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LE NOUVEAU MOTEUR

LE NOUVEAU MOTEUR
Mines au Gabon : le secteur qui transformera l’économie nationale durablement

Pendant plus de cinquante ans, le pétrole a porté l’économie gabonaise, financé les grands projets publics et assuré l’essentiel des recettes de l’État. Mais les temps changent. La baisse progressive de la production pétrolière oblige désormais le Gabon à accélérer sa diversification économique. Dans cette nouvelle stratégie nationale, les mines apparaissent comme le principal relais de croissance.


Le gouvernement gabonais affiche une ambition lancinate. Faire passer la contribution du secteur minier au Produit intérieur brut de 6 % aujourd’hui à près de 25 % d’ici 2030. Cette orientation marque un nouveauté historique pour le pays, qui veut désormais bâtir son avenir économique autour du manganèse, du fer et d’autres ressources stratégiques. Les données sur la place actuelle des mines dans l’économie gabonaise sont confirmées par plusieurs analyses économiques internationales, notamment celles de la Banque mondiale et des institutions partenaires. 


Pour convaincre les investisseurs et rassurer les partenaires internationaux, l’État gabonais prépare également une profonde transformation du cadre minier, avec des investissements massifs dans les infrastructures, la recherche géologique et la transformation locale des minerais.


Le manganèse, pilier de la nouvelle stratégie économique


Le Gabon reste aujourd’hui le deuxième producteur mondial de manganèse. Ce minerai stratégique, indispensable à l’industrie sidérurgique et aux nouvelles technologies, constitue déjà la principale richesse minière du pays.


À Moanda, la COMILOG, filiale du groupe français Eramet et de l’État gabonais, continue de dominer le secteur avec une production estimée à près de 10 millions de tonnes en 2024. D’autres entreprises renforcent progressivement leur présence, notamment Nouvelle Gabon Mining, soutenue par des capitaux indiens, ainsi que la société chinoise CICMHZ dans la région de Ndjolé.


Mais désormais, le Gabon ne veut plus simplement exporter du minerai brut. Le gouvernement a pris une décision majeure. A partir du 1er janvier 2029, l’exportation du manganèse brut sera interdite. L’objectif est de pousser les opérateurs miniers à transformer localement le minerai afin de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.


Cette stratégie vise notamment la production de silicomanganèse, de ferroalliages et même de composants destinés aux batteries industrielles. Derrière cette orientation se cache une volonté politique forte. Industrialiser enfin le secteur minier gabonais et créer des emplois qualifiés pour la jeunesse.


Baniaka et Belinga, les deux grands paris du fer gabonais


Si le manganèse reste la locomotive actuelle, c’est surtout le fer qui pourrait transformer profondément l’économie gabonaise dans les prochaines années.


Le premier projet majeur est celui de Baniaka. L’exploitation commerciale du gisement doit officiellement débuter en 2026 sous la conduite du groupe Genmin. La phase initiale prévoit une production annuelle de 5 millions de tonnes.


Le second chantier, beaucoup plus ambitieux, concerne Belinga dans la province de l’Ogooué Ivindo. Ce gigantesque gisement est souvent présenté comme le projet minier du siècle pour le Gabon.


Le projet est piloté par Ivindo Iron, une coentreprise réunissant le groupe australien Fortescue et l’État gabonais. Depuis deux ans, les campagnes de forage se multiplient afin de préparer l’exploitation industrielle attendue autour de 2030.


Belinga représente un défi colossal. Le minerai est abondant et de haute qualité, mais son évacuation nécessite des infrastructures gigantesques. Le futur corridor Belinga Mayumba prévoit ainsi la construction d’un chemin de fer minéralier de près de 972 kilomètres relié à un futur port en eau profonde à Mayumba. Le coût global du projet est estimé à plus de 11 500 milliards de FCFA.


Le Transgabonais au cœur de la bataille logistique


Aucun développement minier n’est possible sans infrastructures solides. Le gouvernement l’a compris et mise fortement sur la modernisation du Transgabonais.


L’État gabonais, avec l’appui de partenaires internationaux comme l’Agence française de développement et l’Union européenne, a mobilisé plus de 133 milliards de FCFA pour moderniser la voie ferrée reliant Franceville à Owendo.


L’objectif est de faire passer les capacités de transport de 9 à 21 millions de tonnes par an d’ici 2029. Cette modernisation doit permettre d’absorber les futurs volumes de manganèse et de fer produits par les différents opérateurs miniers.


Le minerai de Baniaka utilisera d’ailleurs dans un premier temps cette infrastructure existante avant l’arrivée éventuelle de nouveaux corridors spécialisés.


Une explosion du budget minier


La volonté politique de faire des mines le nouveau moteur économique du Gabon se traduit aussi dans les chiffres budgétaires.


Le projet de loi de finances 2026 prévoit une hausse spectaculaire du budget du ministère des Mines et des Ressources géologiques. Celui ci passera de 4,56 milliards de FCFA en 2025 à plus de 68 milliards de FCFA en 2026.


Cette augmentation de plus de 1300 % doit financer plusieurs priorités stratégiques.


Le gouvernement veut accélérer la recherche géologique nationale afin d’identifier de nouveaux gisements d’or, de terres rares et d’autres minerais stratégiques.


Plus de 244 missions de contrôle sont également prévues sur le terrain afin de renforcer la surveillance du secteur et améliorer la gouvernance minière.


Parallèlement, plusieurs textes réglementaires doivent être finalisés pour clarifier davantage le code minier et rassurer les investisseurs internationaux.


Des milliers d’emplois attendus


Au-delà des chiffres macroéconomiques, le secteur minier est surtout présenté comme un levier majeur de lutte contre le chômage des jeunes.


Le projet Belinga pourrait générer environ 9 000 emplois pendant la phase de construction et près de 3 500 emplois directs durant l’exploitation.


Dans la Nyanga, d’autres projets miniers sont également annoncés avec des perspectives de création de plus de 7 000 emplois directs et indirects.


La transformation locale des minerais devrait aussi permettre l’émergence de nouveaux métiers industriels dans les domaines de la métallurgie, de la maintenance industrielle, de la logistique ou encore de la chimie minérale.


Des partenariats de formation sont déjà engagés avec certains groupes internationaux afin de former les jeunes gabonais aux compétences techniques nécessaires.


Une transition économique sous surveillance


Cette nouvelle orientation économique suscite évidemment beaucoup d’espoirs, mais aussi plusieurs interrogations.


Les institutions internationales rappellent régulièrement que le Gabon reste fortement dépendant des matières premières et exposé aux fluctuations des marchés mondiaux. La Banque mondiale souligne notamment la nécessité d’une meilleure diversification et d’une gestion rigoureuse des revenus extractifs. (Banque Mondiale)


Le Fonds monétaire international insiste également sur l’importance de préserver les équilibres budgétaires tout en accélérant les investissements productifs. (gabon-newsroom.com)


Le défi environnemental sera également immense, notamment dans les zones forestières sensibles de Belinga et de l’Ogooué Ivindo.


Mais une chose est désormais certaine : le Gabon entre progressivement dans une nouvelle ère économique. Après des décennies dominées par le pétrole, les mines apparaissent aujourd’hui comme le nouveau cœur stratégique de la croissance nationale.


Sources internationales :


Banque mondiale sur l’économie gabonaise


FMI et perspectives économiques du Gabon

Par Pamphil

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