AU GABON, LA MULTIPLICATION DES TAXES
La sécurisation juridique et la fin de la parafiscalité sauvage
Les petites et moyennes entreprises (PME) ont longtemps étouffé sous le poids de contrôles abusifs et de taxes non prévues par la loi. Pour y remédier, les autorités ont retiré le pouvoir de collecte à plusieurs structures sectorielles (comme l'AGASA ou l'AGANOR). Le Trésor public est désormais l'unique entité habilitée à percevoir les recettes. Cette centralisation doit s'accompagner d'une stricte sécurisation juridique. Limiter le pouvoir discrétionnaire des agents de contrôle est indispensable pour éradiquer définitivement les prélèvements arbitraires et restaurer la confiance des investisseurs.
L'élargissement de l'assiette pour réduire la pression sur le secteur formel
La hausse des objectifs budgétaires de l'État accentue la pression fiscale sur un nombre réduit d'acteurs. Le secteur formel subit l'essentiel de la charge financière, ce qui nuit à sa compétitivité régionale. L'enjeu ne consiste pas à augmenter les taux d'imposition, mais à élargir l’assiette fiscale. En intégrant progressivement le vaste secteur informel gabonais dans le circuit officiel, l'État pourra répartir plus équitablement la charge et soulager les entreprises structurées.
La rationalisation et l'évaluation des exonérations fiscales
Pour stimuler l'économie, les récentes lois de finances ont introduit de nouvelles exonérations, notamment dans les secteurs stratégiques du tourisme et de l'hôtellerie. Si ces incitations sont louables, elles doivent être évaluées avec rigueur. Une rationalisation des dépenses fiscales permettra de maintenir les avantages ciblés qui créent de l'emploi, tout en supprimant les niches fiscales inefficaces qui privent l'État de ressources cruciales pour le développement des infrastructures.
La modernisation et la transition vers une fiscalité verte
Le Gabon se positionne comme un leader de la préservation environnementale en Afrique centrale. Cette ambition implique l'intégration d'instruments de fiscalité verte pour encourager les pratiques durables. Toutefois, cette transition écologique ne doit pas se transformer en une couche fiscale punitive supplémentaire. Les nouvelles contributions environnementales doivent être compensées par des mécanismes d'allègement ou de super-déduction pour les entreprises qui investissent dans la décarbonation.
L'optimisation des délais de paiement et de la trésorerie des PME
Le climat des affaires ne dépend pas uniquement de ce que l'entreprise paie, mais aussi de ce qu'elle perçoit. Les retards de paiement de la commande publique asphyxient la trésorerie des PME gabonaises. Parallèlement aux réformes fiscales, l'État doit garantir un apurement régulier de sa dette intérieure. Un meilleur appariement entre la collecte de l'impôt et le règlement des fournisseurs publics est le levier le plus rapide pour réinjecter de la liquidité dans l'économie réelle.
L'institutionnalisation d'un dialogue public-privé transparent
Les réformes les plus efficaces sont celles co-construites avec les utilisateurs du système. Le dialogue permanent entre l'administration fiscale et les représentants du patronat, notamment la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG), doit être pérennisé. Ce cadre de concertation permet d'ajuster les politiques fiscales en temps réel, de corriger les effets pervers des nouvelles réglementations et de s'assurer que les réalités du terrain sont prises en compte avant le vote des lois de finances.
L'alignement fiscal sur les objectifs de diversification hors hydrocarbures
Pour réduire sa dépendance historique au pétrole, le Gabon doit attirer des Investissements Directs Étrangers (IDE) vers de nouveaux horizons. L'agro-industrie, le "Gabon vert" (filière bois) et le "Gabon bleu" (pêche et ressources maritimes). La fiscalité doit devenir un outil d'attractivité géostratégique. Des régimes fiscaux simplifiés, stables et incitatifs dans ces secteurs hors pétrole permettront de consolider la position du pays comme le pôle d'investissement le plus sûr de la sous-région.
La centralisation des recettes au Trésor public marque le début d'une nouvelle ère pour la gouvernance gabonaise. Cependant, pour que le secteur privé devienne le véritable moteur de la croissance, l'État doit transformer sa perception de l'impôt. Celui-ci ne doit plus être un outil de prélèvement punitif, mais un levier d'incitation économique et de partenariat durable.