui, le chef de la tribu des Kadhafi aurait même proposé d’envoyer des hommes pour renforcer sa protection, une offre que Seif al-Islam aurait refusée.


Qui était Seif al-Islam Kadhafi ?


Né en 1972, Seif al-Islam Kadhafi était le deuxième fils de Mouammar Kadhafi et, pendant de longues années, le plus en vue sur la scène internationale. Diplômé, anglophone et souvent présenté comme le visage « moderne » du régime libyen, il a longtemps été perçu comme le successeur naturel de son père.
Avant 2011, Seif al-Islam s’efforçait de cultiver une image de réformateur. Il plaidait pour une ouverture économique, un dialogue avec l’Occident et certaines réformes institutionnelles, tout en restant pleinement intégré au système autoritaire mis en place par son père. Cette posture lui avait valu une certaine crédibilité auprès de partenaires étrangers, notamment en Europe.
Mais cette image s’est brutalement effondrée au début du soulèvement populaire de 2011. Dans une allocution restée célèbre, il avait menacé les opposants de « bains de sang », s’alignant clairement sur la répression menée par le régime. Dès lors, il est devenu, aux yeux d’une grande partie de la population libyenne et de la communauté internationale, l’un des symboles de la violence du pouvoir kadhafiste.


Recherché par la Cour pénale internationale


À la suite de la chute de Tripoli et de la mort de Mouammar Kadhafi en octobre 2011, Seif al-Islam a été capturé dans le sud de la Libye. Il était alors sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, en lien avec la répression des manifestations de 2011.
Détenu pendant plusieurs années à Zenten par une milice locale, il a été condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès largement critiqué par les organisations de défense des droits humains, qui l’ont qualifié d’expéditif et inéquitable. Il a ensuite bénéficié d’une amnistie, dans un contexte politique confus, sans jamais être remis à la CPI.
Jusqu’à l’annonce de son assassinat, sa localisation exacte restait floue. « Il bougeait souvent », a confirmé son avocat, illustrant la précarité de sa situation et l’instabilité sécuritaire persistante en Libye.


Une tentative de retour politique avortée


Malgré son passé et les accusations pesant contre lui, Seif al-Islam Kadhafi avait tenté de revenir sur le devant de la scène politique. En 2021, il avait officiellement déposé sa candidature à l’élection présidentielle, misant sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime et de certaines tribus marginalisées depuis 2011.
Cette candidature avait suscité de vives controverses, tant en Libye qu’à l’étranger. L’élection présidentielle, initialement prévue cette année-là, n’a finalement jamais eu lieu, en raison de désaccords profonds entre les différentes factions libyennes.
Pour l’expert Emad Badi, la mort de Seif al-Islam Kadhafi pourrait avoir des conséquences politiques importantes. Elle est « susceptible de le transformer en martyr aux yeux d’une partie conséquente de la population, tout en modifiant les équilibres électoraux en écartant un obstacle majeur à l’élection présidentielle », a-t-il analysé sur le réseau social X.


Réactions après cet assassinat


Les réactions n’ont pas tardé dans le camp des partisans de l’ancien régime. Moussa Ibrahim, ex-porte-parole de Mouammar Kadhafi, a dénoncé un acte « perfide », affirmant avoir parlé à Seif al-Islam deux jours avant sa mort. « Il voulait une Libye unie et souveraine, sûre pour tous ses habitants. Ils ont assassiné l’espoir et l’avenir, et semé la haine et le ressentiment », a-t-il écrit sur X.
Ces déclarations illustrent la charge symbolique de cet assassinat dans un pays où les plaies de la guerre civile restent béantes.


Une Libye toujours fragmentée


Plus de quatorze ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye peine toujours à retrouver stabilité et unité. Deux exécutifs rivaux se disputent le pouvoir : le gouvernement d’unité nationale (GNU), basé à Tripoli et reconnu par l’ONU, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et une autorité parallèle à l’est du pays, à Benghazi, contrôlée par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils.
Dans ce contexte de fragmentation politique, de rivalités armées et d’insécurité chronique, l’assassinat de Seif al-Islam Kadhafi apparaît comme un nouvel épisode révélateur du chaos libyen. La disparition violente d’un homme qui incarnait à la fois l’héritage honni de l’ancien régime et, pour certains, une possible alternative politique, risque de raviver tensions et ressentiments dans un pays toujours en quête de réconciliation.
 


 

Par Pamphil

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