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CHERCHER UN EMPLOI EST DEVENU UN EMPLOI

CHERCHER UN EMPLOI EST DEVENU UN EMPLOI
Au Gabon, la recherche d’emploi devient un défi sans fin.

Au Gabon, trouver un travail n’est plus une simple étape de la vie active. C’est une épreuve longue, éprouvante, parfois humiliante, qui mobilise du temps, de l’énergie et une patience à toute épreuve. Pour des milliers de Gabonais, en particulier les jeunes, la recherche d’emploi est désormais un travail à part entière, sans salaire, sans sécurité et sans perspective claire. Cette réalité s’impose comme l’un des défis sociaux majeurs du pays, dans un silence souvent pesant.


Une génération diplômée face à un mur


Jamais le Gabon n’a compté autant de diplômés. Universités publiques, instituts privés, écoles de formation professionnelle : chaque année, des cohortes entières arrivent sur le marché du travail avec des diplômes en poche et des ambitions légitimes. Pourtant, le marché de l’emploi ne suit pas.


Le constat est brutal. L’économie gabonaise ne crée pas suffisamment d’emplois pour absorber cette main-d’œuvre qualifiée. Résultat, une génération entière se heurte à un mur invisible. Les diplômes s’empilent, les CV s’allongent, mais les opportunités, elles, restent rares.


Dans les quartiers populaires comme dans les familles de classe moyenne, le même refrain revient. « Il a les diplômes, mais il n’a pas de travail »


Le secteur public, autrefois refuge, désormais inaccessible


Pendant longtemps, le secteur public a constitué l’ultime horizon pour de nombreux jeunes Gabonais. La Fonction publique représentait la stabilité, la sécurité et la reconnaissance sociale. Aujourd’hui, cet espoir s’amenuise.


Les recrutements sont limités, espacés, parfois gelés. Les concours se font rares, et lorsqu’ils ont lieu, ils attirent des dizaines de milliers de candidats pour quelques dizaines ou très rarement des centaines de postes. L’attente devient interminable, les résultats tardent, et l’opacité nourrit la suspicion. Pour beaucoup, l’administration publique n’est plus un refuge, mais un mirage.


Le privé présente  peu d’offres,mais  beaucoup d’exigences


Le secteur privé, souvent présenté comme la solution, ne parvient pas non plus à répondre à la demande. Concentré autour de quelques grands groupes, il reste peu diversifié et fortement sélectif.


Les offres d’emploi exigent presque systématiquement de l’expérience, parfois cinq ans ou plus, même pour des postes de début de carrière. Une contradiction flagrante dans un pays où les premières opportunités sont déjà rares.


Ainsi, des jeunes diplômés se retrouvent enfermés dans un cercle vicieux, ou un engrenage qui broie la victime. Pas d’emploi sans expérience, pas d’expérience sans emploi.


Le piston, ce mot que tout le monde connaît


Dans la recherche d’emploi au Gabon, un mot revient avec insistance. Le réseau. Recommandations, relations personnelles, proximité familiale ou politique pèsent souvent plus lourd que les compétences.


Cette réalité, largement dénoncée mais rarement assumée, crée un profond sentiment d’injustice. Elle alimente la frustration de ceux qui, malgré leur mérite, restent à l’écart faute de connexions influentes. Chercher du travail devient alors aussi un travail relationnel. Fréquenter les proches ou les nantis, porter les valises, se montrer, demander, parfois s’humilier.


Quand la recherche d’emploi devient une routine épuisante


Pour les chercheurs d’emploi, les journées s’organisent autour de gestes répétitifs. Actualiser son CV, adapter une lettre de motivation, consulter les plateformes numériques, répondre à des annonces, relancer sans réponse, se déplacer sur les locaux des entreprises où ils ont déposé leurs demandes d’emplois.


Ce travail invisible occupe les semaines, les mois, parfois les années. Il use mentalement, d’autant plus qu’il se déroule dans l’incertitude totale. Rarement un accusé de réception, encore plus rarement un retour négatif, presque jamais une explication. Le silence est devenu la norme.


Le refuge fragile de l’informel


Face à l’urgence de vivre, beaucoup se tournent vers le secteur informel. Vente de rue, petits commerces, prestations de services, activités ponctuelles, faire le “clando” dans le transport suburbain, servir d'aide-maçon dans des chantiers de BTP, aller faire la manoeuvrage au port d'Owendo, conduire un taxi, donner des cours de répétition à des élèves du secondaire, servir de vigile ou de ménagères, opter pour des solutions permettent de survivre, mais rarement de se projeter.


Ces activités sont souvent instables, mal protégées et exposées aux aléas économiques. Elles sont vécues comme transitoires, mais deviennent parfois permanentes, faute d’alternative. Travailler sans emploi stable, tout en cherchant un emploi, devient le quotidien de nombreux Gabonais.


Un choc psychologique et social sous-estimé


Le chômage prolongé laisse des traces profondes. Il fragilise l’estime de soi, crée un sentiment d’inutilité et accentue les tensions familiales. Dans une société où le travail est synonyme de dignité et de statut, l’absence d’emploi est vécue comme une mise à l’écart.


Des projets de vie sont repoussés voire définitivement enterrés. Mariage, indépendance, parentalité. La dépendance financière prolongée devient source de honte et de conflits. Pour beaucoup, le poids psychologique est aussi lourd que le manque de revenus.


Le numérique, faux eldorado de l’emploi


Les plateformes numériques ont donné l’illusion d’un accès facilité à l’emploi. En réalité, elles ont surtout multiplié les candidatures sans multiplier les recrutements. Des milliers de CV circulent, souvent sans jamais être ouverts. Certaines annonces sont obsolètes, d’autres fictives. Les candidats naviguent dans un espace saturé, où l’espoir se heurte à l’opacité. Il y a également des arnaqueurs et des sites d’offres d’emploi où il faut payer avant de s’inscrire. Ces deux derniers sont en réalité des escroqueries.  Le clic a remplacé la porte à frapper, mais l’attente reste la même.


Un enjeu politique et social majeur


La question de l’emploi n’est pas seulement économique. Elle est sociale, politique et générationnelle. Elle conditionne la stabilité du pays, la cohésion sociale et la confiance dans les institutions. Sans perspectives claires, le sentiment d’abandon grandit. La jeunesse, pourtant ressource stratégique du Gabon, risque de se transformer en génération désillusionnée.


Créer des emplois, soutenir l’entrepreneuriat, adapter la formation aux besoins réels du marché, assainir les pratiques de recrutement; les solutions sont connues. Ce qui manque, c’est la vitesse et la volonté.


Chercher un emploi ne devrait pas être un combat


Au Gabon, chercher du travail est devenu un combat quotidien. Un combat contre l’attente, le découragement et parfois l’injustice. Pour beaucoup, c’est déjà un travail à plein temps, sans contrat ni reconnaissance. Tant que cette réalité perdurera, l’emploi restera plus qu’un indicateur économique : il demeurera un révélateur du malaise social profond qui traverse le pays. Et tant que trouver un travail sera un travail en soi, c’est toute une génération qui continuera de lutter pour simplement avoir une place.




Par Pamphil

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