tvplusafrique

Politique

LE CONSEILLER LOCAL SOUS-ESTIMÉ : POUR UNE REVALORISATION URGENTE DE SON STATUT AU GABON

LE CONSEILLER LOCAL SOUS-ESTIMÉ : POUR UNE REVALORISATION URGENTE DE SON STATUT AU GABON
Revalorisation du statut des conseillers locaux au Gabon enjeu majeur

A observer les rouages de la démocratie gabonaise, il y a une évidence qui saute aux yeux. Le conseiller local gabonais demeure l’un des maillons les plus essentiels, mais paradoxalement les plus négligés de notre système institutionnel. Pourtant, sans lui, ni le développement des communes ni celui des départements ne pourrait suivre son cours normal. Il est temps de regarder la réalité en face et de poser les bases d’une réforme courageuse.


Un rôle central, souvent ignoré


Le conseiller local n’est pas un figurant de la vie politique. Il participe activement au vote et au contrôle du budget, à l’exécution des décisions prises en conseil, ainsi qu’aux délibérations sur les dossiers majeurs qui façonnent le quotidien des populations. Routes, écoles, centres de santé, gestion foncière. Autant de sujets où sa voix compte.


Contrairement à une idée répandue, son travail ne consiste pas uniquement à lever la main lors des sessions. En amont, il consulte, écoute, arbitre parfois. Sur le terrain, il fait remonter les préoccupations des citoyens et veille à la mise en œuvre effective des politiques publiques. En somme, il est un trait d’union indispensable entre l’administration et les populations.


Et pourtant, ce rôle stratégique ne trouve pas un écho à la hauteur dans son statut actuel.


Des conditions d’exercice en dégradation


Les contraintes qui pèsent sur les conseillers locaux sont de plus en plus lourdes. À mesure que les collectivités territoriales se voient confier davantage de responsabilités, les exigences envers ces élus augmentent. Mais dans le même temps, leurs conditions d’exercice se dégradent. “Le conseiller local doit être rémunéré chaque trimestre, qu'il y ait séance du conseil ou non.Il est un élu à part entière,au même titre que le maire ou le président du conseil départemental”


a déclaré le Dr Fernand Angoue Obame, acteur politique et conseiller municipal dans la commune d'Oyem. 


Le cadre statutaire, hérité d’une autre époque, apparaît aujourd’hui inadapté. Les textes encadrent strictement leurs actions, limitant parfois leur marge d’initiative, tandis que les attentes des populations, elles, ne cessent de croître.


Plus préoccupant encore, les indemnités allouées aux conseillers locaux demeurent faibles et irrégulières. Cette situation crée une forme d’injustice, mais aussi un déséquilibre dangereux. Comment exiger un engagement total lorsque les moyens ne suivent pas ?


Un système devenu obsolète


Il faut le dire sans détour. Le système actuel est obsolète. Il ne correspond plus à la réalité des missions confiées aux conseillers locaux. Dans un contexte où la décentralisation est censée être un levier de développement, maintenir ces élus dans une précarité relative relève d’un non-sens.


Le conseiller local doit être reconnu comme un élu à part entière, au même titre que le maire ou le président du conseil départemental. Cette reconnaissance ne doit pas être symbolique, mais concrète, traduite dans les textes et dans les faits.


Cela implique notamment une revalorisation indemnitaire et financière significative. Une rémunération trimestrielle, indépendante de la tenue effective des sessions, permettrait de stabiliser leur situation et de sécuriser leur engagement.


Revaloriser pour mieux servir


La revalorisation du statut du conseiller local au Gabon n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Elle repose sur un principe simple. Équilibrer les droits et les devoirs des élus.


D’un côté, il faut reconnaître les risques et les sacrifices liés à l’exercice du mandat. Car être conseiller local, c’est souvent renoncer à une partie de sa vie professionnelle, parfois même familiale. Les déplacements, les sollicitations constantes, les pressions politiques et sociales font partie du quotidien.


De l’autre, il convient de garantir des conditions compatibles avec une vie digne. Cela passe par une meilleure protection sociale, une clarification du cadre statutaire et une rémunération à la hauteur des responsabilités.


Adapter le statut aux exigences du moment


Le Gabon a ouvert une nouvelle page de son histoire en matière de gouvernance locale. Si le pays veut des collectivités territoriales efficaces, capables de répondre aux attentes des citoyens, il  doit adapter le statut des conseillers locaux aux exigences du moment.


Cela suppose une réforme en profondeur, pensée avec les principaux concernés. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter des indemnités, mais de repenser le rôle, les droits et les obligations de ces élus dans une logique de modernisation.


En valorisant le conseiller local, c’est toute la chaîne de décision publique que l’on renforce. C’est aussi un signal fort envoyé à la jeunesse. L’engagement politique local peut être reconnu, respecté et viable.


Une question de justice et d’efficacité


Au fond, la question est aussi celle de la justice. Peut-on continuer à exiger autant de ceux à qui l’on donne si peu ? Peut-on bâtir un développement local durable sur un socle aussi fragile ?


La réponse est non. Il est temps d’agir.


Revaloriser le statut du conseiller local, c’est investir dans la gouvernance de proximité. C’est donner aux communes et aux départements les moyens humains de leurs ambitions. C’est, enfin, réconcilier les citoyens avec leurs institutions à travers des élus mieux considérés, donc plus efficaces.


Le Gabon gagnerait à franchir ce pas. Sans tarder.


 


 




Par Pamphil

Top Articles