BELLE-VUE 2 DANS LA TOURMENTE

À Belle Vue 2, quartier du 3e arrondissement de Libreville, chaque averse est redoutée comme une malédiction. Les fortes pluies qui s’abattent régulièrement sur la capitale gabonaise plongent cette zone dans un chaos insoutenable. Inondations, pertes matérielles, risques sanitaires : les habitants vivent un véritable cauchemar à ciel ouvert. Désemparés, ils ne savent plus à quel saint se vouer, pris en étau entre les promesses non tenues des autorités et l’incivisme de certains riverains.
Ambroise Mbadji, résident de longue date, décrit une situation dramatique :
« Lorsqu’il pleut, toute la zone est inondée. L’eau arrive jusqu’aux fenêtres. On perd les congélateurs, les meubles, tout. Personne ne vient à notre secours »
Les sinistrés paient un lourd tribut à chaque pluie, réduits à essuyer les plâtres de décennies d’urbanisation anarchique et d’abandons successifs.
La cause première ? Un réseau d’évacuation squelettique, incapable d’absorber les flots de la saison des pluies. Pire encore, certains habitants jettent leurs déchets dans les caniveaux, aggravant les obstructions. Érik Nziengui, visiblement excédé, explique:
« Regardez toutes ces bouteilles, elles viennent du haut du quartier. On a dû installer des grilles pour éviter qu’elles ne bouchent tout. Franchement, on nous a fait voir de toutes les couleurs »
L’exaspération est d’autant plus grande que des projets d’aménagement avaient été annoncés par le gouvernement en 2014, notamment sous l’impulsion d’Alain Claude Bilie-By-Nze. Mais aujourd’hui, ces projets semblent relégués aux oubliettes.
« On devait élargir les caniveaux comme à Batavéa. Cela permettrait aux eaux de circuler normalement. Mais ce projet a accouché d’un éléphant blanc »
déplore encore Nziengui.
À Belle Vue 2, la population vit sur des charbons ardents. Chaque orage devient une épreuve, chaque averse un sacrifice chèrement payé. Les autorités actuelles sont appelées à sortir de l’indifférence pour ne pas laisser les riverains continuer à avaler des couleuvres.
« Ce quartier souffre, mais jusqu’à quand ? »
s’interroge un habitant. Aujourd’hui, il est urgent de relancer un projet d’assainissement digne de ce nom, car trop nombreux sont ceux qui ont déjà payé les pots cassés.