BITAM, KAMGANG SYLVAIN, UN CÉLÈBRE TRADIPRATICIEN SE NOIE LORS D’UN RITUEL
À Avelemang, paisible localité du département du Ntem, près de Bitam, dans la province du Woleu-Ntem, le cours tranquille des eaux cache parfois des réalités plus sombres. Ce jour-là, Kamgang Sylvain, tradipraticien camerounais réputé dans certains cercles, s’est présenté au bord de la rivière Nyé, à sa jonction avec le fleuve Ntem. À ses côtés, une femme, témoin et actrice involontaire d’un drame annoncé.
Une mise en garde ignorée
Les riverains, fins connaisseurs des lieux, ont tenté de le dissuader. Ici, disent-ils, les eaux ne sont pas ordinaires. Elles obéissent à des forces anciennes, respectées de génération en génération. Mais l’homme, sûr de son savoir, n’a prêté aucune attention aux avertissements.
Le rituel de trop
Noix de cola, vin rouge, pièces de monnaie. Tous les éléments du rituel étaient réunis. Dans une atmosphère chargée d’incantations, Kamgang Sylvain s’est avancé dans l’eau. Les mots qu’il prononçait, incompréhensibles pour les témoins, semblaient appartenir à un registre ésotérique dont lui seul détenait les clés.
Puis, dans un geste déterminé, il s’est immergé.
Quelques secondes. Puis plus rien.
La surface s’est refermée sur lui, comme si la rivière elle-même avait décidé de garder son secret. Sa compagne, en difficulté, a été sauvée de justesse par des jeunes du village accourus à son secours.
Une nuit de recherches éprouvantes
Alertés, les habitants d’Avelemang se sont mobilisés jusqu’à une heure avancée de la nuit. Dans ces eaux connues pour leurs courants capricieux et leurs fonds traîtres, chaque minute comptait.
Le corps du tradipraticien ne sera repêché que tardivement, mettant un terme à l’espoir ténu de le retrouver vivant. Le silence pesant qui a suivi en disait long sur la stupeur collective.
Entre croyances et imprudence
La disparition de Kamgang Sylvain soulève de nombreuses interrogations. Tradipraticien expérimenté, il n’ignorait pas les risques liés aux rituels en milieu aquatique. Pourtant, aucun dispositif de sécurité n’avait été envisagé.
Plus troublant encore. Etranger à la localité, il aurait demandé les noms des défunts du village avant d’entamer ses incantations. Un geste perçu par certains comme une intrusion symbolique dans un espace spirituel qui ne lui appartenait pas.
Une tragédie aux leçons profondes
Au-delà de l’émotion, ce drame rappelle une vérité essentielle. La nature, tout comme le sacré, impose ses limites. Les pratiques traditionnelles, aussi respectables soient-elles, exigent prudence et humilité.
À Avelemang, les eaux du Nyé et du Ntem continueront de couler. Mais désormais, elles porteront aussi la mémoire d’un homme qui, en voulant dialoguer avec l’invisible, a peut-être franchi une frontière que nul ne traverse impunément.