RÉNOVATION DES IMMEUBLES D’ÉTAT DÉDIÉS AUX ENSEIGNANTS ACTIFS, APRÈS LE CAMP DE POLICE, OLIGUI SE HEURTE À UNE DURE RÉALITÉ EXPLOSIVE FAITE DE SQUATS, SOUS-SOLS HABITÉS
Pendant plusieurs jours, nous avons remonté la piste des logements appartenant à l’État, annoncés comme des solutions d’habitation pour des agents de différents secteurs. Sur le papier, ces appartements doivent soutenir les travailleurs publics, stabiliser les affectations et éviter la précarité. Sur le terrain, la réalité que nous avons observée au Lycée LÉON MBA et aux trois quartiers et d'autres est tout autre et elle inquiète.
Restaurer le patrimoine public, sécuriser les bâtiments, remettre de l’ordre et offrir des logements décents aux agents concernés. Mais sur le terrain, dans trois quartiers où se trouvent ces immeubles, l’ambition affichée se heurte à une réalité brutale. Ce que nous avons constaté est alarmant.
D’abord, ces bâtiments ne relèvent pas d’un seul secteur. Selon les informations recueillies auprès d’habitants et d’anciens occupants, il s’agit de logements administratifs attribués à plusieurs corps (différentes administrations), avec une gestion devenue floue au fil du temps. Résultat, l’administration semble confondue, les responsabilités se diluent, et personne n’assume clairement le suivi des occupations, des départs et des droits réels d’accès.
Le parc concerné est important, environ 90 logements, répartis en bâtiments. Pourtant, plusieurs appartements sont aujourd’hui vides parfois trois par immeuble, selon nos observations. Et ce vide n’est pas neutre, des riverains affirment que ces espaces abandonnés sont devenus des lieux propices aux fumeurs de chanvre, dans une ambiance d’insécurité croissante. Des familles disent vivre avec la peur des allées sombres, des portes fracturées, des couloirs dégradés.
Nombreux sont ceux qui seraient partis à ce moment-là, laissant les immeubles fragilisés. Depuis, c’est l’effondrement progressif des services de base. Sur plusieurs sites, des habitants assurent que les compteurs d’eau et d’électricité n’existent plus, arrachés, volés ou détruits. Nos constats sur place confirment des boîtiers manquants, des armoires éventrées, des câbles apparents. Officiellement, pas d’eau, pas de courant depuis cette période. Mais dans les faits, certains reconnaissent “se débrouiller” raccordements sauvages, connexions improvisées, au mépris de toute sécurité.
Plus grave, les appartements vides ne restent pas vides longtemps. Selon plusieurs témoignages, ils sont progressivement remplacés par des squatteurs, évoqués comme venant des “PK”. L’occupation devient une norme, faute de contrôle. Et au milieu de ce désordre, un marché parallèle s’organise : la sous-location. Des sources locales affirment que des anciens occupants, pourtant partis, continueraient à louer certains appartements à des tiers, à des prix variables : 120 000 FCFA, 100 000 FCFA, selon la configuration (3 chambres, 2 chambres, 1 chambre). Le paradoxe est saisissant, un bien public dégradé devient un revenu privé, dans l’opacité la plus totale.
Enfin, un fait sidérant ressort de l’enquête, le sous-sol est également habité, contre environ 15 000 FCFA. Vivre sous terre, dans des immeubles délaissés, dit tout de l’urgence sociale et du danger.