tvplusafrique

Sante

GABON, CLINIQUES POUR LES RICHES, HÔPITAUX PUBLICS POUR LES PAUVRES

GABON, CLINIQUES POUR LES RICHES, HÔPITAUX PUBLICS POUR LES PAUVRES
Santé au Gabon : inégalités entre cliniques privées et hôpitaux publics

Au Gabon, pays aux ressources naturelles abondantes, l’accès aux soins de santé reste paradoxalement marqué par de profondes disparités. Malgré les discours officiels sur l’amélioration du système sanitaire, une réalité s’impose avec brutalité inouïe. Deux mondes coexistent. D’un côté, des cliniques privées modernes, bien équipées et accessibles à une minorité aisée De l’autre, des hôpitaux publics débordés, sous-financés et fréquentés par l’écrasante  majorité de la population.


Un système de santé profondément inégalitaire


Cette fracture sanitaire ne date pas d’hier, mais elle s’est aggravée ces dernières années, sous l’effet combiné de la crise économique, de la croissance démographique , des carences en personnels de santé, de la mauvaise gouvernance et d’un manque d’investissement structurel dans le secteur public.


Les cliniques privées, vitrines d’une médecine d’élite


Dans les quartiers huppés de Libreville, Port-Gentil ou Franceville, les cliniques privées affichent des standards qui rivalisent parfois avec ceux des pays occidentaux. Plateaux techniques modernes, personnel qualifié, délais d’attente réduits. Tout y est conçu pour offrir un service rapide et efficace.


Mais cette qualité a un prix. Consultations, examens, hospitalisations. Les coûts sont souvent prohibitifs pour le Gabonais moyen. Une simple consultation peut représenter plusieurs jours, voire semaines de revenus pour un travailleur du secteur informel.


Ces établissements fonctionnent ainsi comme des îlots de privilège, réservés à une élite composée de hauts fonctionnaires, d’hommes politiques de haut vol,  d’hommes d’affaires et d’expatriés. Pour ces patients, la santé est un service accessible, presque confortable. Pour les autres, elle devient un luxe inaccessible.


Les hôpitaux publics, entre délabrement et surcharge


À l’opposé, les structures publiques offrent un tout autre visage. Dans de nombreux hôpitaux du pays, le manque de moyens est criant. Pénurie de médicaments, insuffisances des spécialistes, équipements vétustes, infrastructures dégradées.


Les témoignages des patients sont édifiants. Files d’attente interminables, consultations expéditives, ruptures fréquentes de stocks pharmaceutiques. Se faire soigner relève parfois du parcours du combattant. Les malades doivent souvent acheter eux-mêmes leurs médicaments, leurs gants ou même leur matériel de soins.


Le personnel soignant, quant à lui, travaille dans des conditions difficiles. Sous-effectif, salaires jugés insuffisants, manque de formation continue. Autant de griefs formulés qui contribuent à une démotivation croissante.


Une fracture sociale renforcée par la santé


Cette dualité du système de santé ne fait qu’accentuer les inégalités sociales déjà existantes. La qualité des soins dépend directement du niveau de revenu. Les plus pauvres sont contraints de fréquenter des structures publiques souvent défaillantes, tandis que les plus riches peuvent s’offrir des soins de qualité.


Dans certains cas, cette inégalité est une question de vie ou de mort. Une pathologie bénigne dans une clinique privée peut devenir grave, voire fatale, faute de prise en charge adéquate dans un hôpital public.


La santé, pourtant droit fondamental, devient ainsi un marqueur social, un révélateur des fractures profondes de la société gabonaise.


Une gouvernance à repenser


Au cœur du problème se trouve la question de la gouvernance. Le secteur de la santé souffre d’un manque de vision à long terme, de politiques incohérentes et d’une gestion parfois opaque.


Les investissements dans les infrastructures publiques sont souvent insuffisants ou mal orientés. Certains projets hospitaliers annoncés avec faste peinent à voir le jour ou restent inachevés.


Par ailleurs, la fuite des compétences vers le secteur privé ou vers l’étranger affaiblit encore davantage le système public. Les médecins et spécialistes, mieux rémunérés ailleurs, désertent les structures étatiques.


Redonner confiance au système public


Pour sortir de cette situation, il est impératif de redonner confiance aux citoyens dans le système de santé public. Cela passe par une réforme en profondeur. Amélioration des conditions de travail du personnel, modernisation des équipements, meilleure gestion des ressources.


L’État doit également renforcer la régulation du secteur privé afin d’éviter une médecine à deux vitesses trop marquée. La santé ne peut être abandonnée aux seules logiques de marché.


Une véritable volonté politique est nécessaire pour faire de la santé une priorité nationale, au-delà des discours.


Un enjeu qui  touche à la dignité humaine


La question de la santé dépasse le simple cadre médical. Elle touche à la dignité humaine, à la justice sociale et à l’avenir même du pays. Un Gabon où l’on se soigne selon ses moyens est un Gabon profondément inégalitaire.


Il est difficile de ne pas tirer la sonnette d’alarme. Le Gabon mérite mieux. Ses citoyens aussi. Il est encore temps d’agir, de corriger les dérives et de bâtir un système de santé équitable, accessible à tous. 


 

Par Pamphil

Top Articles