VIN DE PALME: ENTRE BOUTEILLES RECYCLÉES ET MANQUE D’HYGIÈNE, LES QUESTIONS DEMEURENT
L’interdiction récente par l’AGASA de plusieurs produits artisanaux comme le bissap, le gingembre, le lait caillé ou encore les glaces conditionnées dans des bouteilles recyclées a suscité de nombreuses réactions au sein de la population gabonaise.
Mais une question revient avec insistance , qu’en est-il du vin de palme ?
Dans plusieurs quartiers, villages et marchés, cette boisson traditionnelle est souvent vendue dans des bouteilles déjà utilisées, récupérées ici et là, parfois simplement rincées avant d’être remplies à nouveau. Pourtant, derrière cette pratique très répandue, de nombreuses interrogations sanitaires existent réellement.
Qui peut garantir l’état de propreté de ces bouteilles ?
Ont-elles été correctement désinfectées ?
Dans quelles conditions sont-elles stockées avant réutilisation ?
Les vendeurs prennent-ils toujours les précautions d’hygiène nécessaires avant la manipulation du produit ?
Ces questions ne sont pas anodines.
Le processus de fabrication du vin de palme lui-même mérite également réflexion. Les outils utilisés pour récolter la sève sont-ils régulièrement nettoyés ou stérilisés ? Les récipients servant au transport sont-ils protégés contre les bactéries, les poussières ou les insectes ? Dans certains cas, la récolte et la mise en bouteille se font dans des conditions très précaires, sans contrôle sanitaire réel.
Il faut aussi avoir le courage de parler des réalités du terrain. Certains manipulateurs travaillent parfois sans équipements adaptés, sans lavage régulier des mains, exposés à la transpiration, à la chaleur et aux contaminations extérieures. Cela ne signifie pas que tous les producteurs sont négligents. Beaucoup travaillent sérieusement et avec propreté. Mais l’absence de contrôle généralisé laisse place à de nombreux risques.
Le problème soulevé aujourd’hui n’est donc pas une attaque contre une boisson traditionnelle profondément ancrée dans la culture gabonaise. Le véritable débat concerne avant tout la santé publique et les normes d’hygiène appliquées à tous les produits consommés par la population.
Si certaines boissons artisanales sont interdites pour des raisons sanitaires, alors la question de la surveillance du vin de palme mérite également d’être posée avec sérieux, objectivité et équité. Les consommateurs ont le droit de savoir dans quelles conditions les produits qu’ils boivent sont préparés, conservés et commercialisés.
Au-delà des interdictions, beaucoup estiment qu’il serait plus utile de renforcer l’accompagnement des petits producteurs , sensibilisation à l’hygiène, accès à des emballages sûrs, formations sanitaires et contrôles réguliers. Car protéger la santé publique ne doit pas seulement passer par la répression, mais aussi par l’éducation et l’amélioration des pratiques.
Aujourd’hui, une chose est certaine , les consommateurs veulent plus de transparence, plus de sécurité et des réponses concrètes sur des pratiques qui existent depuis longtemps, mais dont les risques sont rarement discutés publiquement.