SUSPEND
Dans une décision aussi brutale qu'inédite, la junte militaire au pouvoir au Mali a annoncé mercredi 7 mai 2025 la suspension immédiate, « jusqu’à nouvel ordre », de toutes les activités des partis politiques et des associations à caractère politique sur l’ensemble du territoire national. Le décret, signé par le chef de la transition, le colonel Assimi Goïta, a été lu solennellement à la radiotélévision nationale. La justification officielle : des « raisons d’ordre public ».
Le texte est sans équivoque. Il s’applique non seulement aux formations politiques reconnues, mais également à toute organisation se réclamant d’une action ou d’un discours politique, élargissant considérablement la portée de cette interdiction. Une mesure radicale qui, de fait, muselle l’opposition malienne déjà fragilisée par des années de répression progressive.
Ce décret intervient dans un contexte de tensions politiques grandissantes. Une manifestation d’opposition est prévue pour le vendredi 9 mai 2025, à l’appel d’une coalition de partis politiques mobilisés contre la possible dissolution de leurs organisations et pour un retour à l’ordre constitutionnel. Quelques jours plus tôt, dans la nuit du 2 au 3 mai, des incidents violents avaient déjà éclaté au Palais de la Culture Amadou Hampaté Ba, où des opposants ont affirmé avoir été attaqués par des hommes violents, avec le concours présumé des forces de l’ordre.
Cette série d’événements alimente une atmosphère de défiance et d’inquiétude, tant chez les militants politiques que dans la société civile, alors que la transition militaire se prolonge sans calendrier clair pour un retour au régime civil.
Depuis les coups d’État successifs d’août 2020 et mai 2021, le paysage politique malien est en pleine recomposition forcée. Dissolutions d’organisations, poursuites judiciaires, répression des voix dissidentes : la junte a progressivement érodé les piliers d’une démocratie malmenée par l’instabilité sécuritaire.
Et pourtant, le Mali reste officiellement régi par la Constitution de 1992 – révisée en 2023 par les autorités militaires, qui garantit les libertés fondamentales, notamment celles d’expression, d’association et de participation politique. La suspension décrétée ce mercredi entre directement en contradiction avec ces principes, cristallisant les inquiétudes sur une dérive autoritaire de la transition.
Cette suspension intervient alors même que le gouvernement vient d’adopter un projet de loi controversé visant à abroger la Charte des partis politiques de 2005 et le Statut de l’opposition de 2015. Selon ce texte, discuté lors des concertations régionales et nationales d’avril 2025, les partis politiques actuels seraient purement et simplement supprimés, mettant fin au financement public et au rôle institutionnel du chef de l’opposition.
Derrière la rhétorique de « refondation » et d’unité nationale, c’est une refonte complète du paysage politique qui risque de s’opérer sans débat public, ni consultation transparente. Pour nombre d’observateurs, cette suspension signe la fin du pluralisme politique au Mali, au moins temporairement, et accentue les risques d’isolement diplomatique à l’heure où le pays est déjà confronté à une crise sécuritaire persistante, notamment dans le nord en proie aux insurrections jihadistes et séparatistes.
En muselant ses opposants, la junte malienne prend le risque de transformer une transition censée rétablir la stabilité en un régime autoritaire durable.