ÉTUDES SOUS COUPURES
Des coupures d’électricité qui freinent la productivité académique.
Dans les salles de travail comme dans les chambres universitaires, la réalité est la même : difficile de maintenir un rythme d’étude normal. « Les coupures intempestives d’électricité ont un impact direct sur la productivité des étudiants », confie Paka Hilaire Vice-président Mutuelle UOB. La rédaction des mémoires, étape cruciale du parcours universitaire, est particulièrement affectée. « Quand il faut travailler sur un ordinateur qui ne tient que deux heures, on ne peut pas avancer correctement, alors qu’un bon travail demande six à huit heures », explique-t-il.
Au-delà de la contrainte technique, l’impact est aussi psychologique. « Quand le courant est coupé en pleine séance de révision, on perd la motivation. On n’est plus dans les mêmes dispositions pour travailler », ajoute-t-il. À tel point que ces coupures sont désormais intégrées comme contraintes dans les travaux académiques. « Elles font partie des difficultés que nous mentionnons dans nos mémoires ».
Une organisation académique désorganisée par les délestages.
Mais les étudiants ne sont pas les seuls à subir les effets de cette situation. Sur le campus, toute la chaîne académique est perturbée. Léo, opérateur de services, décrit une organisation mise à mal par les délestages. « Les coupures créent des difficultés dans la livraison des travaux. Les étudiants arrivent souvent au dernier moment, et lorsqu’il n’y a pas de courant, ils ne peuvent plus déposer à temps ».
Cette situation entraîne des embouteillages imprévus. « On se retrouve parfois avec les trois quarts d’une classe qui n’ont pas pu rendre leurs travaux ». Les impressions, souvent réalisées sur le campus pour des raisons économiques, deviennent impossibles. « C’est moins cher ici, donc ils viennent tous imprimer, mais sans électricité, tout est bloqué », souligne-t-il.
Même les outils numériques ne sont pas épargnés. « Certains doivent envoyer leurs devoirs par mail ou télécharger des documents. Sans courant ni internet, ils sont bloqués », poursuit-il. Les conséquences sont multiples et touchent tous les acteurs : « Ça pénalise les étudiants, les enseignants et même nous, les opérateurs économiques. Sans électricité, on ne travaille pas ».
Des conséquences académiques et des tensions avec les enseignants.
Pour les étudiants, les répercussions sont parfois immédiates et sévères. Ndong étudiant en faculté de sciences raconte : « J’avais un travail en cartographie à rendre. À cause des coupures, je n’ai pas pu le terminer et j’ai eu une sous-moyenne ». Face à ces situations, la compréhension des enseignants varie. « Certains sont indulgents, mais d’autres estiment que c’est un manque de sérieux si on travaille à la dernière minute », explique-t-il.
Cette incompréhension crée des tensions supplémentaires dans un environnement déjà fragile. « Il faut expliquer, négocier, parfois passer par le chef d’amphi. C’est vraiment compliqué », témoigne- t-il.
Un quotidien difficile entre manque d’eau et appel aux autorités.
À ces difficultés académiques s’ajoutent des conditions de vie précaires, notamment pour les étudiants résidant sur le campus. Monjo Tanguy, étudiant en droit, dénonce une situation devenue insoutenable : « Les coupures d’eau et d’électricité sont très récurrentes et impactent fortement la vie estudiantine ».
Dans certains bâtiments, l’absence d’électricité rend toute activité nocturne impossible. « On ne peut pas étudier la nuit. On est obligé d’utiliser des lampes, mais cela vide rapidement les téléphones », explique-t-il.
L’accès à l’eau pose également problème. « Il m’est déjà arrivé de passer une journée sans me laver parce qu’il n’y avait pas d’eau », confie-t-il. Plus inquiétant encore, la qualité de l’eau laisse parfois à désirer : « Parfois, elle change de couleur et devient rouge. Ce n’est pas potable et cela peut provoquer des maladies ».
Face à cette accumulation de difficultés, les étudiants lancent un appel aux autorités. « Nous demandons au ministère de l’Eau et de l’Énergie de trouver des solutions durables », insiste-t-il.
Ainsi, à l’Université Omar Bongo comme dans bien d’autres établissements du Gabon, les coupures répétées d’électricité et d’eau ne sont plus de simples désagréments passagers, mais un véritable frein structurel à la réussite académique. Entre perte de productivité, désorganisation des enseignements et conditions de vie précaires, les étudiants doivent redoubler d’efforts pour poursuivre leur parcours. Sans réponses concrètes et durables des autorités, ce quotidien difficile risque de continuer à compromettre non seulement leurs performances, mais aussi leur avenir.