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NOUVELLE OPPOSITION, UNE ADDITION DE MICRO-PARTIS

NOUVELLE OPPOSITION, UNE ADDITION DE MICRO-PARTIS
Union hétéroclite de l’opposition gabonaise entre contradictions et ambitions politiques

Une nouvelle union de l’opposition gabonaise vient de voir le jour. Sur le papier, l’initiative se veut ambitieuse. Rassembler des sensibilités diverses pour proposer une alternative crédible au pouvoir en place. Dans les faits, elle apparaît surtout comme un attelage hétéroclite, cousu de fil blanc, où se côtoient seconds couteaux, figures en perte de vitesse et personnalités que l’opinion publique avait déjà rangées dans les tiroirs d’un passé politique moribond.


L’affichage est séduisant. Le discours se veut rassembleur. Mais derrière la vitrine, l’ombre au tableau saute aux yeux. Cette union aligne davantage des poids plume que des locomotives. Elle ressemble à une coalition en panne d’idées neuves, broyant du noir dans un paysage politique déjà dans un état délabré.


Des figures du passé au chevet d’une opposition moribonde


Parmi les noms mis en avant figure Benoît Mouity Nzamba, du Parti gabonais du progrès. Ancien acteur d’une époque révolue, il symbolise à lui seul le retour de figures que beaucoup pensaient définitivement passées dans l’oubli. Son parti, longtemps marginal, est en chute libre dans le débat public  et dans le tableau des dernières élections. Aujourd’hui, il se retrouve au chevet d’une opposition qu’il prétend revigorer, mais dont il incarne aussi les errements.


À ses côtés, Michel Ongoundou Loundah, président de Réappropriation du Gabon, de son indépendance pour sa reconstruction (RÉAGIR). Le nom du mouvement sonne comme un cri d’alarme. Pourtant, son audience reste très confidentielle. L’ambition affichée de « réappropriation » contraste avec une implantation très limitée et une visibilité médiatique pour le moins piètre.


Autre figure, le Pr Vincent Moulengui Boukosso, de la Coalition pour la nouvelle République (CNR). Le professeur, connu dans certains cercles académiques, peine à transformer son capital intellectuel en force politique. La CNR, malgré un intitulé prometteur, est l’ombre de lui-même, freinée par des entraves organisationnelles et un déficit de terrain.


Une addition de micro-partis


L’union rassemble également Pierre Mapiga, du Parti pour le développement national (PDN). Là encore, le parti affiche de grandes ambitions sur le développement, mais sa capacité à peser réellement dans le débat national demeure incertaine. Loin des foules et des grandes tribunes, le PDN évolue dans une relative discrétion.


Le cas de Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure plus connue du grand public, intrigue davantage. Ancien Premier ministre, aujourd’hui à la tête de Ensemble Pour Le Gabon, il apporte une notoriété certaine à la coalition. Mais cette notoriété est ambivalente. Pour ses détracteurs, il incarne un passé encore récent, celui d’un système qu’il prétend désormais combattre. Difficile, dans ces conditions, de ne pas voir un mystère dans ce repositionnement stratégique.


S’ajoute à la liste le président du Parti souverainiste-écologiste (PSE), Francis Hubert Aubame. Là encore, l’étiquette souverainiste-écologiste tranche avec d’autres sensibilités plus libérales ou plus conservatrices présentes au sein de l’union. L’agrégation de ces courants aux idées parfois totalement contradictoires pose une question centrale. Quelle ligne commune peut réellement émerger ?


Des projets contradictoires, une cohérence introuvable


C’est sans doute là que le bât blesse. Cette nouvelle union revendique le pluralisme, mais elle donne surtout l’impression d’un assemblage opportuniste. Entre souverainisme affirmé, écologisme revendiqué, discours sur la reconstruction nationale et appels à la rupture institutionnelle, le spectre idéologique est si large qu’il en devient flou.


Certaines formations prônent un État fort et centralisé. D’autres militent pour une décentralisation accrue. Les uns mettent en avant la réforme économique, les autres insistent sur la moralisation de la vie publique. À écouter leurs prises de parole respectives, on peine à discerner un socle commun solide. Cette union ressemble davantage à un compromis de circonstances qu’à un projet mûrement réfléchi.


Les divergences touchent aux fondements mêmes de l’organisation de l’État et aux priorités économiques. Comment gouverner ensemble lorsque les orientations sont aussi éloignées ? Comment convaincre une opinion déjà sceptique face à une classe politique jugée en panne d’innovations ?


Une opposition qui broie du noir


Au-delà des personnes, c’est l’état général de l’opposition qui interroge. Depuis plusieurs années, elle donne le sentiment d’être moribonde, fragmentée, comateuse, incapable de capitaliser sur les mécontentements populaires. Cette nouvelle union se présente comme une réponse à cette dispersion. Mais elle pourrait n’être qu’un énième cartel électoral, promis à s’effriter à la première divergence sérieuse.


Les leaders réunis affichent une volonté de rupture. Pourtant, beaucoup traînent derrière eux des trajectoires politiques longues, parfois controversées. Certains ont occupé des fonctions officielles. D'autres ont multiplié les alliances au fil des années. Le risque est grand que cette coalition soit comme un recyclage de figures déjà connues et inconnues, plutôt que comme l’émergence d’une nouvelle génération.


Dans les quartiers populaires comme dans les milieux d’affaires, le doute domine. Les citoyens attendent des propositions concrètes, des feuilles de route détaillées. Or, pour l’heure, la communication de l’union reste tèrs générale, presque incantatoire. Elle dénonce, critique mais peine à détailler.


Entre ambition et calculs personnels


Il serait injuste de nier toute sincérité à ses initiateurs. Certains affirment vouloir tourner la page d’un système qu’ils jugent à bout de souffle. D’autres assurent agir au nom de l’intérêt supérieur de la nation. Mais beaucoup de Gabonais évoquent les calculs personnels.


Dans un paysage politique recomposé, chacun cherche à exister, à ne pas sombrer dans l’oubli. Pour des responsables en chute ou des partis marginalisés, l’union offre une bouée de sauvetage médiatique. Elle permet de retrouver un micro, une tribune, un semblant de centralité.


La question demeure. Cette coalition sera-t-elle autre chose qu’un refuge temporaire ? Ou deviendra-t-elle le fossoyeur d’une opposition déjà fragilisée, incapable de se réinventer ?


Une crédibilité à construire


Au final, cette nouvelle union de l’opposition gabonaise avance sous le signe de l’incertitude et dans l'inconnu. Elle suscite autant de curiosité que de scepticisme. Hétéroclite, traversée de contradictions, portée par des personnalités aux parcours disparates, elle devra rapidement faire ses preuves.


Dans un contexte où la défiance politique est forte, où les citoyens exigent des résultats tangibles, les demi-mesures ne suffiront pas. L’opposition ne peut plus se contenter d’alliances de façade. Elle doit clarifier son cap, lever les entraves internes, définir des priorités communes et crédibles.


Faute de quoi, cette union risque de n’être qu’un épisode de plus dans l’histoire d’une opposition en quête d’elle-même, sans véritable souffle. 


 

Par Pamphil

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