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INFRASTRUCTURES GIGANTESQUES

INFRASTRUCTURES GIGANTESQUES
Transformer l’ensemble du manganèse local exigerait des infrastructures gigantesques

Christel Bories, présidente du conseil d'administration d’Eramet, était l'invitée de Boursorama pour faire le point sur la stratégie du groupe minier français. Entre expansion internationale, recentrage stratégique et incertitudes géopolitiques, elle a partagé sans détour la vision du groupe.


Dès les premières minutes, Christel Bories souligne le développement soutenu des activités minières d’Eramet, notamment dans le manganèse et le nickel.


« Ces mines, ces gisements sont encore en pleine croissance. Et puis on a fait de notre mine de manganèse au Gabon aussi. On a doublé sa taille, donc qui est le plus gros gisement de manganèse au monde »


affirme-t-elle. Le site gabonais représente à lui seul 15% de la production mondiale.


La dirigeante rappelle que cette dynamique s’étend également à l’Indonésie avec la production de nickel, où le groupe possède également une part de 15% de la production mondiale. Ce sont, selon elle, des « très gros acteurs » que le groupe avait déjà dans son portefeuille.


« Eramet avait ça dans son portefeuille. Il fallait le développer, lui donner son plein potentiel et c'est ce que j'ai fait »


insiste-t-elle.


Mais ce repositionnement stratégique s’est accompagné d’un désengagement des activités de transformation des métaux. Le groupe a cédé plusieurs actifs, notamment en France, tels qu’Aubert & Duval, Héracil ou encore Sandouville.


« Un changement assez majeur de portefeuille »


reconnaît la présidente du conseil d'administration.


Le Gabon, pivot de cette nouvelle stratégie, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Le pays a annoncé son ambition de cesser l’exportation de minerai brut de manganèse d’ici 2029, au profit d’une transformation locale. Une décision politique qui bouleverse les équilibres.


« Le Gabon a annoncé qu'il ne voulait plus exporter du minerai brut ou concentré à partir du 1er janvier 2029 et qu'il voulait le transformer sur place. Donc il y a beaucoup de challenges liés à ça et donc on a pris acte de cette volonté »


explique Christel Bories.


Cette volonté de souveraineté pose cependant des défis immenses pour un pays de seulement deux millions d’habitants. Transformer l’ensemble du manganèse local exigerait des infrastructures gigantesques.


« Ça reviendrait à mettre deux fois la capacité de transformation de l’Europe au Gabon »


alerte Bories. Elle assure toutefois que le groupe continuera à coopérer avec les autorités gabonaises, mais prévient que la faisabilité du projet soulève de nombreuses questions.


La rentabilité reste la ligne directrice d’Eramet.


« Il faut que la transformation, elle doit être rentable »


affirme-t-elle, avant d’ajouter que les sites de transformation du groupe (en Norvège, aux États-Unis et en France) fonctionnent grâce à des énergies abondantes, vertes et bon marché. Ce modèle pourrait-il être reproduit au Gabon ? Rien n’est moins sûr, selon la dirigeante, qui insiste :


« Il faut de l'énergie en quantité abondante, pas cher, verte. C'est votre cahier des charges »


Enfin, Christel Bories avertit que ce choix stratégique du Gabon devra être mûrement réfléchi. Car l’exportation actuelle du minerai génère déjà beaucoup de valeur pour l’État gabonais, notamment via les impôts, les dividendes et sa participation de près de 30% dans la filiale locale d’Eramet. À terme, conclut-elle


« le Gabon lui-même n'a pas intérêt à se tirer une balle dans le pied. Aujourd'hui, il génère énormément de valeur par l'exportation du minerai. On paye beaucoup d'impôts, beaucoup de dividendes».








 

Par Pamphile EBO

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