WILLY MENGUE EXCLU DU MRC
Un véritable coup de tonnerre qui révèle des fractures profondes au sein d'une formation politique appelée à jouer un rôle majeur lors des prochaines échéances électorales.
Une sanction disciplinaire aux lourdes conséquences
Le Comité national de médiation et d'arbitrage (CNMA) a prononcé, le 29 juin 2026, l'exclusion définitive de Willy Mengue pour
« violation répétée du devoir de loyauté »
Quelques jours plus tard, le Directoire national, réuni au siège du parti à Yaoundé, a entériné cette décision à l'unanimité.
Ancien responsable du MRC et communicant reconnu, Willy Mengue s'était progressivement imposé comme l'une des voix les plus critiques de la direction conduite par Maurice Kamto. Ses nombreuses interventions dans les médias avaient mis en lumière des divergences de plus en plus visibles au sein de la formation politique.
Le CNMA lui reproche notamment d'avoir contesté la légitimité des dirigeants issus de la Convention du 21 décembre 2025, d'avoir affirmé qu'il existait
« deux MRC »
d'avoir qualifié le parti de
« tribaliste »
et d'avoir publiquement appelé à la démission de Maurice Kamto.
Selon les responsables du parti, l'intéressé avait été invité à présenter sa défense dans un délai de quatre jours. En l'absence de réponse, la procédure disciplinaire s'est poursuivie jusqu'à son terme.
Une contestation qui prend le chemin des tribunaux
L'affaire est désormais loin de se limiter au terrain politique. Willy Mengue, accompagné de Laure Noutchang et d'un autre militant, a décidé de porter le combat devant le Tribunal de première instance d'Ekounou.
Les requérants ont introduit deux référés d'heure à heure afin de contester la légitimité de Maurice Kamto. Ils demandent notamment au juge d'interdire à ce dernier de s'exprimer au nom du MRC, d'annuler les décisions prises sous sa direction et de désigner un administrateur provisoire chargé de conduire les affaires du parti.
Au cœur de leur argumentation figure une question juridique majeure. Les plaignants soutiennent que Maurice Kamto aurait quitté le MRC en juin 2025 pour rejoindre le MANIDEM dans le cadre de l'élection présidentielle. Selon eux, cette décision aurait créé une vacance de pouvoir, rendant irrégulière la Convention extraordinaire du 21 décembre 2025 qui l'a confirmé à la présidence du parti.
L'audience prévue le 9 juillet est donc suivie avec une attention particulière par les observateurs de la vie politique camerounaise.
Le MRC contre-attaque
Face à cette offensive judiciaire, la direction du MRC affiche sa sérénité. Son secrétaire national chargé des affaires juridiques, Me Roland Dieuwou, rejette catégoriquement les arguments avancés par les dissidents.
L'avocat estime que la procédure engagée repose sur une interprétation erronée des textes du parti. Il rappelle que le Directoire avait déjà considéré, dès le 21 juillet 2025, que la démission de Maurice Kamto
« n'entre pas dans les prévisions de l'article 68(2) du règlement intérieur ».
Cette position avait ensuite été confirmée par le Conseil national du 6 septembre 2025, qui avait validé le retour de Maurice Kamto à la tête du MRC.
Pour Me Dieuwou, les recours déposés devant la justice ne résistent donc pas à l'analyse juridique. Avec une formule devenue virale, il a lancé aux contestataires.
« Allez chercher autre chose ! »
estimant que les textes internes du parti suffisent à tordre le coup aux accusations d'illégitimité.
Une opposition fragilisée à l'approche des élections
Au-delà du cas personnel de Willy Mengue, cette crise met en lumière les tensions qui traversent aujourd'hui le principal parti d'opposition au Cameroun.
Le MRC tente de préserver son unité alors que le pays s'apprête à vivre une séquence électorale déterminante. Mais les divisions internes risquent d'affaiblir sa crédibilité auprès d'un électorat qui attend davantage de cohésion que de règlements de comptes.
Pour certains militants, les sanctions disciplinaires traduisent une volonté de restaurer l'autorité de la direction. D'autres y voient, au contraire, le symptôme d'un malaise plus profond, marqué par des divergences sur la gouvernance du parti et sur son fonctionnement démocratique.
Une bataille décisive pour l'avenir du parti
Le rendez-vous judiciaire pourrait désormais peser lourd sur l'avenir du MRC. Si les requérants obtenaient gain de cause, c'est toute l'architecture institutionnelle du parti qui pourrait être remise en question, avec des conséquences politiques majeures à quelques mois des scrutins.
À l'inverse, une victoire judiciaire de Maurice Kamto conforterait son autorité et celle de son équipe dirigeante. Mais même dans cette hypothèse, les blessures laissées par cette crise seront difficiles à refermer.
L'exclusion de Willy Mengue apparaît ainsi comme bien plus qu'une simple sanction disciplinaire. Elle symbolise une lutte d'influence qui oppose deux visions de l'avenir du MRC. Dans un contexte politique où l'opposition cherche à renforcer sa capacité de mobilisation, cette guerre interne constitue un défi majeur.