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POURQUOI LES CONSOMMATEURS D’ALCOOL ENCOURAGENT-ILS LES MINEURS À BOIRE AU GABON ?

POURQUOI LES CONSOMMATEURS D’ALCOOL ENCOURAGENT-ILS LES MINEURS À BOIRE AU GABON ?
Alcoolisme des mineurs au Gabon : causes, culture et responsabilités sociales

Dans de nombreux quartiers urbains comme ruraux du Gabon, il n’est pas rare de voir des adultes tendre une bouteille de bière à un adolescent, parfois en riant, parfois en lançant un défi. L’ivresse des mineurs, loin d’être perçue comme un danger, est souvent recherchée, voire encouragée. Ce phénomène interroge profondément. Pourquoi ceux qui devraient protéger encouragent-ils parfois l’excès ? Et pourquoi cette dérive semble-t-elle procurer une forme de réjouissance collective ?


La virilité construite par l’ivresse : « c’est ça être un homme »


Dans l’imaginaire social, boire beaucoup reste associé à la force et à la virilité. Tenir l’alcool devient un test informel de passage à l’âge adulte. Le jeune garçon qui boit sans tomber est applaudi, celui qui s’écroule est moqué, mais dans les deux cas, il est “initié”.


Cette logique transforme l’alcool en instrument de validation masculine. Celui qui “résiste” devient un modèle, celui qui dépasse les autres en consommation est presque élevé au rang de héros local. Les adultes, souvent eux-mêmes consommateurs réguliers, reproduisent ce schéma en pensant transmettre une forme de dureté nécessaire à la vie.


L’alcool comme ciment social : « c’est ça vivre bien »


Au Gabon, la convivialité est fortement associée à la bière et aux boissons fortement alcoolisées. Mariages, funérailles, fêtes de quartier, retrouvailles du week-end ou du soir, parfois entre midi et 14 heures, un rendez-vous entre deux amis pour échanger de tout et de rien. Presque tout événement social passe par la consommation d’alcool.


Dans ce contexte, encourager un jeune à boire n’est pas toujours perçu comme une transgression, mais comme un geste d’inclusion. L’ivresse devient même un sujet de rires, de récits et de souvenirs partagés. L’abstinence, elle, peut être interprétée comme une forme de distance sociale, de froideur, d’immaturité, d’incapacité ou d’inaptitude.


Cette banalisation est renforcée par la faible disponibilité d’alternatives culturelles et de loisirs structurés pour les jeunes, faisant du débit de boissons un espace central de sociabilité.


Le mimétisme et la démission éducative


L’un des moteurs les plus puissants de ce phénomène reste l’imitation. L’enfant ou l’adolescent grandit souvent dans un environnement où l’alcool est omniprésent, parfois même au sein du foyer. Il observe, reproduit, et cherche à être accepté par les aînés.


Dans la majorité des cas, les adultes ne jouent plus leur rôle de garde-fous, mais deviennent des “initiateurs”. Ils rient des excès, encouragent les défis, et valident l’ivresse comme une étape normale de la socialisation masculine. Cette démission éducative transforme un comportement à risque en rite ordinaire.


Entre lois existantes et tolérance sociale


Le paradoxe est saisissant. Alors que la loi interdit l’incitation des mineurs à l’alcool, la réalité sociale raconte une autre histoire. Les textes existent, mais leur application reste faible face à la force des habitudes culturelles et économiques.


L’alcool est aussi un secteur économique important, omniprésent dans la publicité et la vie urbaine. Cette visibilité constante contribue à normaliser sa consommation, y compris chez les plus jeunes. Par ailleurs, l’ivresse est souvent minimisée, comparée à d’autres substances jugées plus dangereuses, comme le cannabis ou les affres de Kobolos (Tramadol). Ce qui réduit la perception du risque.


Un miroir collectif à interroger


L’encouragement des mineurs à boire souvent jusqu’à l’ivresse est le reflet d’une construction sociale où virilité, convivialité et appartenance passent par l’alcool. L’ivresse du mineur ou du jeune est considérée comme une tradition festive et rarement comme une mise en danger de la jeunesse.


 

Par Pamphil

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