GABON : LES RICHESSES DU SOUS-SOL ATTISENT L’APPÉTIT DES PUISSANCES INDUSTRIELLES
Par la plume d’un observateur averti, à l’heure où le monde se redessine autour des matières premières stratégiques, le Gabon revient au cœur des convoitises. Entre 2024 et 2026, le pays d’Afrique centrale confirme une évidence. Son sous-sol demeure l’un des plus prometteurs du continent, à la croisée des ambitions européennes, américaines et asiatiques.
Un géant minier encore en pleine révélation
Le Gabon n’est pas un novice dans le concert des nations extractives. Il s’impose déjà comme l’un des leaders mondiaux du manganèse, assurant près de 12 % de la production mondiale. Mais au-delà de ce minerai stratégique, c’est toute une diversité de ressources qui attire désormais les regards. Fer, or, terres rares, niobium ou encore uranium.
En 2024, la production de manganèse a connu une dynamique contrastée mais solide. Au premier semestre, elle a atteint 4,91 millions de tonnes, tandis que la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) a produit environ 6,8 millions de tonnes sur l’année. À elle seule, cette filiale du groupe français Eramet exploite près de 25 % des réserves mondiales connues.
Dans le même temps, le secteur pétrolier reste un pilier. Autour de 230 000 barils par jour en 2024, soit un niveau inédit depuis 2020. Sur le premier semestre 2024, la production a même atteint 41,8 millions de barils, en hausse de 8,9 %.
2025 : entre consolidation et fragilités
L’année 2025 a confirmé à la fois la solidité et la vulnérabilité du modèle extractif gabonais. La filière manganèse a généré 365,18 milliards de FCFA de chiffre d’affaires au premier semestre, preuve de son poids économique considérable.
Mais les signaux d’alerte existent. Sur neuf mois, la production a enregistré une baisse de 5,2 %, malgré un rebond ponctuel de 8,6 %. Cette volatilité rappelle une réalité bien connue. La dépendance du Gabon aux fluctuations des marchés internationaux.
Dans le pétrole également, des signes d’essoufflement apparaissent, avec une baisse de production sur certains trimestres malgré une tendance annuelle globalement positive. Le modèle économique reste donc encore trop dépendant des hydrocarbures et des matières premières brutes.
2026 : le tournant stratégique de la transformation locale
Face à ces défis, le Gabon amorce un virage stratégique majeur. L’État ambitionne désormais de transformer localement ses ressources, rompant avec des décennies d’exportation brute.
Décision emblématique. L’interdiction d’exporter du manganèse brut à partir de 2029. Une orientation qui pousse déjà les industriels à revoir leurs stratégies, notamment pour développer des unités de transformation sur place.
Cette politique s’inscrit dans une vision qui consiste à capter davantage de valeur ajoutée, créer des emplois qualifiés et bâtir une véritable industrie minière nationale. En 2024, seulement une partie du manganèse était transformée localement, le reste étant exporté vers la Chine et l’Inde.
Une ruée des investisseurs internationaux
Dans ce contexte, le Gabon attire une nouvelle vague d’investisseurs. Des entreprises venues d’Europe, des États-Unis et d’Asie multiplient les initiatives.
Les groupes européens, à l’image du français Eramet, renforcent leur présence historique. Les industriels asiatiques, notamment chinois et indiens, restent des partenaires majeurs, attirés par les besoins colossaux en matières premières pour l’acier et les batteries.
Parallèlement, des sociétés australiennes comme Genmin développent des projets de fer, notamment sur le gisement de Baniaka, avec des levées de fonds internationales. Les États-Unis, quant à eux, s’intéressent de plus en plus aux métaux critiques, dans un contexte de transition énergétique mondiale.
Cette convergence d’intérêts transforme le Gabon en véritable carrefour stratégique des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Des défis structurels à surmonter
Mais l’eldorado minier gabonais ne saurait masquer certaines faiblesses. Les infrastructures de transport, notamment ferroviaires, restent insuffisantes. L’accès à l’énergie constitue également un frein majeur au développement industriel À cela s’ajoutent les enjeux de gouvernance, de transparence et de redistribution des richesses. Car si le secteur extractif génère des milliards de francs CFA, son impact sur le quotidien des populations reste encore limité.
Un avenir prometteur sous conditions
Le Gabon se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire économique. Avec une croissance projetée autour de 3 % en 2024, le pays dispose d’atouts indéniables pour réussir sa transformation.
Mais tout dépendra de sa capacité à maîtriser trois leviers essentiels :
la transformation locale des ressources,
l’amélioration des infrastructures,
et une gouvernance rigoureuse des revenus miniers.
À l’horizon 2026 et au-delà, une certitude s’impose : le Gabon n’est plus seulement un pays riche en ressources. Il est devenu un territoire stratégique dans la compétition mondiale pour les matières premières.
Et dans ce jeu d’influences où se croisent intérêts économiques et ambitions géopolitiques, le véritable défi sera de faire du sous-sol gabonais non pas une richesse exploitée, mais un levier durable de souveraineté et de prospérité nationale.