RÉFORME DES JEUX D’ARGENT AU GABON : LA GDJ SOUS LE FEU DES CRITIQUES
Alors que l’Assemblée nationale examine la réforme du secteur des jeux de hasard, la création de la Gabonaise des Jeux (GDJ) suscite davantage d’interrogations que de certitudes. Présentée comme un outil de modernisation et de moralisation du secteur, cette nouvelle structure publique est aujourd’hui au centre de nombreuses critiques portant sur son fonctionnement, son cadre juridique et son impact économique.
L’objectif affiché par les autorités est pourtant clair , renforcer la transparence, améliorer la traçabilité des flux financiers et lutter contre l’informel afin de maximiser les recettes fiscales. Un consensus existe sur la nécessité d’un meilleur encadrement d’un marché générant d’importants revenus.
Cependant, plusieurs mois après son lancement, la mise en œuvre de la réforme semble plus complexe que prévu. De nombreux opérateurs attendent toujours leurs licences définitives, leurs conventions d’exploitation et leurs cahiers des charges. Les professionnels dénoncent également un alourdissement significatif des charges, avec des licences exigées pour chaque activité et chaque site, une ponction mensuelle estimée à 30 % du chiffre d’affaires ainsi qu’une centralisation des recettes via la GDJ avant leur redistribution.
À ces contraintes s’ajoutent la hausse des coûts liés aux opérations de paiement (« cash in/cash out ») et l’annulation de certaines licences délivrées en 2022 pour une durée de cinq ans. Pour plusieurs investisseurs, ces mesures créent une insécurité juridique susceptible de freiner les investissements dans le secteur.
La centralisation des flux et des décisions constitue également un point de friction majeur. Des acteurs du secteur évoquent des lenteurs administratives, des retards dans le paiement des gains et des difficultés de réconciliation comptable. Dans un environnement où la rapidité des transactions est essentielle, la concentration des fonctions de régulation, de supervision et de gestion financière au sein d’une même entité soulève des interrogations quant à l’efficacité du dispositif.
Autre sujet de préoccupation , la place accordée aux entreprises gabonaises. Alors que certaines sociétés locales avaient développé des solutions adaptées au marché national, plusieurs observateurs constatent la montée en puissance de prestataires étrangers, notamment sénégalais, sur des fonctions jugées stratégiques. Une situation perçue par certains comme contraire aux ambitions affichées en matière de contenu local et de souveraineté numérique.
Pour de nombreux acteurs, l’enjeu dépasse désormais le simple vote des textes. La réussite de la réforme dépendra de la capacité de la GDJ à instaurer un cadre stable, transparent et prévisible. Selon l’internaute Serge Tinga, « les procédures évolutives, les calendriers flous et la communication limitée alimentent la méfiance ». Il dénonce également une forme de « parafiscalité » caractérisée par l’accumulation de commissions et de retenues dont la lisibilité reste insuffisante.
À l’heure où les députés poursuivent l’examen de la réforme, le défi pour les autorités sera de rassurer les opérateurs tout en garantissant une régulation efficace et durable du secteur des jeux d’argent au Gabon.