TRAQUE DES ENFANTS FICTIFS
Une flambée des dépenses sous surveillance
L’alerte est venue du ministère des Finances. Selon les chiffres officiels, les allocations familiales représentent près de 3 milliards de francs CFA chaque mois, une enveloppe dont l’évolution récente a éveillé les soupçons des services de contrôle.
Pour enrayer cette dérive, le gouvernement exige désormais la présentation d’actes de naissance et de certificats de vie collective. Cette opération vise à identifier les bénéficiaires ayant effectué des déclarations frauduleuses et à mettre fin aux paiements indus qui fragilisent les finances publiques.
Des anomalies qui interpellent
Les premières investigations ont mis en lumière des pratiques qualifiées d'inquiétantes. Outre les doubles déclarations d’enfants, les contrôleurs ont relevé des incohérences dans plusieurs dossiers. Certains présentent des écarts d’âge incompatibles au sein d’une même fratrie, tandis que d’autres font état de naissances multiples particulièrement improbables, allant jusqu’aux « nonuplés ».
Pour les autorités, ces anomalies traduisent l’existence d’un système de fraude organisé. L’État entend non seulement assainir son fichier des bénéficiaires, mais également récupérer les sommes versées de manière indue.
Une réforme saluée, mais jugée incomplète
Si cette opération traduit la volonté du gouvernement de renforcer la transparence dans la gestion des fonds publics, elle suscite des réserves au sein de l’opposition. Des responsables politiques, parmi lesquels Cabral Libii (PCRN) et Hermine Patricia Tomaïno Ndam Njoya (UDC), estiment que la lutte contre les « enfants fictifs » ne saurait se limiter à une simple vérification administrative des fonctionnaires.
Selon eux, le véritable défi réside dans les faiblesses persistantes de l’état civil camerounais, où la corruption favoriserait l’obtention d’actes de naissance de complaisance. Ils plaident pour une digitalisation complète des registres et un croisement systématique des données afin de réduire durablement les risques de fraude.
Au-delà de l’audit en cours, cette opération « mains propres » pose ainsi la question plus large de la modernisation de l’administration et de la crédibilité des mécanismes de contrôle des finances publiques.