GABON EXCLU
Le Gabon se retrouve une fois de plus dans l’œil du cyclone commercial. Le pays ne bénéficiera pas du régime préférentiel de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) pour l’année 2026. Cette décision, annoncée officiellement le 4 février par le Bureau du représentant américain au commerce (USTR), marque un tournant pour les relations économiques entre Libreville et Washington et offre un crépuscule aux espoirs gabonais d’accès facilité au marché américain.
Une reconduction au goût amer
Le président américain Donald Trump a reconduit le 3 février 2026 le programme AGOA jusqu’au 31 décembre 2026, avec effet rétroactif au 30 septembre 2025. Toutefois, cette reconduction ne s’accompagne pas d’un assouplissement. Au contraire, elle traduit une volonté américaine de durcir les conditions d’accès et de moderniser le programme selon la doctrine « America First ».
L’ambassadeur Jamieson Greer a annoncé une transformation en profondeur du dispositif : « L’AGOA du XXIᵉ siècle doit exiger davantage de nos partenaires commerciaux et offrir un meilleur accès aux marchés aux entreprises, agriculteurs et éleveurs américains », a-t-il déclaré.
Pour le Gabon, le verdict est sans appel : le pays est exclu de la liste des bénéficiaires pour 2026. Si le communiqué ne détaille pas les manquements individuels, les critères de sélection – alignement politique, réformes économiques, respect de l’État de droit et lutte contre la corruption – rappellent les défis auxquels Libreville continue de faire face. Dans ce contexte, le programme AGOA, pilier des relations américano-africaines, voit sa porte se fermer à un partenaire traditionnel.
Un mécanisme clé, mais une liste resserrée
Créé par le Congrès américain en 2000, l’AGOA permet aux pays africains éligibles d’exporter plus de 1 800 produits vers les États-Unis en franchise de droits, s’ajoutant aux 5 000 produits déjà couverts par le Système généralisé de préférences (SGP). Chaque année, l’administration américaine procède à une réévaluation des bénéficiaires selon des critères politiques, économiques et institutionnels.
Pour 2026, le programme a été reconduit pour une durée d’un an seulement, mais la liste des pays bénéficiaires a été écornée. Le Gabon, déjà suspendu par le passé, n’a pas été réintégré. Cette exclusion intervient alors que le pays montre des signes encourageants sur le plan économique, ce qui laisse beaucoup d’observateurs avec une véritable soupe à la grimace.
Des échanges bilatéraux en nette progression
Paradoxalement, la décision américaine contraste avec la dynamique positive des échanges commerciaux entre Libreville et Washington. Selon les données de 2024, le commerce bilatéral a atteint 426,2 millions de dollars, en hausse de 23,1% par rapport à 2023, soit une progression de 80,1 millions de dollars.
Le commerce de biens a représenté 342,2 millions de dollars, avec des exportations américaines vers le Gabon de 170,6 millions de dollars (-5,3%) et des importations depuis le Gabon ayant explosé à 171,6 millions de dollars, soit une hausse spectaculaire de 114,5% (91,6 millions). Cette évolution a provoqué un retournement de la balance commerciale : le déficit américain s’est établi à 1,1 million de dollars en 2024, contre un excédent de 100,1 millions de dollars en 2023.
Dans le secteur des services, les échanges ont totalisé 84 millions de dollars, avec des exportations américaines de 53 millions (-3,6%) et des importations gabonaises stables à 31 millions. L’excédent américain s’est établi à 22 millions (-12%).
Ces chiffres montrent que le Gabon ne tourne pas le dos aux États-Unis sur le plan commercial, mais que l’exclusion de l’AGOA constitue un manque à gagner significatif pour la compétitivité de ses exportations.
Le poids des considérations politiques
L’AGOA ne se limite pas à un simple programme commercial. Il conditionne l’accès préférentiel aux États-Unis à des critères exigeants :
« Établir ou progresser vers une économie de marché »
Respect de l’état de droit et du pluralisme politique
Élimination des obstacles au commerce américain
Lutte contre la corruption et protection des droits humains
Le Gabon avait déjà été suspendu à la suite des événements politiques d’août 2023. Aujourd’hui, le pays semble payer encore les conséquences de cette suspension. Les autorités américaines insistent sur le fait que la modernisation du programme AGOA doit aligner les bénéficiaires sur des standards plus stricts, tout en mettant l’accent sur l’ouverture aux entreprises américaines.
Pour Libreville, ce n’est pas une sinécure. La diplomatie économique gabonaise doit désormais concilier les impératifs de gouvernance, les réformes structurelles et la diversification de ses partenaires, alors que le crépuscule de l’AGOA traditionnel se profile.
Impacts pour l’économie gabonaise
L’exclusion du Gabon du programme AGOA pour 2026 pourrait ralentir la diversification des exportations, particulièrement hors du secteur pétrolier. Les exportateurs gabonais, désormais soumis aux droits de douane classiques sur le marché américain, verront leur compétitivité écornée.
La décision américaine pourrait toutefois inciter Libreville à renforcer ses stratégies de partenariat avec d’autres marchés, en Europe ou en Asie, ou à explorer de nouvelles alliances régionales. Dans un contexte mondial marqué par la recomposition des alliances économiques, elle rappelle que l’accès aux grands marchés reste étroitement lié aux équilibres géopolitiques.
Un paradoxe commercial
Le Gabon se retrouve dans une situation paradoxale. D’un côté, les échanges avec les États-Unis progressent rapidement, notamment grâce à la hausse spectaculaire des exportations de biens (+114,5%). De l’autre, le pays voit la porte de l’AGOA se fermer pour une année supplémentaire, malgré cette dynamique positive.
Les exportateurs gabonais doivent désormais faire face à une soupe à la grimace : l’accès préférentiel aux États-Unis reste limité, alors même que le marché américain représente un débouché majeur pour le pays. La transition politique récente n’a pas suffi à convaincre Washington de réintégrer Libreville dans le programme.
Vers une modernisation « America First »
L’ambassadeur Jamieson Greer a insisté sur la refonte du programme. « Nous travaillerons avec le Congrès au cours de l’année à venir pour moderniser l’AGOA et l’aligner sur la politique commerciale « America First » du président Trump », a-t-il affirmé.
Cette réorientation traduit une volonté américaine de conditionner les avantages commerciaux à des critères stricts de gouvernance, de stabilité institutionnelle et de respect de certains engagements politiques et économiques. Pour le Gabon, le défi sera de démontrer des progrès tangibles afin de réintégrer le programme dans le futur.
Une porte qui se ferme, mais pas définitivement
Si l’exclusion du Gabon ne met pas fin à l’ensemble des relations commerciales avec les États-Unis, elle envoie un signal clair : le crépuscule de l’AGOA traditionnel impose des ajustements rapides. Libreville doit naviguer dans un environnement plus exigeant, tout en maintenant la dynamique de ses échanges commerciaux et en poursuivant sa diversification économique.
La décision américaine rappelle également que le commerce international n’est jamais neutre. Il dépend autant de la politique que de l’économie. Pour le Gabon, la recette pour sortir la tête haute de cette crise ne sera pas une sinécure : il faudra conjuguer diplomatie économique, réformes structurelles et ouverture vers de nouveaux partenaires.
Accès aux grands marchés mondiaux.
L’exclusion du Gabon du programme AGOA pour 2026 est un événement marquant. Malgré des échanges commerciaux en forte croissance, atteignant 426,2 millions de dollars en 2024, le pays voit la porte américaine se fermer. Cette décision, motivée par la modernisation du programme et l’application de la doctrine « America First », illustre combien la gouvernance, la stabilité institutionnelle et le respect des standards internationaux restent déterminants pour l’accès aux grands marchés mondiaux.
Pour Libreville, le défi sera désormais double : maintenir la dynamique commerciale actuelle et répondre aux critères américains pour espérer réintégrer le programme. Entre contraintes politiques, impératifs économiques et réalités géopolitiques, le chemin s’annonce long et ce n’est certainement pas une sinécure.