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DIPLÔMÉS MAIS CHÔMEURS, LA GÉNÉRATION SACRIFIÉE DU GABON

DIPLÔMÉS MAIS CHÔMEURS, LA GÉNÉRATION SACRIFIÉE DU GABON
Diplômés sans emploi au Gabon : crise sociale et génération sacrifiée

Le Gabon forme chaque année des milliers de jeunes diplômés dans les universités, les grandes écoles et les instituts supérieurs de formation professionnelle. Pourtant, une fois les diplômes en poche, beaucoup se retrouvent sans emploi, sans perspectives et parfois sans espoir. Cette situation, qui touche une grande partie de la jeunesse, est en train de devenir une véritable bombe sociale silencieuse. Car un pays qui forme ses jeunes sans pouvoir les employer prépare inévitablement une crise sociale.


Des dizaines de diplômés sur le marché chaque année


Chaque année, l’Université Omar Bongo, l’Université des Sciences et Techniques de Masuku, ITO, les écoles privées et les instituts de formation mettent sur le marché du travail plusieurs milliers de diplômés. On estime qu’entre 8 000 et 12 000 jeunes sortent diplômés de l’enseignement supérieur gabonais chaque année.


Le problème est simple. L’économie gabonaise ne crée pas assez d’emplois pour absorber tous ces jeunes qualifiés. Le secteur public, qui a longtemps été le principal employeur, recrute de moins en moins. Les concours administratifs sont devenus rares et très sélectifs. Dans certains ministères, les recrutements peuvent rester bloqués pendant 5 à 10 ans.


Résultat. Des jeunes titulaires de licences, de masters, voire de doctorats se retrouvent à la maison, sans travail, dépendants de leurs parents ou obligés de se débrouiller dans le secteur informel.


Le piège des stages non payés


Face au manque d’emplois, beaucoup de jeunes diplômés acceptent des stages non payés dans les entreprises, les administrations ou les ONG. Ces stages durent parfois 6 mois, 1 an, voire 2 ans, sans salaire, sans contrat, et souvent sans embauche à la fin.


De nombreux jeunes enchaînent ainsi plusieurs stages et plusieurs “bricoles” sans jamais obtenir un emploi stable. Ils acquièrent de l’expérience, mais cette expérience ne se transforme pas en emploi. Cette situation crée un sentiment d’injustice et de découragement.


On voit aujourd’hui au Gabon des jeunes de 30 à 35 ans, diplômés depuis longtemps, qui n’ont jamais eu de premier emploi stable. Ils vivent encore chez leurs parents, aux crochets des amis, ne peuvent pas se marier, ne peuvent pas construire une maison, ne peuvent pas investir. Toute une génération est en attente.


Des concours administratifs devenus trop rares


Autrefois, les jeunes Gabonais comptaient beaucoup sur la fonction publique. Enseignement, impôts, douanes, budget, trésor, santé, administration territoriale etc. Mais aujourd’hui, les concours sont devenus rares et les places très limitées.


Par exemple, un concours peut offrir 50 places pour 5 000 candidats. Cela signifie que 4 950 candidats échouent, parfois après plusieurs années de préparation.


Beaucoup de jeunes passent 5, 6 ou 7 ans à attendre un concours ou à le repasser plusieurs fois. Pendant ce temps, ils vieillissent, perdent confiance et deviennent frustrés. Certains finissent par abandonner leurs ambitions professionnelles.


Un secteur privé encore trop fermé


On pourrait penser que le secteur privé peut absorber ces diplômés, mais la réalité est plus complexe. Le secteur privé gabonais reste encore limité et parfois difficile d’accès pour les jeunes sans relations ou sans expérience.


Beaucoup d’entreprises demandent 2 à 3 ans d’expérience pour un premier emploi, ce qui est paradoxal puisque les jeunes diplômés n’ont justement pas encore d’expérience.


De plus, certaines entreprises préfèrent recruter des expatriés pour des postes techniques ou de management, alors que des jeunes Gabonais qualifiés existent. Cette situation est très mal vécue par la jeunesse diplômée.


Le tissu des PME reste également très insuffisant. Dans les pays développés, ce sont les petites et moyennes entreprises qui créent 60 à 70 % des emplois. Au Gabon, ce secteur est encore fragile et manque de financements.


Les conséquences sociales commencent déjà à se voir


Le chômage des diplômés n’est pas seulement un problème économique, c’est aussi un problème social. Un jeune qui a étudié pendant 15 à 20 ans et qui ne trouve pas de travail peut devenir frustré, en colère ou démotivé.


On observe déjà plusieurs conséquences.


-Augmentation du petit commerce informel par des diplômés


-Des envies de départ des jeunes vers l’étranger


-Dépression et perte de confiance


-Retard des mariages et des projets de famille


-Montée de la colère sociale sur les réseaux sociaux


-Défiance des institutions de la République sur les réseaux sociaux


Un pays où les diplômés deviennent vendeurs à la sauvette ou conducteurs de taxi faute d’emploi est un pays qui gaspille son capital humain.


Il faut repenser la formation et l’économie


Le problème ne vient pas seulement du manque d’emplois, mais aussi du décalage entre les formations et les besoins du marché. Le Gabon forme beaucoup de diplômés en droit, en lettres, en communication ou en gestion, mais manque de techniciens, d’ingénieurs, d’agriculteurs modernes, d’informaticiens, d’artisans qualifiés.


Il faut orienter davantage les jeunes vers d’autres domaines universitaires.


-Les métiers techniques


- L’entrepreneuriat


- L’agriculture moderne


-Le numérique


- La transformation du bois


- Les mines


- Le tourisme


-L’industrie


 


Un pays ne peut pas avoir uniquement des diplômés de bureau ou en matières fondamentales. Il faut aussi des créateurs d’entreprises, des producteurs, des industriels.


Bombe à retardement


Le danger, c’est que cette situation crée une génération frustrée, instruite mais pauvre, diplômée mais sans emploi. Et dans l’histoire de nombreux pays, ce sont souvent les diplômés au chômage qui deviennent le moteur des grandes crises sociales, parce qu’ils comprennent le système mais n’y trouvent pas leur place.


Le Gabon doit prendre ce problème très au sérieux. Car derrière chaque diplômé sans emploi, il y a une famille qui a investi de l’argent, de l’espoir et des années de sacrifice.


Si chaque année 10 000 diplômés arrivent sur le marché du travail sans emploi, dans 10 ans, cela fera 100 000 jeunes diplômés sans emploi. Aucun pays ne peut rester stable avec une telle situation.


Créer des entreprises, développer l’industrie, financer les PME


Les diplômés sans emploi sont aujourd’hui l’un des plus grands défis sociaux du Gabon. Ce n’est pas un problème individuel, c’est un problème national. Il faut créer des entreprises, développer l’industrie, financer les PME, encourager l’entrepreneuriat et adapter les formations aux besoins réels de l’économie.


Former la jeunesse est une bonne chose. Mais former sans employer, c’est fabriquer la frustration. Et la frustration d’une jeunesse diplômée peut devenir, demain, la plus grande crise sociale du pays.


La question aujourd’hui n’est plus seulement d’envoyer les jeunes à l’UOB. Mais que deviennent-ils après le diplôme ?

Par Pamphil

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