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CEMAC: DE L’ÉCOLE À LA RUE, LE PARCOURS DES DIPLÔMÉS

CEMAC: DE L’ÉCOLE À LA RUE, LE PARCOURS DES DIPLÔMÉS
Chômage des jeunes diplômés en CEMAC : défis et solutions pour l'avenir économique

Dans la zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale), qui regroupe six pays, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale, la République Centrafricaine (RCA) et le Tchad, le parcours des jeunes diplômés se révèle souvent aussi ardu qu’une bataille perdue d’avance. Après des années d’efforts, de sacrifices et de travail acharné pour décrocher un diplôme, ils se retrouvent confrontés à une réalité cruelle. Celle du chômage de masse. Au cœur de cette zone riche en ressources naturelles, où les économies sont en pleine croissance, les jeunes diplômés sont toujours exclus du marché de l’emploi, malgré la promesse d’un avenir meilleur.


Les chiffres sont accablants. Selon un rapport de la Banque Mondiale de 2022, le taux de chômage dans la région est particulièrement élevé chez les jeunes, atteignant près de 30% dans certains pays, avec des perspectives qui ne s'améliorent guère. Les jeunes diplômés, pourtant porteurs de savoir-faire et d’espoir, se retrouvent coincés dans un cycle vicieux où l’accès à l’emploi semble aussi incertain que leur avenir.


Le fossé entre la formation académique et le marché de l’emploi


La formation académique dans les pays de la CEMAC, bien qu’en constante évolution, n’est souvent pas alignée avec les réalités du marché du travail. Les universités et écoles supérieures produisent des diplômés qui, pour la plupart, se heurtent à un marché du travail saturé et peu flexible. Le système éducatif privilégie encore des formations théoriques, souvent déconnectées des besoins réels des entreprises.


Au Cameroun, par exemple, les formations en ingénierie ou en sciences sociales sont abondantes, mais les secteurs où ces compétences seraient utiles, comme l’industrie, l’agriculture moderne, ou la technologie, manquent de débouchés. En 2021, seulement 10% des diplômés en ingénierie ont trouvé un emploi dans leur domaine au Cameroun, un chiffre qui témoigne de la déconnexion entre l’offre et la demande. La situation est similaire en République Centrafricaine et au Tchad, où le manque d'infrastructures et de secteurs développés freine l’intégration professionnelle des jeunes diplômés.


Le manque d'opportunités : un cercle vicieux difficile à briser


Le système économique des pays de la CEMAC, centré sur les ressources naturelles, ne parvient pas à diversifier suffisamment ses secteurs de production pour offrir des emplois durables à une population jeune et en croissance. Le chômage des jeunes est exacerbé par une économie informelle omniprésente mais peu rémunératrice, où les diplômés se retrouvent souvent contraints de prendre des emplois précaires, non qualifiés et mal rémunérés. En 2020, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) estimait que plus de 70% des jeunes dans la région travaillaient dans le secteur informel, sans stabilité, sans couverture sociale et sans aucune perspective de carrière à long terme.


Le Gabon, par exemple, qui profite des revenus issus du pétrole, se trouve dans une situation paradoxale. Ll'économie étant largement dominée par le secteur extractif, très peu de jeunes diplômés trouvent une place dans des entreprises locales. D’un côté, les multinationales privilégient des experts étrangers, et de l’autre, l’État ne parvient pas à créer assez d’emplois pour ses jeunes.


Les promesses des gouvernements : un espoir illusoire ?


Face à ce phénomène alarmant, les gouvernements des pays de la CEMAC ont multiplié les discours sur la création d’emplois pour la jeunesse. Des initiatives telles que les programmes de financement des petites entreprises ou les aides à l’emploi ont vu le jour. Le Tchad, par exemple, a lancé un programme d’encouragement à la création d’entreprises pour les jeunes diplômés en 2022. Le gouvernement a promis une aide financière de 50 millions de CFA pour les projets d’entreprise portés par des jeunes. Cependant, ces initiatives restent ponctuelles et souvent insuffisantes. En 2023, le nombre de jeunes bénéficiaires de ces programmes était inférieur à 5% des jeunes diplômés dans la région.


La promesse de « jeunes leaders », porteurs de projets innovants et transformateurs, a du mal à se concrétiser. Beaucoup de ces projets restent en suspens faute de financement adéquat, de formation à l’entrepreneuriat, et de soutien logistique. De plus, la corruption, les lourdeurs administratives et les conditions politiques instables n'aident pas les jeunes diplômés à créer des entreprises viables. Ainsi, malgré la volonté affichée, les actions concrètes des gouvernements restent largement insuffisantes.


Un secteur privé peu enclin à embaucher des jeunes diplômés


Le secteur privé, quant à lui, reste une option peu attractive pour la majorité des jeunes diplômés. Bien que la région CEMAC dispose de grandes entreprises, notamment dans les secteurs pétrolier, minier et des télécommunications, ces dernières privilégient souvent l’embauche d’experts étrangers ou expérimentés plutôt que des jeunes diplômés locaux. Le manque d’expérience, souvent exigé par les employeurs, devient un frein supplémentaire, créant ainsi un cercle vicieux où les jeunes diplômés ne peuvent pas obtenir d’emploi sans expérience, mais ne peuvent acquérir cette expérience qu’en travaillant.


Le Congo, un autre membre de la CEMAC, incarne ce problème. Si le pays est riche en ressources naturelles, notamment en pétrole, très peu de jeunes diplômés trouvent un emploi dans ces secteurs. Le paradoxe est que ces jeunes sont souvent jugés trop « jeunes » et « inexpérimentés » pour postuler à ces emplois, mais leur manque de savoir-faire pratique dans ces industries leur ferme également la porte du marché.


Vers des solutions possibles : comment inverser la tendance ?


Le constat est cinglant. Le chômage des jeunes diplômés dans la CEMAC est une bombe à retardement qui menace l’avenir économique et social de la région. Pourtant, des solutions existent. Les gouvernements, les investisseurs et les décideurs doivent revoir leur approche.


D’abord, l’adaptation du système éducatif aux réalités du marché est essentielle. Cela passe par une refonte des formations, en se concentrant davantage sur les secteurs porteurs comme les technologies de l’information, l’agriculture durable et les énergies renouvelables. Ensuite, un soutien réel à l’entrepreneuriat des jeunes diplômés est crucial, avec des programmes de mentorat et des financements accessibles.


Les jeunes diplômés de la CEMAC ne demandent pas de promesses creuses, mais des actions concrètes qui leur donneront enfin une chance de réussir dans leur propre pays.






Par Pamphil

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