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LE TRAFIC DE TRAMADOL (« KOBOLO »)

LE TRAFIC DE TRAMADOL (« KOBOLO »)
Tramadol au Gabon : kobolo, trafic, prix, jeunes et frontières

Dans les ruelles animées de Libreville comme dans les quartiers périphériques de Port‑Gentil, Bitam ou Franceville, un marché clandestin prospère attire toujours plus de jeunes en quête de gains rapides : celui du tramadol, communément appelé « kobolo ». Jadis prescrit comme analgésique pour soulager les douleurs, ce médicament est aujourd’hui détourné et transformé en produit de consommation illicite, alimentant des réseaux criminels aux ramifications locales, transfrontalières et même internationales. 


Qu’est‑ce que le tramadol et pourquoi « kobolo » ?


Le tramadol est un analgésique opioïde utilisé en médecine pour traiter des douleurs modérées à sévères. Dans le langage populaire gabonais, il est surnommé kobolo lorsqu’il est consommé de manière non médicale, souvent à haute dose ou en dehors de toute prescription. Cette pratique est strictement interdite, mais elle s’est répandue rapidement dans plusieurs villes gabonaises en raison de la demande croissante et de la facilité de revente clandestine. 


Un marché noir lucratif


Le prix du tramadol sur le marché noir au Gabon varie fortement, reflétant son attractivité économique pour les trafiquants. Selon des sources locales, un comprimé se négocie généralement entre 250 et 500 francs CFA, bien au‑delà du coût d’achat légal dans les pays voisins ou à la source. 


Ces marges importantes expliquent pourquoi des trafiquants organisés ou des jeunes sans emploi s’engagent dans la distribution de kobolo : les profits générés par la revente illégale compensent le risque judiciaire. Dans certains cas, de grandes quantités de kobolo interceptées ont été évaluées à des dizaines de millions de francs CFA, voire plus. Par exemple, une saisie de 690 plaquettes à Port‑Gentil a été estimée à environ 20 millions de FCFA. 


Des saisies spectaculaires qui révèlent l’ampleur du trafic


Les forces de l’ordre gabonaises ont multiplié les opérations de saisie, montrant l’ampleur du phénomène. À Bitam, ville frontalière avec le Cameroun, plus de 7 750 comprimés de tramadol ont été interceptés dans un camion dissimulé sous des sacs de farine lors d’un contrôle douanier. 


Des opérations similaires ont permis de mettre au jour des cargaisons allant jusqu’à 17 000 comprimés, dissimulés dans des baffles, dans des bâton de manioc ou autres objets pour échapper aux contrôles classiques. 


Dans la capitale Libreville, un réseau de distribution a été démantelé après l’arrestation d’un individu avec 1 154 plaquettes de tramadol, d’une valeur estimée à plus de 6 millions de FCFA. 


À Port‑Gentil également, les unités de la lutte antidrogue ont interpellé des trafiquants en possession de petites quantités prêtes à être vendues dans les quartiers. 


Chaque saisie révèle des méthodes de plus en plus élaborées : dissimulation dans des denrées alimentaires (gombo, farine), dans des appareils électroniques ou même dans des tubercules de manioc, pour tromper la vigilance des douanes et des forces de sécurité. 


Le rôle des frontières et des réseaux transnationaux


Le Gabon ne vit pas en autarcie. La proximité avec des pays comme le Cameroun, les relations avec les ressortissants du Bénin ou d’autres pays facilitent le transit de drogues et de médicaments détournés. À Bitam, par exemple, une cargaison interceptée provenait directement du Cameroun. 


Ce trafic transfrontalier s’intensifie à cause de frontières souvent perméables et difficilement surveillées, où les camions et les transports commerciaux servent de couverture idéale pour faire passer des cargaisons illicites. Des embarcations transportant des marchandises et des passagers sont également mises à contribution. Cette porosité attire des réseaux criminels qui profitent des échanges commerciaux légitimes pour dissimuler leurs produits. 


Sur le plan continental, des analyses montrent que l’Afrique, plus particulièrement l’Afrique subsaharienne, est devenue une plaque tournante pour le trafic de tramadol et autres psychotropes. L’Inde, principal pays producteur de tramadol, fournirait des médicaments qui sont ensuite détournés ou contrefaits avant d’être acheminés vers les marchés africains via des routes complexes impliquant plusieurs États. 


Kobolo : une bombe sociale


Au-delà de l’aspect criminel, le phénomène kobolo est une catastrophe sociale. La consommation incontrôlée de tramadol provoque des effets secondaires graves : dépendance, troubles psychologiques, agressivité et troubles comportementaux. Dans certaines écoles, enseignants et parents rapportent une augmentation inquiétante de cas de violence, de déscolarisation et de comportements amorphes chez des élèves suspectés d’en consommer. 


La demande ne faiblit pas, surtout chez les jeunes souvent désœuvrés, attirés par les effets stimulants ou désinhibants du produit, mais aussi par la possibilité d’en tirer un revenu en le revendant. Cette dynamique crée un cercle vicieux qui alimente le trafic et fragilise encore davantage une jeunesse déjà confrontée à des défis économiques et sociaux.


Lutte contre le trafic : les autorités à la manœuvre


Face à l’ampleur du phénomène, les autorités gabonaises intensifient les opérations de contrôle. Les services douaniers, les gendarmes et les unités spécialisées dans la lutte antidrogue multiplient les saisies et les arrestations. Dans plusieurs cas, des suspects ont été placés en garde à vue ou emprisonnés en attendant leur jugement. 


Cependant, malgré ces efforts, la persistance du trafic interroge sur l’efficacité des moyens déployés. Les contrôles sont souvent contournés, les réseaux se renouvellent et les trafiquants redoublent d’ingéniosité pour masquer leurs cargaisons. Les acteurs de la sécurité appellent à un renforcement des moyens matériels (scanners frontaliers, équipements plus modernes) et humains pour mieux protéger les frontières et détecter les flux illicites. 


Une coopération régionale indispensable


La lutte contre le trafic de kobolo ne peut se limiter au seul Gabon. La nature transfrontalière des routes empruntées par les trafiquants implique une coopération régionale renforcée, notamment avec les pays voisins comme le Cameroun, la République du Congo ou le Bénin. Les autorités gabonaises plaident pour un effort concerté entre États, incluant des échanges d’informations, des patrouilles conjointes et des stratégies coordonnées pour démanteler les réseaux criminels. 


Forte demande intérieure


Le trafic du tramadol, ou kobolo, au Gabon affecte la santé publique, la sécurité intérieure et l’avenir des jeunes. Malgré les efforts des autorités pour freiner cette activité illicite, les réseaux continuent de prospérer, tirant profit des vulnérabilités aux frontières et de la forte demande intérieure. La lutte contre ce fléau exige des moyens, une coopération régionale accrue et des actions de prévention ciblées, afin d’endiguer le trafic et protéger une génération entière des ravages de la dépendance et de la criminalité. 


 


 

Par Pamphil

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