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Justice

SÉNÉGAL : LE PIÈGE HICASH DÉMANTELÉ

SÉNÉGAL : LE PIÈGE HICASH DÉMANTELÉ
Au Sénégal, une vaste opération contre la cybercriminalité financière vient de révéler l’ampleur d’un système d’usure numérique sophistiqué. Derrière la promesse de crédits rapides et accessibles, des milliers de victimes se retrouvent piégées dans un engrenage de dettes et de harcèlement.

La Division Spéciale de Lutte contre la Cybercriminalité (DSC) a mis fin aux activités de HICASH, une plateforme opérée par la société Level Technologie. Les chiffres témoignent de l’ampleur du phénomène : plus de 100 000 demandes de crédit enregistrées, pour un volume de transactions estimé à 3 milliards de FCFA.


Le préjudice global avoisinerait 1 milliard de FCFA, confirmant l’existence d’un système structuré et particulièrement lucratif.


Des conditions de crédit abusives et opaques


Le fonctionnement de HICASH reposait sur des pratiques extrêmement pénalisantes pour les emprunteurs. Pour un prêt affiché de 10 000 FCFA, seuls 6 500 FCFA étaient effectivement versés.


Les utilisateurs devaient rembourser sous 7 jours, avec un taux réel atteignant 53,8 % par semaine, soit près de 2 800 % par an. Un modèle assimilable à de la cyber-usure, ciblant principalement des populations vulnérables en quête de liquidités rapides.


Harcèlement et exploitation des données personnelles


Au-delà des conditions financières abusives, la plateforme utilisait des méthodes de recouvrement agressives. Les données personnelles des utilisateurs, notamment leurs contacts téléphoniques, étaient exploitées pour exercer des pressions psychologiques.


Appels répétés, messages intimidants et atteinte à la vie privée faisaient partie des pratiques dénoncées par les victimes.


Une organisation bien structurée à Dakar


Installée à Liberté 6, à Dakar, l’opération reposait sur une organisation quasi-industrielle. Environ 70 employés y travaillaient, dont 60 dédiés au recouvrement.


Le réseau utilisait des technologies comme les SIMBOX pour contourner les circuits de communication traditionnels, ainsi que des services de paiement mobile tels que Wave et Orange Money pour dissimuler les flux financiers.


Une activité totalement illégale


La société opérait sans aucun agrément de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), rendant ses activités illégales.


La directrice générale ainsi que quatre responsables ont été présentés au Pool judiciaire financier. Toutefois, les véritables bénéficiaires du réseau restent à identifier, et l’enquête se poursuit pour remonter jusqu’aux commanditaires.


Un appel à la vigilance des autorités


Face à la montée de ces pratiques, les forces de l’ordre appellent les populations à la prudence. Un numéro vert a été mis en place pour signaler tout cas suspect : 800 00 17 00.


Cette affaire met en lumière l’essor inquiétant de la cybercriminalité financière en Afrique de l’Ouest, où les innovations technologiques sont parfois détournées à des fins frauduleuses.

Par Pamphil

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