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LE BRENT DÉPASSE 85 DOLLARS, UN SOMMET INÉDIT DEPUIS L’ÉTÉ 2024

LE BRENT DÉPASSE 85 DOLLARS, UN SOMMET INÉDIT DEPUIS L’ÉTÉ 2024
Pétrole : le Brent dépasse 85 dollars sur fond de guerre Iran-Ormuz

Le marché pétrolier s’emballe de nouveau. Mardi 3 mars, le baril de Brent a brièvement dépassé la barre symbolique des 85 dollars, un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis juillet 2024. En cause, la paralysie du détroit d’Ormuz et la crainte d’une escalade militaire durable entre les États-Unis et l’Iran, qui pourrait perturber durablement l’approvisionnement mondial en or noir.


Vers 12h30 (heure française), le Brent de la mer du Nord pour livraison en mai gagnait 7,94%, à 83,91 dollars, après avoir touché un pic à 85,12 dollars dans la matinée. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en avril, progressait lui aussi fortement, de 7,36%, à 76,47 dollars. Ces hausses spectaculaires traduisent la nervosité extrême des marchés face aux développements géopolitiques au Moyen-Orient.


La crainte d’une guerre longue


« Alors que le marché anticipait peut-être hier une guerre de courte durée, les acteurs commencent désormais à prendre conscience que le risque d’une escalade est très élevé », analyse Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management. Les investisseurs redoutent désormais un conflit prolongé qui affecterait non seulement le transport du pétrole, mais aussi les infrastructures énergétiques régionales.


Le président américain Donald Trump a averti lundi que la guerre contre l’Iran pourrait durer « un mois ou plus ». Une déclaration qui a immédiatement renforcé la tension sur les marchés. Plus le conflit s’inscrit dans le temps, plus les risques de perturbations majeures augmentent, et avec eux la probabilité d’un choc durable sur les prix.


Le détroit d’Ormuz, point névralgique


Au cœur des inquiétudes. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20% du pétrole mondial en temps normal. Or, ce corridor maritime est devenu impraticable pour de nombreuses compagnies maritimes. Un responsable iranien a même menacé de « brûler tout navire » tentant de franchir ce passage, ce qui a conduit plusieurs armateurs à suspendre leurs traversées.


Selon Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, entre « 8 à 10 millions de barils par jour » ne pourraient pas trouver d’acheminements alternatifs si la situation perdure. Une telle quantité représente une part considérable de l’offre mondiale, difficilement compensable à court terme.


Les itinéraires alternatifs existent, mais leurs capacités sont limitées. Les oléoducs terrestres ne peuvent absorber qu’une fraction des flux habituels, et le transport maritime via d’autres routes implique des délais et des coûts supplémentaires. Pour les marchés, l’équation est simple. Moins d’offre disponible signifie des prix plus élevés.


Des réserves stratégiques sous pression


Face à cette situation, les pays importateurs pourraient puiser dans leurs réserves stratégiques pour amortir le choc. Ces stocks d’urgence ont été constitués précisément pour faire face à des ruptures temporaires d’approvisionnement. Ils permettent de stabiliser les marchés pendant quelques semaines, voire quelques mois selon l’ampleur du déficit.


Mais une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz poserait un défi bien plus complexe. Les réserves ne sont pas illimitées, et leur utilisation massive pourrait rapidement inquiéter les investisseurs. Une fois ces stocks entamés, les pays consommateurs se retrouveraient plus vulnérables en cas d’aggravation du conflit.


Un enjeu politique majeur aux États-Unis


La flambée des prix du pétrole pourrait également avoir des conséquences politiques importantes aux États-Unis. Selon Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, des prix durablement élevés constitueraient « le talon d’Achille » de Donald Trump. Le président américain a en effet promis à plusieurs reprises de faire baisser les prix de l’énergie, un sujet sensible pour les ménages américains.


À l’approche des élections de mi-mandat en novembre, une hausse prolongée des carburants pourrait peser sur le pouvoir d’achat et alimenter le mécontentement. Or, aux États-Unis, le prix de l’essence est un indicateur particulièrement scruté par l’opinion publique. Une flambée à la pompe pourrait fragiliser la majorité en place.


Une volatilité appelée à durer


Pour l’heure, les marchés restent suspendus aux développements diplomatiques et militaires. La moindre déclaration, le moindre incident en mer, provoque des variations brutales des cours. Cette volatilité pourrait perdurer tant qu’aucune désescalade claire ne se dessine.


Si le conflit devait s’étendre ou toucher directement des infrastructures pétrolières majeures, les prix pourraient encore grimper. À l’inverse, le moindre signe d’apaisement entraînerait sans doute un reflux rapide des cours, preuve que la prime de risque géopolitique est aujourd’hui le principal moteur du marché.


Le seuil des 85 dollars pour le Brent  rappelle que le marché pétrolier reste extrêmement sensible aux tensions au Moyen-Orient et que l’équilibre entre l’offre et la demande peut être bouleversé en quelques heures.

Par Pamphil

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