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DU POISSON À LA PORTÉE DE TOUS LES GABONAIS : EN QUELLE ANNÉE CETTE PROMESSE SE RÉALISERA-T-ELLE ?

DU POISSON À LA PORTÉE DE TOUS LES GABONAIS : EN QUELLE ANNÉE CETTE PROMESSE SE RÉALISERA-T-ELLE ?
Poisson accessible au Gabon : promesse, défis et espoirs durables

Parler de « poisson à la portée de tous » au Gabon, c’est convoquer une promesse qui, à première vue, sonne comme un refrain déjà entendu. Depuis 2024, les nouvelles autorités martèlent cet objectif avec vigueur. Rendre accessible une ressource abondante dans un pays pourtant bordé par 885 kilomètres de côtes. Mais à bien y regarder, le scepticisme s’impose. Car au marché comme dans les quartiers populaires de Libreville, de Port-Gentil ou de Franceville, le poisson reste souvent un luxe, parfois hors de portée des bourses les plus fragiles.


Certes, des initiatives ont été lancées. Foires aux poissons, mercuriales des prix, annonces d’équipements pour les pêcheurs. Tout y est, du moins sur le papier. En juin 2024, une grande foire à Libreville promettait du poisson à prix cassé, avec des volumes impressionnants écoulés en quelques jours. Mais que reste-t-il une fois les chapiteaux démontés ? Le quotidien reprend ses droits, et avec lui les circuits informels, les intermédiaires et les fluctuations imprévisibles des prix.


Le projet « Gab Pêche », officialisé en août 2025, se veut la clé de voûte de cette ambition. Distribution de pirogues motorisées, kits de pêche, accompagnement des acteurs locaux. Le dispositif paraît structuré. Pourtant, sur le terrain, certains pêcheurs interrogés évoquent des lenteurs, voire des incertitudes quant à la réelle portée de ces mesures. Le chiffre de 2,4 tonnes de production lors d’une phase pilote en septembre 2025 peut difficilement rassurer dans un pays qui importe encore des dizaines de milliers de tonnes de poisson chaque année.


À cela s’ajoute une question lancinante. La volonté politique suffira-t-elle à inverser des décennies de dépendance aux importations et de domination étrangère du secteur et l’inaction du pouvoir déchu ? Rien n’est moins sûr. La dénonciation des accords de pêche avec l’Union européenne en juin 2025 marque une grande première audacieuse, mais risquée. Car reprendre le contrôle suppose aussi d’avoir les moyens humains, techniques et logistiques pour assumer cette souveraineté retrouvée.


Les axes du projet « Du poisson à la portée de tous »


Et pourtant, malgré ces doutes légitimes, des éléments invitent à nuancer le jugement. Car le projet « Du poisson à la portée de tous » ne se limite pas à une série d’annonces ponctuelles. Il s’inscrit dans une stratégie structurée autour de la souveraineté alimentaire et de la « gabonisation » du secteur halieutique. L’objectif est de réduire une dépendance estimée entre 25 000 et 70 000 tonnes d’importations annuelles. À ce titre, l’équipement progressif des pêcheurs locaux, avec à terme près de 700 pirogues prévues, pourrait transformer durablement la capacité de production nationale.


La régulation des prix : une mesure concrète contre la vie chère


La question des prix, elle aussi, connaît une tentative de régulation plus ferme. L’instauration d’une nouvelle  mercuriale et l’objectif symbolique d’un poisson à 1000 FCFA le kilogramme traduisent une volonté d’encadrer un marché longtemps livré aux spéculations. En ciblant les circuits de distribution et en limitant le rôle des intermédiaires, l’État cherche à rétablir un équilibre au bénéfice des consommateurs. Si cette régulation est maintenue et renforcée, pourrait-elle progressivement stabiliser les coûts ?


La modernisation de la filière : un impératif pour la durabilité


Mais l’un des leviers les plus déterminants réside dans la modernisation de la filière. L’inauguration en octobre 2025 du Centre d’appui à la pêche artisanale d’Omboué puis celui de Kango plus récemment marquent une avancée concrète. La question de la chaîne du froid, longtemps talon d’Achille du secteur, est enfin prise en compte. Glacières, unités de production de glace, infrastructures de stockage. Ces équipements sont essentiels pour éviter les pertes et garantir un approvisionnement régulier des marchés.


L’entrepreneuriat local : un moteur économique pour les jeunes et les femmes


Dans le même élan, l’accent mis sur l’entrepreneuriat local mérite attention. Les jeunes pêcheurs et les femmes mareyeuses sont désormais intégrés au cœur du dispositif. Grâce à l’appui de structures financières comme la BCEG (Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon), certains peuvent accéder au crédit et développer leurs propres activités. Ce basculement vers un modèle d’auto-entrepreneuriat pourrait, à moyen terme, redistribuer les cartes économiques dans le secteur.


La durabilité des ressources halieutiques : condition sine qua non du succès


La durabilité reste la condition sine qua non du succès. Le Gabon ne pourra rendre le poisson accessible à tous sans préserver ses ressources halieutiques. La lutte contre la pêche illicite, couplée à la stratégie « Gabon Bleu » et au développement de l’aquaculture, constitue un socle indispensable. Les ambitions d’autosuffisance à l’horizon 2026-2027 reposent précisément sur cet équilibre entre exploitation et préservation.


Alors, « du poisson à la portée de tous ». En quelle année ? Entre les intentions et la réalité, le chemin reste semé d’embûches. 

Par Pamphil

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