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DES DIPLÔMES, MAIS PAS D’EMPLOIS : LES UNIVERSITÉS GABONAISES AU CŒUR D’UNE CRISE PERSISTANTE

DES DIPLÔMES, MAIS PAS D’EMPLOIS : LES UNIVERSITÉS GABONAISES AU CŒUR D’UNE CRISE PERSISTANTE
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À Libreville comme à Franceville, les amphithéâtres sont pleins à craquer, les soutenances s’enchaînent et les diplômes se multiplient. Pourtant, malgré cette vitrine académique, la réalité est accablante. Celle d’une jeunesse instruite, mais massivement sans emploi.


Selon les données les plus récentes d’Afrobarometer publiées en 2025, plus de 80 % des jeunes gabonais ont atteint le secondaire ou le supérieur, un record en Afrique centrale. Mais dans le même temps, près de 50 % des 18-35 ans sont sans emploi. Une contradiction qui illustre un profond malaise.


Une promesse d’ascension sociale qui s’effrite


Au Gabon, le diplôme universitaire a longtemps été considéré comme le passeport vers une vie meilleure. Obtenir une licence, un master ou même un doctorat signifiait, dans l’imaginaire collectif, accéder à la fonction publique ou intégrer une entreprise prestigieuse. Pourtant, cette promesse s’effrite dangereusement depuis plusieurs années. Les universités gabonaises continuent de produire des milliers de diplômés chaque année, mais le marché de l’emploi, lui, reste saturé et incapable d’absorber cette jeunesse formée.


Dans les amphithéâtres de Libreville ou de Franceville, les étudiants poursuivent leurs études avec détermination. Mais à la sortie, beaucoup se retrouvent confrontés à une réalité brutale. Celle du chômage ou du sous-emploi.


Des universités en expansion, un marché du travail stagnant


Le système universitaire gabonais a connu une expansion rapide depuis les années 2000. De nouvelles filières ont été ouvertes, les effectifs étudiants ont augmenté, et l’accès à l’enseignement supérieur s’est démocratisé. Cependant, cette massification ne s’est pas accompagnée d’une stratégie claire d’intégration professionnelle.


Les filières les plus fréquentées restent les sciences humaines, le droit, l’économie et les lettres modernes. Des domaines souvent saturés sur le marché du travail. À l’inverse, les secteurs techniques et professionnels, pourtant porteurs d’emplois, attirent encore trop peu d’étudiants ou manquent d’infrastructures adaptées.


Le résultat est sans appel. Une armée de diplômés arrive chaque année sur le marché du travail sans perspectives claires.


Le chômage des diplômés, un phénomène inquiétant


Dans les quartiers populaires de Libreville, il n’est pas rare de rencontrer des jeunes diplômés qui enchaînent les petits métiers pour survivre. Certains vendent des crédits téléphoniques, d’autres travaillent dans le transport informel ou restent totalement dépendants de leurs familles.


« J’ai une licence en droit depuis trois ans, mais je n’ai jamais travaillé dans mon domaine », confie un jeune diplômé rencontré à Akanda. Comme lui, ils sont nombreux à avoir perdu espoir dans les circuits traditionnels d’insertion professionnelle.


Selon plusieurs observateurs du marché de l’emploi, le taux de chômage des jeunes diplômés serait largement supérieur à la moyenne nationale. Une situation qui nourrit frustrations et désillusion.


Un décalage entre formation et besoins réels


L’un des problèmes majeurs reste le décalage entre les formations proposées et les besoins réels de l’économie gabonaise. Le pays cherche pourtant à diversifier son économie, longtemps dépendante du pétrole, du bois et des mines. Mais les universités semblent encore peu alignées sur cette transformation.


Les entreprises, elles, se plaignent régulièrement du manque de profils techniques qualifiés. Ingénieurs, techniciens spécialisés, informaticiens ou encore professionnels de la maintenance industrielle.


À l’inverse, les universités continuent de produire massivement des diplômés dans des filières généralistes. Ce déséquilibre crée une inadéquation structurelle entre l’offre et la demande d’emploi.


La Fonction publique, un débouché saturé


Pendant longtemps, la fonction publique gabonaise a été le principal débouché pour les diplômés. Mais aujourd’hui, elle ne peut plus absorber les flux importants de nouveaux sortants.


Les recrutements sont devenus rares, souvent gelés ou limités à des concours très sélectifs. Cette situation pousse de nombreux jeunes à se tourner vers le secteur informel ou à envisager l’émigration comme solution.


Pour beaucoup, la stabilité promise par l’État n’est plus qu’un souvenir d’une époque révolue.


L’entrepreneuriat : une alternative encore fragile


Face à la crise de l’emploi, l’entrepreneuriat est souvent présenté comme une solution. De nombreux programmes de soutien aux jeunes entrepreneurs ont vu le jour, avec des financements publics et privés.


Cependant, les obstacles restent nombreux : manque de capital de départ, difficultés d’accès au crédit, absence d’accompagnement durable et environnement économique encore contraignant.


Beaucoup de jeunes diplômés qui tentent l’aventure entrepreneuriale finissent par abandonner faute de moyens ou de rentabilité.


Une jeunesse en quête de repères


Cette crise de l’insertion professionnelle a des conséquences profondes sur la jeunesse gabonaise. Elle nourrit un sentiment de découragement, voire de perte de confiance envers les institutions éducatives.


Certains étudiants remettent même en question la pertinence de poursuivre des études longues. D’autres envisagent dès le départ des alternatives en dehors du système classique.


Pour les sociologues, cette situation pourrait, à long terme, fragiliser la cohésion sociale si des solutions structurelles ne sont pas rapidement mises en œuvre.


Quelles pistes pour sortir de l’impasse ?


Plusieurs pistes sont régulièrement évoquées pour améliorer l’employabilité des diplômés. Parmi elles, la réforme des curricula universitaires, avec une plus grande orientation vers les métiers techniques et professionnels.


Le renforcement des partenariats entre universités et entreprises est également considéré comme essentiel pour mieux adapter la formation aux réalités du terrain.


Enfin, la promotion de l’apprentissage, des stages professionnels et de l’alternance pourrait permettre de réduire le fossé entre formation et emploi.


Une urgence nationale


La situation des diplômés sans emploi n’est pas seulement un problème individuel. Elle constitue une véritable urgence nationale. Car derrière chaque jeune sans perspective se cache un potentiel inexploité pour le développement du pays.


Le Gabon, qui aspire à diversifier son économie et à renforcer son capital humain, ne peut faire longtemps la politique de l’autruche. 


 




Par Pamphil

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