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LES BOUTIQUIERS ET LES ÉPICIERS

LES BOUTIQUIERS ET LES ÉPICIERS
Hausse des braquages contre les boutiquiers au Gabon, inquiétude croissante

La multiplication des agressions et des braquages visant les boutiquiers et les épiciers au Gabon suscite une inquiétude grandissante. Dans plusieurs villes du pays, ces petits commerçants disent vivre et travailler avec la peur d’être agressé un jour. À Moanda, Franceville, Libreville et sa périphérie comme Ntoum, mais aussi à Port-Gentil et Oyem, les témoignages se ressemblent. Les agressions sont monnaie courante, souvent perpétrées par des jeunes désœuvrés, parfois armés d’armes blanches, et les mesures de protection se renforcent.


Une insécurité ressentie au quotidien


Dans les quartiers populaires comme dans certaines zones plus centrales, les épiceries de proximité constituent un maillon essentiel de la vie économique. Elles approvisionnent les familles en produits de première nécessité et fonctionnent souvent tard le soir. Mais cette amplitude horaire les rend vulnérables.


À Libreville, plusieurs commerçants racontent avoir été braqués la nuit. « Ils entrent comme des clients ordinaires. Puis, au moment de payer, ils sortent un couteau ou menacent avec une arme factice », explique un gérant installé depuis plus de dix ans dans un quartier périphérique. Les recettes de la journée sont emportées en quelques minutes.


Le phénomène n’épargne pas l’intérieur du pays. À Franceville et Moanda, des cas d’agressions nocturnes ont été signalés ces derniers mois. À Port-Gentil, capitale économique, des commerçants évoquent souvent des attaques verbales dans certains quartiers, souvent en fin de semaine, lorsque les ventes sont plus importantes.


Des grilles en fer comme rempart


Face à cette insécurité grandissante, les boutiquiers avaient décidé d’agir. La mesure la plus visible est l’installation de grilles en fer juste derrière ou devant la porte d’entrée de la boutique ou de l’épicerie. Ces structures métalliques permettent de servir les clients sans ouvrir totalement l’accès au magasin.


Plusieurs commerces arborent désormais ces dispositifs. « On ne laisse plus entrer les clients à l’intérieur le soir. On passe les produits à travers la grille », confie une commerçante. Si cette solution réduit le risque d’agression directe, elle transforme aussi l’expérience d’achat.


Dans certains cas, les grilles sont doublées de cadenas renforcés. Mais tous les commerçants n’ont pas les moyens d’investir dans du matériel de protection. La majorité se contente de solutions artisanales, financées sur leurs économies.


Des auteurs souvent décrits comme désœuvrés


Les victimes décrivent fréquemment leurs agresseurs comme de jeunes hommes sans emploi stable. Le chômage et la précarité sont régulièrement pointés du doigt comme des facteurs aggravants. « Ce sont des jeunes du quartier, ou venus d’ailleurs, parfois connus de vue. Ils n’ont rien à faire et finissent par basculer », estime un commerçant d’Oyem.


Si ces affirmations restent difficiles à vérifier de manière systématique, elles traduisent le manque d’opportunités d’emploi, notamment pour les jeunes peu qualifiés. Les petits commerces deviennent alors des cibles faciles, considérés comme détenant de l’argent liquide.


Cependant, certains observateurs mettent en garde contre les généralisations hâtives. Tous les jeunes en situation de précarité ne sombrent pas dans la délinquance. Les actes criminels restent le fait d’individus précis.


Un impact économique non négligeable


Au-delà de la peur, les agressions ont un impact direct sur l’activité économique. Les pertes financières liées aux braquages fragilisent des commerces déjà confrontés à la hausse des coûts d’approvisionnement et à la concurrence des grandes surfaces.


Certains boutiquiers ont réduit leurs horaires d’ouverture, fermant plus tôt qu’auparavant pour limiter les risques. D’autres ont choisi de ne plus travailler seuls, préférant la présence d’un membre de la famille ou d’un employé supplémentaire, même si cela augmente les charges.


Dans les quartiers périphériques de Libreville et de Port-Gentil, des clients se plaignent également de la difficulté à trouver des commerces ouverts tard le soir. « Avant, on pouvait acheter du pain ou du lait à 22 heures. Maintenant, tout est fermé plus tôt », regrette une habitante de la capitale.


Les forces de l’ordre interpellées


Face à cette situation, les commerçants appellent à un renforcement de la présence policière, notamment aux heures sensibles. Des patrouilles plus fréquentes dans les quartiers commerçants sont réclamées.


Dans certaines villes, des réunions entre responsables locaux et représentants des commerçants ont été organisées pour évoquer la question de la sécurité. Les autorités rappellent régulièrement l’importance de signaler chaque agression afin de permettre des enquêtes et d’éventuelles interpellations.


Toutefois, sur le terrain, de nombreux commerçants estiment que les moyens restent insuffisants. « On dépose plainte, mais parfois on arrête les agresseurs, parfois pas », assure l’air mitigé, un gérant à Franceville.


 Entre résilience et inquiétude


Malgré les difficultés, la plupart des boutiquiers affirment ne pas vouloir abandonner. Pour beaucoup, ces commerces représentent leur unique source de revenus et parfois l’héritage familial. Fermer reviendrait à renoncer à des années d’efforts.


Mais l’inquiétude demeure. Les grilles en fer, devenues omniprésentes dans certaines rues de Libreville ou de Port-Gentil, symbolisent à la fois la volonté de résister et la réalité d’une insécurité ressentie. Elles rappellent que derrière chaque comptoir se trouve un commerçant qui tente de protéger son gagne-pain. En attendant des solutions durables, les boutiquiers continuent d’ouvrir leurs portes chaque matin, souvent derrière une grille de fer.


 

Par Pamphil

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