LE CNDPC, NOUVEAU CHAPITRE OU NOUVEAU MORT-NÉ ?
Depuis le dernier conseil des ministres au Gabon, la Commission Nationale de la Démocratie et de la Participation Citoyenne (CNDPC) retient toutes les attentions. Cette nouvelle institution remplace le Conseil National de la Démocratie (CND), considéré par beaucoup comme un acteur symbolique, un organe qui, malgré ses promesses, n’a jamais réussi à s’imposer comme un pilier réel de la vie politique gabonaise. Alors, cette nouvelle commission est-elle un vrai souffle démocratique, ou un simple remaniement d’un ancien mort-né ?
A Libreville, plusieurs interrogations fusent dans les quartiers et sein des partis politiques. Les citoyens, les militants de la majorité présidentielle et l’opposition observent avec scepticisme. Peut-on réellement espérer un renouveau ? La CNDPC pourra-t-elle éviter les écueils qui ont miné son prédécesseur ? Entre promesses et désillusions, la démocratie gabonaise s’apprête à tester une nouvelle structure qui pourrait être la clé d’une transformation ou simplement un nouvel épisode d’un échec programmé.
De la CND à la CNDPC : un simple changement de nom ?
Le projet présenté par le ministère de la Réforme et des Relations avec les Institutions vise à transformer le Conseil National de la Démocratie en une commission aux compétences élargies. Officiellement, la CNDPC aura pour mission de collecter et analyser les données politiques, de suivre les campagnes électorales et de mesurer les dynamiques du système démocratique. En théorie, un Observatoire technique pourrait ainsi renforcer la stabilité et la crédibilité de la Vème République.
Mais l’expérience passée laisse un goût amer. Pendant les quatorze années du mandat d’Ali Bongo Ondimba, le pluralisme a été largement théorique. Le Parti Démocratique Gabonais (PDG) détenait plus de 80 % des sièges au Parlement, les élections étaient souvent décriées pour leur manque de transparence, et la Constitution a été remodelée à plusieurs reprises pour servir les intérêts du pouvoir en place. Alors, cette nouvelle CNDPC est-elle vraiment un instrument de démocratie, ou simplement le recyclage d’un organe qui n’a jamais fonctionné ?
Promouvoir le dialogue politique : utopie ou espoir ?
L’une des missions historiques du Conseil National de la Démocratie était de constituer un cadre de concertation pour tous les partis, favorisant le consensus sur les grandes questions nationales. Mais le dialogue politique n’a jamais pris racine. Les Accords d’Arambo et d’Angondjé, pourtant ambitieux, ont échoué dans leur suivi. Les opposants et même certains partis de la majorité se retrouvaient souvent à négocier directement avec le Président de la République, contournant le CND.
La CNDPC pourra-t-elle réellement instaurer ce dialogue ? Peut-on imaginer une instance capable de réunir PDGistes, membres de l’UDB ou d’Ensemble Pour le Gabon, Front Démocratique Socialiste (FDS), de l’UDL, de REAGIR, et opposants dispersés, pour discuter de l’intérêt national ? Les sceptiques pointent du doigt le bicéphalisme qui sévit dans de nombreux partis politiques et la porosité des partis politiques, où un élu peut passer du jour au lendemain d’un parti à un autre. La politique gabonaise est-elle prête pour une médiation efficace, ou la CNDPC est-elle déjà condamnée à l’inefficacité ?
Enraciner la démocratie et le pluralisme : mission impossible ?
Promouvoir la tolérance et les principes démocratiques semble un objectif noble, mais dans la pratique ? Le PDG a longtemps refusé de céder le relais, et la culture politique gabonaise a été marquée par le contrôle rigide du pouvoir central. Et l’UDB prend une nouvelle dimension au Gabon avec certains hiérarques jadis du PDG. Les tentatives pour instaurer un véritable pluralisme ont échoué, et les petits partis restent souvent de simples noms sur un papier.
Peut-on vraiment espérer un changement avec la CNDPC ? Les citoyens, habitués aux scrutins controversés et aux transferts d’électeurs d’un parti à l’autre, voient cette initiative avec suspicion. Est-ce un véritable observatoire politique ou juste un nouveau mort-né, un outil de façade destiné à donner l’illusion d’un pluralisme qui n’existe pas ?
Médiation et prévention des conflits : les vieux démons resurgissent
La médiation politique est un autre chantier annoncé. Le Conseil National de la Démocratie avait pour rôle de gérer les tensions entre acteurs et partis. Pourtant, des conflits majeurs ont éclaté en 2009, 2016 et 2023, avec des bombardements, des assauts et des affrontements parfois violents, comme le siège du Quartier Général de Jean Ping en 2016.
La question se pose. La CNDPC aura-t-elle les moyens d’éviter la répétition de ces crises ? Ses mécanismes seront-ils réellement indépendants et efficaces ? Ou bien les vieilles habitudes de contournement et de favoritisme vont-elles encore prédominer ?
Élaboration de normes et suivi des recommandations : un défi colossal
Le CND devait aussi créer un code de bonne conduite pour les acteurs politiques et veiller à son application. Mais sur le terrain, la transparence a souvent fait défaut. Finances opaques, nominations contestées, conflits internes jamais résolus sans recours aux tribunaux.
Le nouveau cadre, la CNDPC, pourrait-il changer la donne ? Peut-elle assurer le suivi des recommandations et rendre effectif le respect des règles ? Les expériences passées suggèrent que l’élaboration des normes est une chose, mais leur application en est une autre.
Avis consultatifs et renforcement des capacités : promesses ou illusion ?
Le Conseil National de la Démocratie avait pour rôle d’émettre des avis sur la vie politique à la demande du Président. Mais en réalité, cette consultation était rare. Les dirigeants politiques préféraient négocier directement avec le Palais. De même, le renforcement des capacités des partis politiques a été limité. Beaucoup sont restés de simples structures de nom, sans transparence, avec des transferts massifs d’adhérents d’un parti à l’autre ou de Libreville vers l’intérieur du pays lors des élections législatives et locales.
Alors, la CNDPC pourra-t-elle vraiment agir comme un outil d’accompagnement et de régulation ? Ou n’est-ce qu’un nouveau mort-né, condamné à répéter les erreurs du passé ?
Nouveau mort-né ou espoir de renouveau ?
Le dilemme est là. La création de la Commission Nationale de la Démocratie et de la Participation Citoyenne pourrait soit constituer une autre manière de faire de la politique, soit devenir un simple épisode dans la longue série des institutions inefficaces. La question que se posent tous les observateurs est celle-ci. Le nouveau dispositif sera-t-il capable de transformer les pratiques politiques au Gabon ? Ou bien assiste-t-on à la naissance d’un nouveau mort-né, comme le CND avant lui ?
Le scepticisme est alimenté par les échecs passés et les habitudes profondément enracinées. Les citoyens et les partis politiques attendent des actes concrets. Transparence interne au sein des partis, dialogue réel, médiation efficace et pluralisme authentique. Mais les promesses sont-elles suffisantes ? La CNDPC a-t-elle la volonté et les moyens d’éviter le destin funeste de son prédécesseur ?
La balle est désormais dans le camp des décideurs. Si la CNDPC réussit, elle pourrait devenir un pivot essentiel de la démocratie gabonaise. Sinon, elle rejoindra la longue liste des institutions mort-nées, symboles d’un idéal démocratique qui peine à se matérialiser. Combien de temps faudra-t-il encore attendre avant qu’un véritable outil de démocratie prenne racine ?