tvplusafrique

Culture

GABON, ABSENCE D’UNE POLITIQUE LITTÉRAIRE NATIONALE

GABON, ABSENCE D’UNE POLITIQUE LITTÉRAIRE NATIONALE
"Gabon manque de politique littéraire nationale, freine développement culturel et jeunesse"

Pendant longtemps, le Gabon s’est présenté comme un pays de culture. Terre de traditions orales, de récits ancestraux et d’une diversité linguistique exceptionnelle, il possède un patrimoine narratif riche qui aurait pu nourrir une grande tradition littéraire. Pourtant, au fil des décennies, un constat s’impose. La littérature gabonaise peine à trouver sa place dans l’espace public. Les écrivains publient peu, les librairies se raréfient, les bibliothèques publiques sont souvent vides ou vieillissantes, et les jeunes lisent de moins en moins. Derrière ce désert culturel se cache une réalité plus profonde : l’absence d’une véritable politique littéraire nationale.


Une littérature vivante mais peu mise en valeur 


Le Gabon ne manque pourtant pas d’écrivains. Depuis plusieurs décennies, des plumes talentueuses ont émergé, à l’image de Laurent Owondo, de Justine Mintsa ou encore de Angèle Rawiri. Leurs œuvres ont marqué la littérature africaine et donné au pays une visibilité intellectuelle sur la scène francophone.


Mais ces figures restent souvent connues d’un cercle restreint d’universitaires et d’amateurs de littérature. Dans les écoles, leurs livres sont rarement étudiés. Dans les librairies, ils sont difficiles à trouver. Et dans les médias, la littérature occupe une place marginale.


Le paradoxe est frappant. Le pays produit des écrivains, mais ne crée pas les conditions pour que leurs œuvres circulent et soient lues.


Selon plusieurs observateurs culturels, le problème ne réside pas seulement dans la production littéraire, mais dans l’absence d’un véritable écosystème du livre.


L’État, grand absent de la politique du livre


Dans de nombreux pays, la littérature bénéficie d’un accompagnement public structuré. Des politiques nationales du livre sont mises en place pour soutenir les écrivains, les éditeurs, les libraires et les bibliothèques.


Au Gabon, cette politique reste embryonnaire


Le ministère de la Culture organise parfois des événements ponctuels, mais il n’existe pas de stratégie durable pour développer la lecture et la création littéraire. Les subventions aux maisons d’édition sont quasi inexistantes, les programmes de soutien aux auteurs sont rares et les bibliothèques publiques manquent de moyens.


Dans un pays de plus de deux millions d’habitants, le réseau de bibliothèques reste extrêmement limité. Beaucoup d’établissements scolaires ne disposent même pas d’une bibliothèque fonctionnelle. Conséquence. Les jeunes gabonais grandissent souvent sans contact réel avec la littérature.


L’effondrement du marché du livre


L’une des conséquences directes de cette absence de politique est la fragilité du marché du livre.


Aujourd’hui, publier un livre au Gabon relève souvent du parcours du combattant. Les auteurs doivent financer eux-mêmes l’impression de leurs ouvrages, ce qui limite fortement la production.


De nombreuses maisons d’édition ont disparu ou survivent difficilement. Quant aux librairies, elles se comptent sur les doigts de la main, principalement à Libreville.


Le prix du livre constitue également un frein. Un roman peut coûter entre 8 000 et 15 000 francs CFA, un montant élevé pour une grande partie de la population. Dans ces conditions, la lecture devient un luxe.


Une jeunesse déconnectée de la lecture


Cette situation a des conséquences profondes sur les nouvelles générations.


Avec la montée des réseaux sociaux et du divertissement numérique, la lecture a perdu du terrain. Sans politiques publiques pour encourager le livre, la littérature disparaît progressivement de l’horizon culturel des jeunes.


Pourtant, les spécialistes de l’éducation rappellent que la lecture joue un rôle fondamental dans le développement intellectuel.


Un enfant qui lit régulièrement améliore son vocabulaire, sa capacité d’analyse et son imagination. À long terme, cela influence aussi la qualité du débat public et la formation des élites.


Dans un pays qui aspire à se moderniser et à diversifier son économie, négliger la lecture revient à affaiblir son capital intellectuel.


Le rôle oublié des écoles


L’école devrait être le premier moteur de la culture littéraire. Mais dans de nombreux établissements gabonais, les programmes scolaires restent largement dominés par des œuvres étrangères.


Si ces textes sont importants, ils ne doivent pas occulter la littérature nationale.


Étudier davantage d’auteurs gabonais permettrait aux élèves de mieux comprendre leur société, leur histoire et leurs réalités.


De plus, les rencontres entre écrivains et élèves sont extrêmement rares. Dans beaucoup de pays, ces échanges sont encouragés pour créer un lien direct entre les auteurs et les jeunes lecteurs.


Au Gabon, ces initiatives restent marginales.


Ce que font les autres pays africains


Plusieurs pays africains ont compris l’importance stratégique de la littérature.


Au Sénégal, par exemple, des festivals littéraires attirent chaque année des centaines d’auteurs et de lecteurs. Au Rwanda, l’État soutient activement la production éditoriale et la promotion de la lecture.


Ces politiques ne transforment pas seulement le paysage culturel : elles renforcent aussi l’image internationale du pays.


La littérature est un outil de diplomatie culturelle puissant. Elle permet de raconter une nation au monde.


A quand une renaissance littéraire gabonaise ?


Le Gabon possède pourtant tous les ingrédients pour construire une grande politique du livre. Des écrivains talentueux, une jeunesse nombreuse et un patrimoine narratif exceptionnel.


Mais il faut une volonté politique pragmatique.


Plusieurs mesures pourraient transformer la situation :


- la création d’un Centre national du livre


- le financement de maisons d’édition locales


- la construction de bibliothèques modernes dans les villes et les provinces


- l’intégration systématique d’auteurs gabonais dans les programmes scolaires


- l’organisation de plusieurs festivals littéraires nationaux à Libreville et à l'intérieur du pays


Ces initiatives permettraient non seulement de soutenir les écrivains, mais aussi de redonner aux Gabonais le goût de la lecture.


Une question d’avenir


Une nation ne se construit pas uniquement avec des routes, des ponts ou des infrastructures. Elle se construit aussi avec des idées, des récits et des livres.


La littérature est la mémoire d’un peuple et le miroir de son imagination collective.


Si le Gabon veut affirmer sa place dans le monde et préparer l’avenir de sa jeunesse, il devra sortir de ce désert culturel et bâtir enfin une véritable politique littéraire nationale.


Car un pays qui ne lit pas est un pays qui finit par oublier de penser.

Par Pamphil

Top Articles