HÔPITAUX SANS MÉDICAMENTS DANS UN PAYS PÉTROLIER, OÙ PASSE L’ARGENT DE LA SANTÉ AU GABON ?
Au Gabon, pays riche en ressources pétrolières, les frissons parcourent l’échine dès que l’on franchit les portes de certains hôpitaux publics. Bâtiments en piteux état, patients allongés à même le sol, familles contraintes d’acheter elles-mêmes gants, seringues et médicaments. Le tableau est accablant.
Un paradoxe qui défraie la chronique
Ce constat, loin d’être isolé, défraie la chronique depuis des années. Comment expliquer qu’un État disposant de revenus pétroliers conséquents peine à garantir un minimum de dignité dans ses structures sanitaires ? Tous les ingrédients sont réunis pour poser une question centrale. Où passe réellement l’argent de la santé ?
Un budget conséquent, mais peu lisible
Selon les dernières données disponibles, le budget annuel de la santé au Gabon oscille entre 250 et 300 milliards de francs CFA. Sur le papier, ce montant est faramineux. Ce montant pourrait permettre d’assurer un fonctionnement correct du système sanitaire national.
Mais dans les faits, la répartition de cette enveloppe reste opaque. Une part importante est absorbée par les charges de fonctionnement de l’administration centrale, laissant les structures hospitalières à la peine.
Combien revient réellement aux hôpitaux publics ? Difficile à établir avec précision, mais certaines estimations évoquent moins de 40 % du budget total, soit à peine 100 à 120 milliards de francs CFA pour l’ensemble des établissements du pays. Un chiffre qui, rapporté aux besoins, paraît largement insuffisant.
Évacuations sanitaires : un gouffre financier
Autre poste de dépense qui ne déroge pas à la règle des controverses. Les évacuations sanitaires à l’étranger. Chaque année, l’État gabonais y consacre entre 20 et 30 milliards de francs CFA.
Ces transferts de patients vers l’Europe, le Maroc ou la Tunisie sont souvent justifiés par l’absence d’équipements ou de spécialistes locaux. Mais ils posent une question fondamentale. Pourquoi investir autant dans les évacuations des patients à l’étranger alors que les hôpitaux nationaux manquent cruellement de scanners, de blocs opératoires fonctionnels et de médicaments essentiels ?
Pour de nombreux observateurs, cette situation est symptomatique d’un système en déconfiture, où l’urgence prend le pas sur la planification à long terme.
Construire ou équiper : un choix mal assumé
Depuis une décennie, plusieurs projets de construction d’hôpitaux ont été lancés. Des milliards ont été injectés dans le béton, avec des infrastructures modernes inaugurées en grande pompe.
Cependant, une question persiste : combien a été consacré à l’équipement de ces structures ?
Les chiffres disponibles indiquent que près de 60 % des investissements hospitaliers sont orientés vers la construction, contre seulement 40 % pour l’équipement et la maintenance. Résultat. Des bâtiments flambant neufs, mais parfois sous-équipés, voire inutilisables.
Ce déséquilibre a jeté un véritable pavé dans la mare au sein de l’opinion publique. Car un hôpital sans matériel n’est qu’une coquille vide, incapable de sauver des vies.
Gestion défaillante ou manque de moyens ?
La question centrale reste posée. S’agit-il d’un problème de ressources ou de gouvernance ?
Pour de nombreux professionnels de santé, le diagnostic est évident. Le système ne manque pas uniquement d’argent, mais souffre surtout d’une gestion inefficace. Mauvaise planification, marchés publics opaques, détournements présumés. Autant de facteurs qui placent régulièrement les responsables sur la sellette.
Dans certains établissements, des stocks de médicaments disparaissent mystérieusement, tandis que des équipements tombent en panne faute de maintenance. Pendant ce temps, les patients, eux, paient le prix fort.
Le contraste est saisissant. Dans un pays où les recettes pétrolières ont atteint plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an, voir des malades mourir faute de soins de base donne le sentiment d’un système à bout de souffle.
Un tableau sombre pour l’avenir
Aujourd’hui, le système de santé gabonais doit écrire ses lettres de noblesse. Le tableau sombre de la situation a été dressé à maintes reprises, sans que des réformes structurelles profondes ne soient véritablement engagées.
Les populations, elles, n’en peuvent plus. Entre indignation et résignation, elles observent un système qui semble incapable de répondre à leurs besoins essentiels.
Car au-delà des chiffres, il y a des vies. Des patients qui, faute de moyens, finissent par succomber. Des familles endeuillées, des destins brisés, parfois même des citoyens considérés comme déjà trépassés par un système défaillant avant l’heure.
Repenser les priorités nationales
Le débat est désormais incontournable. Le Gabon doit-il continuer à privilégier les évacuations sanitaires coûteuses ou investir massivement dans ses infrastructures locales ?
Doit-il construire davantage ou mieux équiper l’existant ?
Sans une refonte profonde de la gestion et une transparence accrue dans l’utilisation des fonds publics, la crise actuelle risque de s’aggraver.
Le pays ne manque pas de ressources. Ce qui fait défaut, c’est une vision pragmatique et audacieuse, une gouvernance rigoureuse et une volonté politique à la hauteur des enjeux.