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GRÈVE DES ENSEIGNANTS, AU GABON, OLIGUI CHOISIT L’APAISEMENT LÀ OÙ DAKAR ET N’DJAMÉNA BRANDISSENT LA SANCTION

GRÈVE DES ENSEIGNANTS, AU GABON, OLIGUI CHOISIT L’APAISEMENT LÀ OÙ DAKAR ET N’DJAMÉNA BRANDISSENT LA SANCTION
Dans plusieurs capitales africaines, la grève des enseignants est devenue un test grandeur nature, maintenir l’autorité de l’État sans casser l’école, ni transformer une revendication salariale en crise politique.

En février 2026, le Sénégal et le Tchad ont assumé une ligne dure retenues ou suspensions de salaires au nom du principe “service non fait”. Au Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema a plutôt privilégié une stratégie inverse, désescalader, remettre les acteurs autour de la table et envoyer des signaux de réparation administrative pour éviter l’enlisement.


Sénégal et Tchad : l’option “service non fait”, le bras de fer assumé


Au Sénégal, des enseignants ont constaté des ponctions sur le salaire de février après des “débrayages” et des journées de grève. Le gouvernement a justifié la mesure en l’inscrivant dans la logique du travail non effectué = rémunération suspendue, et des médias locaux ont rapporté des retenues pouvant atteindre des montants élevés selon l’implication dans le mouvement.
Le choix est politiquement lisible, rendre la grève coûteuse pour décourager la reconduction et afficher une discipline budgétaire. Mais l’effet collatéral est immédiat, la discussion se déplace du contenu des revendications vers la légalité et la légitimité des retenues, ce qui durcit la relation avec les syndicats.


Au Tchad, la réponse est encore plus frontale. Après une mise en garde publique, le gouvernement a appliqué la coupure/suspension sur les salaires de février des enseignants grévistes, en s’appuyant explicitement sur l’article 15 de la loi encadrant le droit de grève dans les services publics, qui dispose que les journées non prestées pour cause de grève ne donnent pas lieu à rémunération.
Là aussi, le calcul est clair, reprendre la main et éviter l’extension de la contestation. Mais la sanction peut produire un autre résultat,  transformer la revendication en ressentiment, notamment dans un secteur où la rémunération et la reconnaissance sont au cœur du malaise.


Gabon, l’apaisement comme stratégie de stabilité (et de légitimité)


À Libreville, le pouvoir a cherché une sortie par le haut moins de communication sur la punition, plus d’actions visibles de désamorçage. Symbole fort, la présence du président de la transition sur le terrain, dans des établissements, avec un discours de reprise et d’écoute, pour ramener l’école dans le registre de l’urgence nationale plutôt que dans celui de la confrontation.


Surtout, la stratégie gabonaise s’est appuyée sur des gestes concrets de régularisation et de paiements transitoires. Exemple très parlant : l’annonce du paiement de 148 “sortants-écoles” via des bons de caisse le 25 février 2026, en attendant la normalisation administrative prévue en mars.
Ce type de mesure envoie un message politique précis, “on règle, on rattrape, on remet la machine en marche” sans humilier socialement ceux qui tiennent les classes. D’autres annonces publiques ont également mis en avant des opérations de régularisation plus larges visant des milliers d’enseignants, présentées comme un signal de stabilisation durable du système éducatif.


Au fond, le Gabon fait un pari, l’apaisement comme outil de stabilité. Là où la retenue salariale vise l’autorité par la contrainte, Oligui Nguema cherche l’autorité par la désescalade, restaurer un minimum de confiance, éviter l’année blanche, préserver la paix sociale et consolider une légitimité politique en construction. Mais c’est un pari exigeant, l’apaisement ne “marque des points” que s’il se traduit vite en résultats vérifiables (régularisations effectives, calendrier tenu, paiements sécurisés). Sinon, l’adversaire politique n’y verra pas une stratégie, mais une faiblesse.

Par NOEMI KIM

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